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L'émission politique
France 2

 

Un style nouveau

 

Certains jeudi à 20h50



Évaluation L'émission politique

“ Numéro d'équilibristes difficile à tenir ”

L’émission politique co-animée par Léa Salamé et David Pujadas est diffusée sur France 2 depuis le 15 septembre dernier. La nouvelle formule politique de France Télévision entend décrypter le discours et le programme des candidats à l’élection présidentielle.

L’émission politique succède à des paroles et des actes et réalise des audiences à peu près similaires, peinant toutefois à atteindre les trois millions de téléspectateurs. Entre critique et offuscation, les cinq premiers numéros ont suscité de vives réactions auprès du public. Le style vindicatif de Léa Salamé ne semble pas vraiment convaincre et le choix de certains interlocuteurs est jugé contestable...

3/5

Animation / Conduite

Orientation du programme l Qualité de la langue l Distribution de la parole l Neutralité l Tonalité et esprit véhiculé

La co-animation : un exercice périlleux

Léa Salamé et David Pujadas s’étaient déjà prêtés au jeu de la co-animation sur le plateau de Dialogue Citoyen. Sur le papier, le choix de ce duo semble tout à fait cohérent. David Pujadas dans sa posture d’homme du 20 heures et Léa Salamé dans celle de l’électron libre. En théorie, les rôles sont bien définis mais dans les faits ça se corse.

Léa Salamé, pourtant rompue à l’exercice, adopte d’entrée de jeu une attitude combattive censée décourager les tentatives de langue de bois. Pourtant, il semble bien que sa méthode de « l’interrogatoire inquisition » ne déstabilise qu’elle. Comme si elle cherchait l’adoubement de ses pairs, Léa Salamé donne dans l’agressivité et peine à trouver la frontière entre impertinence salutaire et hargne mal placée.

Léa Salamé et David Pujadas, 2 styles, 2 signatures

David Pujadas, bridé par le rythme soutenu de l’émission, ne quitte jamais sa zone de confort. Plus à l’aise dans la distribution de parole que dans la confrontation, il ne parvient pas toujours à trouver le ton juste. La question qui fâche, c’est un peu comme le pansement qu’il faut arracher d’un seul coup: il la lance en pensant déjà à sa prochaine intervention. Néanmoins, sa rigueur journalistique et sa connaissance des sujets s'avèrent toujours essentiels.

Face à des politiques rodés à l’exercice médiatique, les deux journalistes peinent à trouver leur place.

Karim Rissouli et François Lenglet : entre médiation et expertise

 Karim Rissouli et François Lenglet sont chacun leur tour à la tête d'une séquence. Inconditionnels des émissions politiques du service public, ils avaient tout deux officié sur le plateau Des paroles et des actes. Karim Rissouli, considéré par certains comme une étoile montante du journalisme politique, anime depuis la rentrée l’émission C Politique sur France 5.

Il conduit pour l’émission politique la rubrique « prise directe » durant laquelle trois français interpellent l’homme politique invité. En face à face, les citoyens et le candidat confrontent leurs points de vue sur des sujets précis. Karim Rissouli tient le rôle de médiateur et tente de maintenir le calme quand le ton devient trop véhément.

François Lenglet occupe quant à lui les fonctions de rédacteur en chef du service « France » au sein de la rédaction de France 2. Ce journaliste économique est une figure du service public. D’une voix grave et posée, il décrypte pour l’émission politique les propositions économiques des candidats dans la rubrique « demandez le programme ». Seul face caméra d’abord, il rejoint ensuite le reste de l’équipe autour de la table pour confronter le candidat aux failles de son programme.

D’une voix grave et posée, il décrypte pour l’émission politique les propositions économiques des candidats

Dans l’ensemble, les rubriques sont plutôt bien menées. Il demeure cependant légère une sensation de déjà vu.

