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La grande libraire
France 5

 

Magazine littéraire

Le jeudi à 20h50

Redif le dimanche à 23h25

450 000 téléspectateurs



Évaluation La grande libraire

“ Busnel dépoussière la bibliothèque ”

La télévision, en France, a un véritable faible pour la littérature. Et il est fort agréable de pouvoir le constater, à l'heure où l'on déplore - à juste titre - le déclin des programmes culturels à la télévision française.

Depuis les années 50, chaque décennie a été marquée par plusieurs émissions cultes pour bibliophiles. Parmi les plus retentissantes, on retiendra Ouvrez les guillemets, Apostrophes et Bouillon de culture de Bernard Pivot. La grande librairie se fait d'ailleurs l'héritière directe de cette lignée d'émissions littéraires.

Depuis la rentrée 2008, France 5  la diffuse tous les jeudis soirs en direct et en public (rediffusion le dimanche soir). C'est d'ailleurs la seule émission littéraire programmée en première partie de soirée. Elle présente l'actualité littéraire, avec pour seul mot d'ordre : le plaisir.

C'est d'ailleurs la seule émission littéraire programmée en première partie de soirée

"Il n'était pas aisé d'aller sur les chemins d'Apostrophes", déclarait Jacques Chancel, ancien invité ravi, dans son Dictionnaire amoureux de la télévision.

Et pourtant, François Busnel, Producteur et animateur de La grande librairie, semble avoir le pied sûr ; il obtiendra la caution préciseuse Bernard Pivot lui-même ; ce dernier ayant lui aussi honoré le plateau de sa présence. Il reconnaît en la petite sœur d'Apostrophes " une vraie émission littéraire ".

L'animateur-producteur sur le plateau de La grande librairie

Comment prendre la mesure du succès d'un programme télévisé?

Doit-on la restreindre au seul indicateur de performance d'audience ? Cela ne semble pas tout à fait être le cas pour La grande librairie. La sienne est estimée à une moyenne de 450 000 téléspectateurs bibliophiles (chiffre doublé lors des spéciales), ce qui semble tout à fait respectable pour ce genre de programme culturel.

Il faut aussi regarder à la pérennité (9ème saison en 2016),  l'évolution de la plage horaire (ajout de 30 min. la même année) mais aussi à l'accueil dans les cénacles de l'audiovisuel.

En 2011, l'émission reçoit le Laurier de la Culture (récompense des programmes audiovisuels les plus remarquables pour contribution à la culture française). Et quelle contribution... L'émission détient le record d'influence sur la vente d'ouvrages en librairie.

5/5

Animation / Conduite

Orientation du programme l Qualité de la langue l Distribution de la parole l Neutralité l Tonalité et esprit véhiculé

Busnel versus Pivot : mise en regard

Le portrait d'un animateur héritier d'un programme tel qu' Apostrophes serait sans doute incomplet sans une mise en regard avec celui qui l'a précédé.

Certes, une génération sépare la dernière émission d'Apostrophes en 1990 de la première diffusion de La grande Librairie. La charte et les codes de l'animation télévisuelle ont entre-temps beaucoup évolué, s'adaptant aux nouveaux habitus d'utilisation des médias audio-visuels. On pourrait cependant s'attendre à ce que soit entièrement repris ou copié ce qui a fait le panache d'une émission littéraire au long cours.

Or, c'est un concept sensiblement différent que nous propose François Busnel, journaliste et critique littéraire, ancien animateur des Livres de la 8 (Direct 8)... Si la convivialité, l'affabilité et l'érudition sont à nouveau au rendez-vous, c'est dans la nature des échanges proposés que la différence se joue.

Apostrophe et La grande librairie, deux époques, deux univers

Les débats d'idées passionnés voire parfois passionnels animèrent souvent le plateau d'Apostrophes. A La Grande Librairie, les discussions s'avèrent nettement plus calmes et posées. 

