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Technikart
Tecknikart


Revue culturelle

 

Branchitude made in Paris



Évaluation Technikart

“ Le magazine culturel bouge encore ”

L’idée de Technikart émerge un petit matin de mai 1991 sur les quais du métro parisien. Après une soirée bien arrosée, trois amis font le pari de créer une revue culturelle indépendante. Fabrice de Rohan Chabot, Raphael Turcat et Guillaume de Roquemaurel dessinent alors les contours de ce qui deviendra l’une des références de la presse culturelle branchée.

Se faisant écho d’une génération affranchie du dictat de la pensée soixante-huitarde, Technikart raconte, explore et décode une société en pleine effervescence. Si ce magazine indépendant a connu son âge d’or entre la fin des années 90 et les débuts des années 2000, son parcours est semé d’embuches.

Malgré un plébiscite évident de la part d’un lectorat urbain et branché, Technikart subit de plein fouet les baisses des recettes publicitaires et surtout l’apparition de nouvelles publications revendiquant le même ADN. Les difficultés de Technikart sont révélées par Libération en 2014.

Intitulé «  La rigueur est de mouise à Technikart » l’article évoque une gestion désastreuse des abonnements, provoquant la colère des plus fidèles lecteurs, mais aussi la réputation de mauvais payeur de Technikart et les allers retours fréquents aux Prud’hommes. Chronique d’une fin annoncée ? Ça en avait tout l’air, pourtant Technikart sera sauvé in extremis par la société Atéo France. Non sans y laisser laisser quelques plumes...

4/5

Construction et esthétique

Format l Qualité de la maquette l Structuration l Typographies

Si Technikart faisait sans doute office de trublion dans le paysage médiatique du début des années 90, qu’en est il aujourd’hui ? Ce magazine socio culturel abonné aux sujets chocs et subversifs est il toujours aussi anticonformiste ? Si les Unes de Technikart ne sont pas toujours mémorables, elles ont le mérite d’être accrocheuses.

Ce magazine socio culturel abonné aux sujets chocs et subversifs est il toujours aussi anticonformiste ?

Les couvertures n’ont d’ailleurs pas toujours été personnifiées comme aujourd’hui. A ses débuts, Technikart donnait plus dans la Une concept mettant en avant des sujets de sociétés avec par exemple « Crevard in France. Comment la dèche est devenue rock n’ roll » ou encore « Cours connard, ton patron t’attend». La personnalisation des Unes devient récurrente après une couverture consacrée à Tristane Banon en 2011.

Si tout est bien calibré pour attirer les trentenaires plutôt branchés, plutôt aisés, cette vitrine est elle vraiment alléchante ? Passé la photo en gros plan d’un Jonathan Lambert travestie en femme ou d’un Kev Adams entrain de se raser, nous nous intéressons à la titraille. Si certaines Unes sont soigneusement épurées, laissant la part belle à l’image et aux quelques titres qui mettent en appétit, d’autres sont au contraire extrêmement chargées et racoleuses.

Depuis son rachat, le format a changé, les pages font désormais 1cm de plus et la maquette est de fait plus aérée, ce qui rend la lecture agréable. Globalement l’esthétique de Technikart est tout à fait satisfaisante, les photos sont d’excellentes factures, le choix des typographies est pertinent et le tout offre un résultat plutôt frais et dans l’air du temps. 

Un petit bémol toutefois à l’égard des nombreuses pages de publicité qui viennent troubler le rythme et la bonne dynamique de lecture. En effet, il n’est pas rare de trouver un encart entre deux pages d’interview d’une même personnalité, ce choix ne semble pas très opportun.

6/10

Contenus / Apports

Traitement des sujets l Réflexion et analyse l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

Technikart affiche clairement son caractère moderne en se faisant l’écho d’une société en perpétuelle mutation. La culture, la mode, les nouvelles technologies, tout y passe. Véritable vivier d’informations générationnelles, Technikart oscille toujours entre le mainstream et l’anticonformisme. S’il fut un des premiers du genre, beaucoup de magazines se réclament désormais de cette presse à la fois sérieuse et sulfureuse, car si le branchstream était rare dans les années 90, il l’est beaucoup moins aujourd’hui.

Avant de connaître ces nombreuses difficultés, Technikart pouvait compter sur de vraies signatures

De nombreuses publications se sont inspirées de la ligne éditoriale de Technikart pour capter un lectorat plus jeune.  Alors comment faire la différence ? Avant de connaître ces nombreuses difficultés, Technikart pouvait compter sur de vraies signatures. Une équipe rédactionnelle haute en couleur qui créée des rendez vous à chaque numéro.