4/7

Contenus / Apports

Descriptif et traitement des sujets l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

Les équipes rédactionnelles de l’émission politique ont adopté une ligne éditoriale pédagogique. En privilégiant le décryptage et le dialogue citoyen plutôt que le débat entre hommes politiques de même rang, ils espèrent pouvoir replacer les électeurs au cœur du débat public. Alix Bouilhaguet, l’une des trois rédactrices en chef, part du principe que les débats offrent de grands moments de télévision mais ne parviennent pas à rendre audibles les tenants et les aboutissants d’un programme politique.

L’Emission politique : un programme dense

Cette émission de 125 minutes est divisée en neuf rubriques. Si ce découpage permet d’instaurer une certaine dynamique, cela n’en reste pas moins dense.

Pour commencer, les invités sont pris « sur le vif » et sont cuisinés façon Salamé sur des questions d’actualité. Cette séquence préliminaire annonce le début des hostilités. 

Vient ensuite « prise directe » menée par Karim Rissouli. Le principe est simple : l’invité pivote sur son siège et se trouve face à deux citoyens « Des citoyens oui, mais des citoyens militants, engagés » qui « défendent une cause ou une profession (…) »  annonce Léa Salamé avant de donner la parole à son confrère.

Karim Rissouli tient bien son rôle de médiateur: il relance, insiste et remet dans le droit chemin le candidat qui tenterait de se dédouaner

Tour à tour ont défilé gendarme, délégué syndical, militant FN, imam… Tous ont été invités à débattre directement avec le candidat. Les citoyens sont évidemment sélectionnés en fonction de l’invité politique. Sur le plateau, Karim Rissouli tient bien son rôle de médiateur: il relance, insiste et remet dans le droit chemin le candidat qui tenterait de se dédouaner face à des interlocuteurs inexpérimentés.

Malgré les divergences évidentes de point de vue, les débats se déroulent généralement bien. Toutefois, un problème récurent vient noircir le tableau: le troisième citoyen n’est pas en plateau mais en direct des DOM-TOM ou d’une ville de province. Le duplex induit toujours un petit décalage lors de la transmission.

Dans le cadre d’un JT, cela ne pose pas de problème car l’envoyé spécial est en principe à l’écoute de son confrère. Mais lors d’un débat qui plus est politique, la pratique est périlleuse. La confrontation entre Elie Domota et François Fillon restera, à ce titre, exemplaire. Invité à débattre autour de la question de la colonisation, le syndicaliste réunionnais voulait en découdre.

Elie Domota lors de son duplex avec le candidat Fillon

Ce dernier se lance alors dans une logorrhée virulente ne laissant aucun droit de réponse au candidat Fillon.  L’arbitrage devient impossible et montre les limites de ce procédé. Un invité ne respectant pas les règles d’un débat reste plus contrôlable dans le cadre strictement défini d’un plateau.

Après cette séquence qui se termine généralement sur des notes assourdissantes, nous est proposé un reportage intitulé « sans filet ». Il s’agit de filmer la rencontre entre un candidat et les travailleurs français. La rédaction promet que les lieux et les interlocuteurs sont imposés aux invités politiques. Diffusée sans voix off, la séquence se veut sincère et authentique.

François Lenglet prend le relai avec sa rubrique économique. Pédagogue, ce dernier décrypte les points importants du programme économique du candidat avant de le rejoindre en plateau pour une interview très technique. La méthode Lenglet est plutôt efficace. L’économie est un domaine particulièrement complexe mais il parvient à rendre accessibles les enjeux d’un programme. 

Sur la défensive, Léa Salamé se montre vindicative et peine à conserver toute la neutralité exigée

Ensuite vient le « parti pris » de Léa Salamé, rubrique un peu fourre-tout dans laquelle, si l’on suit les éléments éditoriaux, cette dernière est censée s’intéresser à la personnalité du candidat et l’interroger sur sa vision de la  politique nationale. Sur la défensive, Léa Salamé se montre vindicative et peine à conserver toute la neutralité exigée.

Suivent les rubriques « Laissez-moi vous dire » dans laquelle un élu local vient débattre avec le candidat ; « Le monde en face » menée par David Pujadas qui interroge le candidat sur les questions de politique internationale ; « Le baromètre » de Karim Rissouli qui revient en plateau pour donner la tendance de l’émission et indiquer si l’invité a su convaincre les téléspectateurs.