Un héritier moderne et démocrate

Certes, François Busnel n'est pas doté du charisme paternaliste qu'incarnait B. Pivot. Mais il a, comme lui, une présence sensible et non moins ouverte à l'autre. Comme lui aussi, il se place en littéraire, démocrate et humaniste. Le nom dont il a baptisé son émission renvoie d'ailleurs à un espace d'échanges, une sorte de forum ou d'agora dans laquelle chaque invité, peut se dire dans l'égalité.

Il orchestre les discussions de manière respectueuse, très attentif à la musique qui se livre, en filigrane, derrière les paroles

Busnel à l'écoute

Un brin mal assuré en début d'émission, l'animateur affiche toutefois une présence souriante, avenante et à l'écoute des intervenants. Le cheveu long, le front haut et dégagé, il orchestre les discussions de manière respectueuse, très attentif à la musique qui se livre, en filigrane, derrière les paroles.

Certains pourront lui trouver un petit air précieux, peut-être une coloration parisienne... Il n'est cependant pas ce présentateur snob ou au savoir livresque qui se plongerait dans une lecture frénétique de passages pendant l'intervention de son invité.

Non. Son regard bienveillant se pose, concentré, sur celui qu'il interroge et son écoute est réelle, en profondeur. Cela lui permet d'ailleurs de citer, de rebondir sur des paroles émises en direct quelques minutes auparavant et de tirer de très pertinents parallèles entre les propos de ses interlocuteurs successifs.

Approche humaine et délicate

Le ton est respectueux, serein et enjoué sans être surjoué. La gestuelle est vivante, enthousiaste et conviviale; tous les ingrédients sont là pour mettre l'écrivain -parfois en mal de parole- à son aise et l'inciter à lever quelques voiles pudiques. Ce dernier revêt un visage plus humain et accessible, avec ses motivations, ses difficultés et une vie familiale.

En apportant un éclairage humaniste sur l'écrivain et son œuvre, il fait le choix de convoquer l'humain et sa sensibilité, plutôt que l'égo passionné

Ce n'est pas seulement « les bonnes questions », qu'il pose, comme le complimente Bernard Pivot.

Par sa manière de confronter la littérature aux questions existentielles, en s'évertuant à apporter un éclairage humaniste sur l'écrivain et son œuvre, il fait le choix de convoquer l'humain et sa sensibilité, plutôt que l'égo passionné.

A la différence de l'émission mère, la présentation des auteurs ne se fait pas à une seule voix, l'invité ne se voit pas résumé en un condensé bio- et bibliographique. Lors de ce temps, Busnel laisse plus volontiers la parole à ses invités. Une parole respectée, qui prend le temps de se dire et de se penser ; L'écrivain contribue ainsi à la présentation de son écrit et de sa genèse. C'est l'art de la délicatesse.

C'est aussi l'art de redonner visage humain à la littérature, souvent mise hors de portée, parce que trop conceptualisée et déconnectée de tout affect humain.

7/7

Contenus / Apports

Descriptif et traitement des sujets l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

Le plaisir de la variation

Comment maintenir l'attention sur le livre et la littérature sans tomber dans le piège de la surenchère d'effets visuels ou sonores ou encore par l'excentricité des interventions ?

Là encore, Busnel sait y faire et de la façon la plus simple et modérée qui soit : en jouant sur la variation du concept.

Ces variations sont légères, telles de petites surprises, mais elles suffisent à maintenir l'appétence du téléspectateur. Point d'artifices, point d’esbroufe...il s'agit d'introduire, par touches, de l'inattendu. Ici, les invités apparaissent dans le suspens du compte-gouttes, là, on nous offre un mini-reportage sur les univers du livre.

L'animateur présente un artiste lors d'une spéciale

Le plateau se déplace, lors des spéciales, pour s'immerger dans l'univers d'un auteur, même à l'étranger. Parfois, c'est un interlude musical qui s'invite sur le plateau. Pour des raisons inconnues de nous, le dessinateur Jul ne croque plus dans le format 2016... La grande Librairie est toujours initiée par un tour de table des invités, souvent 4 grands littérateurs, français, francophones ou étrangers. Busnel nous livre la thématique principale de chaque ouvrage.