Mais la perte de vitesse du magazine a entraîné le départ de nombreuses plumes et le plus fracassant d’entre eux fut le départ de Raphael Turcat, rédacteur en chef historique de la publication. Il claque la porte en 2014, lassé et résigné. Bon an mal an, Technikart continue à sortir en kiosque malgré des critiques de plus en plus vives à l’encontre du contenu. Le rachat du magazine en 2016 par la société Atéo France promettait donc un nouveau départ. Laurent Courbin, président de la société a conservé l’équipe existante et Francois de Rohan Chabot lançait à qui veut entendre que le Technikart d’hier renaîtrait de ses cendres.

Qu’en est il aujourd’hui ? Technikart est toujours un magazine culturel et de société et au sommaire nous avons des rubriques en cohérence avec cette ligne. Entre reportages, interviews, sélection littéraire, musicale, cinématographique, Technikart alterne sujets de fonds et boutades, passant sans difficulté de la moquerie au sérieux. 

Puis il y a la rubrique « Boutique », dans laquelle et par catégorie Technikart conseille d’acheter tel ou tel objet, chaussure, vêtement de réserver dans tel hôtel ou dans tel restaurant. L’infomerciale, le brand content ou comment créer des partenariats pour subsister. C’est aujourd’hui le lot de nombreuses publications. Si cette démarche peut sembler répréhensible, elle permet aussi à la presse d’exister. Dans le cas de Technikart, magazine trend setter par excellence, la chose passe plutôt bien, même si cette section mériterait d’être réduite. Quinze pages de publicités déguisées, ça fait beaucoup.

4/5

Ligne éditoriale

Neutralité l Positionnement politique l Valeurs véhiculées l Engagements

Malgré les difficultés et les scandales qui ont pu jalonnés l’histoire de cette publication, Technikart a su rester la référence d’une génération plutôt réputée pour son infidélité et son amour du zapping. Chez les moins de quarante ans, Technikart conquis. Mais alors qui adhère et pourquoi ?

Technikart s’adresse un public très urbain et plutôt CSP+, ces primo adoptants qui sont à l’origine des tendances

Technikart s’adresse un public très urbain et plutôt CSP+, ces primo adoptants qui sont à l’origine des tendances, ceux qui détectent avant tout le monde le potentiel d’un objet, d’un marque, ceux qui font et défont les modes. Technikart est un magazine trend setter qui joue sur la fibre acheteuse de ces lecteurs, en quête d’avant-gardisme.

Mais Technikart ne se repose évidemment pas que sur cette logique consumériste et prend soin de proposer depuis plus de 25 ans un contenu informatif et décalé, en allant chercher le sujet auquel personne n’a pensé, le point de vue original sur un fait d’actualité érodé. C’est précisément ici que réside l’intérêt de cette publication.

Il suffit d’ouvrir le numéro de Décembre/ Janvier pour comprendre la logique éditoriale de Technikart.  Ce double numéro propose, entre autre, une « powerlist », c’est à dire une liste des 100 personnes qui peuvent tout changer. Dans son édito, Laurence Remila, le rédacteur en chef, également co-créateur de la revue Schnock, rappelle que les chiffres ne sont jamais synonymes d’influence.

Il cite en exemple les Velvet Underground et leur premier album qui ne s’était vendu qu’à 30.000 exemplaires et ce durant les cinq premières années d’exploitation. Un accident industriel qui aura pourtant eu une résonnance incroyable chez les quelques visionnaires ayant acquis cet album et qui décidèrent de monter leur propre groupe après l’écoute de  CD.

Technikart tente de conserver son esprit irrévérencieux, visionnaire et porteur de nouvelles perspectives

Il explique alors que cette powerlist accordera « autant de place à l’acteur le plus bankable du moment qu’aux rédacteurs d’un obscur fanzine ». Cette phrase résume à elle seule le positionnement de Technikart qui depuis de longues années tente de conserver son esprit irrévérencieux, visionnaire et porteur de nouvelles perspectives.

Il est vrai que l’on ne sent plus la même verve, le même piquant, la même envie que dans les grandes années de Technikart, mais sa légende le précède et alors l’indulgence face à quelques maladresses et irrégularités semble de mise. Si ce magazine sortait aujourd’hui, nous ne parierions pas sur une si longue durée de vie. Comme beaucoup de ces publications « tendances » on pourrait l’accuser de superficialité, d’opportunisme mais c’est bien parce que Technikart existe depuis 25 ans qu’il est le seul à pouvoir justifier son authenticité et finalement son sérieux.

Par Denis Morineau
Médias et numérique

Evaluation finale

Les Plus

Les angles originaux

Le petit côté trash

Les Moins

Beaucoup de publi-informations

De jolies plumes manquent

La note finale
14/20
Note finale de la rédaction
Les internautes
13/20
Moyenne des 3 note(s) d'internautes
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