Enfin c’est Charline Vanhoencker qui clôt l’émission avec sa « carte blanche »: ce billet humoristique mené par la chroniqueuse de France Inter est préparé durant l’émission. En petite forme, Charline Vanhoencker est censée amener un peu de légèreté et de panache en fin d’émission.

L'ex candidat Sarkozy semble modérément apprécier l'humour corrosif de la journaliste belge

Mais après 125 minutes de programme dense et sérieux, cette touche d’humour n’est pas du goût de tout le monde. La prestation parvient rarement à dérider l’invité qui, sur la défensive, reste généralement stoïque. Le climat ne s’en trouve que plus pesant. 

Les interlocuteurs : des choix contestables

La venue de certaines personnalités sur le plateau de l’émission politique a suscité de vives réactions chez les téléspectateurs. Jérôme Kerviel ou encore Robert Ménard ont été invités à débattre avec Alain Juppé. Le choix de ces personnalités polémiques est plus que contestable et a choqué la sphère médiatique.

En choisissant de donner un espace de parole et du crédit aux discours de ces deux personnages, l’équipe rédactionnelle de l’émission politique a commis un impair. Les numéros suivants ont rectifié le tir en privilégiant la neutralité et la pondération dans le choix des interlocuteurs.

La forme et le fond

Ce nouveau programme est extrêmement balisé. Sa forme se veut structurée en proposant une multitude de rubriques. Ce séquençage permet de créer une dynamique plutôt efficace. Néanmoins, la forme prévaut souvent sur le fond et empêche les deux journalistes de faire leur travail.

Personne ne doit déborder du cadre défini et si le débat bifurque vers un sujet qui n’était pas prévu ou qui devait être développé dans une autre rubrique, les journalistes s’affolent et interrompent la discussion.

En ce sens, David Pujadas dira à Arnaud Montebourg «nous essayons de maintenir une certaine harmonie dans l’émission » alors que celui-ci tentait d’expliquer sa position sur la politique migratoire. Le rythme imposé est soutenu et semble nuire, parfois, à la bonne conduite des débats.

2/3

Réalisation / Montage

Qualité de la réalisation, du montage l Rythme impulsé l Pertinence des reportages et extraits l Habillage visuel et sonore

La réalisation, d’un point de vue technique, est à la hauteur de ce que l’on peut attendre d’une émission diffusée sur les antennes du service public. Néanmoins, le rendu est très austère. Le blanc, le rouge et le noir sont les couleurs dominantes. Du choix des lumières à la configuration du plateau en passant par la musique anxiogène, tout participe à créer un climat plutôt froid.

Le plateau de l'émission

Le procédé utilisé pour présenter les invités en début d’émission est plutôt efficace. Des mots-clés sont incrustés sur fond blanc et donnent un aperçu rapide du parcours et des idées de l’invité.

Néanmoins, il aurait été plus judicieux d’utiliser une photo du candidat plutôt que de lui demander de se placer devant le visuel : le candidat, figé et muet, doit attendre la fin de la présentation pour rejoindre le plateau. Cela crée une sensation de malaise et d’inertie alors que le dispositif se voulait moderne.

3/5

Impression générale

Atmosphère l Ambiance l Fluidité l Objectivité du programme l Eveil, élévation l Respect du téléspectateur

Cette nouvelle émission politique est ambitieuse mais ne parvient pas à s’affranchir de ses propres règles pour créer un espace d’échange et d’expression vivant.  Bridés par la densité du format, les deux journalistes peinent à proposer un contenu fort et instructif.

La vocation première de cette émission est louable. Néanmoins, de trop nombreux éléments viennent compromettre sa bonne conduite et la satisfaction du téléspectateur-citoyen.

Par Chloé Pangrazzi
Culture, images et nouveaux médias

Evaluation finale

Les Plus

Un traitement de fond

La confrontation directe

La durée de l'émission

La touche d'humour finale

Les Moins

Le rendu assez froid

Le rythme trop soutenu

La note finale
12/20
Note finale de la rédaction
Les internautes
11/20
Moyenne des 6 note(s) d'internautes
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