Les sciences humaines au cœur du livre

Parmi les invités, un écrivain spécialiste d'une discipline des Sciences Humaines ou des Sciences dites exactes est régulièrement mis à l'honneur. Hubert Reeves, Milan Kundera, Pierre Rhabi, Jean D'Ormesson, Boris Cyrulnik, Salman Rushdie ou encore Elisabeth Badinter... le panel est large et éclectique.

Une telle présence permet à l'animateur d'ouvrir la littérature à une dialectique nourrie par des idées transdisciplinaires. Ainsi, la philosophie s'invite au même titre que les neurosciences, soit pour interroger soit pour éclairer d'un autre angle le vécu intérieur des personnages et/ou la perception des écrivains en présence.

Ouvrir la littérature à une dialectique nourrie par des idées transdisciplinaires

Un dialogue bien orchestré s'ouvre petit à petit entre les différents auteurs. Les questions d'éthique, de philosophie religieuse ou encore de psychologie se mêlent donc à l'expression littéraire. L'approche stylistique et lexicale ne sont pas mises de côté pour autant ; elles viennent parfois étayer et appuyer les concepts et les idées qu'elles véhiculent.

La littérature au sens large

Le parti-pris de l'éclectisme se retrouve également dans l'ouverture dont témoigne La grande Librairie en refusant de se limiter à ce que d'aucuns appellent la Grande littérature.

Tous les genres littéraires y sont représentés, du prix Goncourt à la littérature jeunesse en passant par le polar ou encore la Bande Dessinée. La littérature francophone et étrangère y ont aussi leur place. Les thèmes traités n'en restent pas moins sérieux et de qualité. La littérature montre sa grandeur dans son style et dans les thèmes qu'elle convoque. Et sur ce point, l'émission ne déçoit pas non plus ; la littérature jeunesse peut être abordée sous l'angle philosophique, par l'adulte mais aussi par le jeune lecteur convié sur le plateau.

Les émissions spéciales sont consacrées aux personnalités ayant marqué leur époque, de Molière à Camus, de Freud à Romain Gary

Les spéciales

Souvent à l'occasion d'un grand événement littéraire, La grande Librairie se fait spéciale et va jusqu'à doubler son volume horaire. Là encore, pas de format récurrent ; l'émission pourvoit en variations et en originalité. Ces émissions spéciales sont consacrées aux personnalités ayant marqué leur époque, de Molière à Camus, de Freud à Romain Gary.

Elle peuvent mêler les genres artistiques, les styles de littérature, ou impressionner par le nombre d'invités et organiser l'élection des livres préférés d'écrivains...Busnel n'entend pas se limiter à un format normé qui cloisonnerait la littérature et ses auteurs de toute autre forme d'expression et d'intérêt culturels. L'émission transcende les genres de même que les frontières.

LGL spéciale chanson française avec Julien Clerc

Ce qui pourrait ressembler à un joyeux fourre-tout ne l'est pourtant pas du tout ; l'émission est savamment cadrée et orchestrée, les liens entre les différents univers se font avec intelligence et naturel. La littérature renoue avec ce qu'elle est intrinsèquement : l'expression de la vie et de la sensibilité humaine dans ce qu'elle a de plus divers.

Le concept est louable et loué : ce sont les émissions qui génèrent le plus d'audience...

2/3

Réalisation / Montage

Qualité de la réalisation, du montage l Rythme impulsé l Pertinence des reportages et extraits l Habillage visuel et sonore

La littérature dépoussiérée et revernie

Fini, l'indicatif musical classique qui donnait le ton académique chez B. Pivot. Place à la modernité ! Chez F. Busnel, le générique aux accents pop-rock fait rebondir des notes électriques ; il fait écho au phrasé rythmé de l'animateur et au rebond de ses questionnements.

Dans le vidéo-clip, un livre monumental au logo de l'émission s'intègre harmonieusement à l'architecture urbaine et au paysage champêtre. Le logo, lui aussi, s'est adapté aux codes abréviatifs du numérique : Lgl dans un rond bleu-ciel.

Cette introduction annonce clairement la volonté d'inscrire le livre et la littérature au cœur de la société et de la vie modernes.

Le décor : des livres grand format

Des livres pour décor oui, mais pas de piles qui renverraient l'image de longues et ennuyeuses lectures, pas non plus de morne bibliothèque poussiéreuse qui sentirait le renfermé.

L'arrière-plan du plateau présente un décor de volumes surdimensionnés aux reliures modernes et aux couleurs vives. La disposition est ludique, le format inhabituel ; le livre n'est pas seulement décoratif, il est présent et vivifiant.

Le plateau de La grande librairie

La configuration du plateau, en revanche, s'inspire davantage de la forme classique: une table basse rectangulaire, à laquelle préside l'animateur, à égale hauteur de ses invités, disposés les uns en face des autres. Cette disposition paraît moins conviviale qu'elle ne le serait autour d'une table ronde. L'on peut d'ailleurs percevoir une certaine intimidation chez les personnalités invitées en début d'émission.

Des plans intimistes mais respectueux

La caméra joue subtilement sur l'alternance de cadrages qui participent, eux aussi, à l'esprit de démocratisation de la culture. De fait, elle privilégie les plans rapprochés ou les gros plans, souvent de profil, parfois en contre-plongée. Le rythme des plans accompagne celui, animé mais serein, des discussions. L'arrière-plan coloré et harmonieux se floute doucement pour faire apparaître l'émotion ou la réaction de la personnalité. L'écrivain, et à travers lui son œuvre, est ainsi montré, encore une fois, accessible et humain.

Le rythme des plans accompagne celui, animé mais serein, des discussions

Les plans d'ensemble viennent souligner la cohésion, la synergie qui émane de la réunion des auteurs et de leurs réflexions. De temps à autres, l’œil de la caméra vient s’immiscer dans l'intimité d'un bel ouvrage, nous livre quelques effets de style ou s'attarde sur une illustration.

L'habillage, quant à lui, ne donne pas dans le clinquant ni le tape-à-l’œil. Mais il est esthétique et efficace. Régulièrement, de sobres bandeaux noirs font apparaître en surbrillance les thèmes ou questions abordés, ainsi que l'identité de la personnalité filmée.

5/5

Impression générale

Atmosphère l Ambiance l Fluidité l Objectivité du programme l Eveil, élévation l Respect du téléspectateur

Un héritage revisité, restauré pour le XXIè siècle

Quel dépoussiérage ! Busnel a réussi avec brio non seulement à redonner vie (et envie) à une vieille émission phare de France télévision sur un aspect culturel en crise. Mais il a su aussi la moderniser et l'adapter parfaitement à la mouvance sociétale du XXIème siècle ; la démocratisation et la vulgarisation pédagogique des savoirs.

C'était également ce qui animait le charismatique et érudit B. Pivot avec Apostrophes. Elle n'en reste pas moins culte. Mais par son aura malgré tout académique, elle a désormais goût de XXème siècle.

La Grande Librairie est à l'image du citoyen modèle: flexible, ingénieuse, ouverte sur le monde sur les Arts et les cultures, démocrate, non élitiste, passeuse et vulgarisatrice de savoirs, respectueuse de la parole citoyenne et humaniste...

En cela, elle a toutes les chances de rester pérenne et de retenir l'attention des bibliophiles, toutes générations confondues.

Par Aude Tessier
Sémantique, culture et médias

Evaluation finale

Les Plus

Un format design et moderne

Première partie de soirée

La diversité des littératures

Vulgarisation de la littérature

Transdisciplinarité

Les Moins
La note finale
19/20
Note finale de la rédaction
Les internautes
19/20
Moyenne des 7 note(s) d'internautes
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