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Crime et châtiment
France 3


1ère diff : 31 oct. 2016

Audience 1,5 M



Évaluation Crime et châtiment

“ Dostoïevski façon Hondelatte ”

Christophe Hondelatte, présentateur mythique de Faîtes entrer l’accusé revient sur les antennes de France Télévision avec un nouveau format au titre évocateur : Crime et Châtiment. Il aura fallu  six mois d’enquête et l’analyse scrupuleuse d’un dossier pénal de plus de 12000 pages pour livrer le premier numéro de cette émission consacrée à l’Affaire Leulmi. France 3 a d’ores et déjà annoncé la commande de cinq numéros supplémentaires.

5/5

Animation / Conduite

Orientation du programme l Qualité de la langue l Distribution de la parole l Neutralité l Tonalité et esprit véhiculé

Hondelatte : l'expert des faits divers

Hondelatte est indissociable des faits divers. Pourtant ce dernier avoue aisément ne pas être passionné par  le genre et allant jusqu’à dire qu’il ne fait que son travail. Mais force est de constater qu’il excelle dans l’exercice. Qu’il s’agisse de Faîtes entrer l’accusée ou plus récemment de Hondelatte raconte, ces différentes émissions lui confèrent un statut d’expert du fait divers. Usant d’un langage précis et direct, allant parfois même jusqu’à la familiarité et l’emploi du jargon professionnel,  Hondelatte réussit à nous plonger dans ces affaires judiciaires  avec un talent de conteur incontestable.

Un style novateur

Dans ce nouveau format, Hondelatte reprend les ingrédients de son émission phare mais pousse le curseur un peu plus loin en changeant de posture. Il n’est plus seulement un médium, un vecteur mais un acteur à part entière.  On pourrait le comparer à un détective qui mènerait seul ses investigations et nous tiendrait informé de l’avancée de ses recherches.

Il n’est plus seulement un médium, un vecteur mais un acteur à part entière.

A plusieurs reprises, il n’hésite pas non plus à donner son avis sur les faits qu’ils rapportent et à convoquer le jugement du téléspectateur en l’apostrophant ou en le questionnant directement :«  Glauque pour tout dire (…) Et si tout cela n’était qu’une mise en scène pour tenter de me convaincre de l’innocence de Jamel ? ». L’émission prend alors des allures de journal de bord et témoigne d’une volonté originale de placer le téléspectateur au cœur de l’enquête. Un style singulier qui participe à la réussite de nouveau programme.

5/7

Contenus / Apports

Descriptif et traitement des sujets l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

L’affaire Leulmi

Dans cette première émission, Hondelatte nous plonge au cœur de l’affaire Leulmi. Ce dernier est accusé d’avoir tué sa première  femme en 2007 puis la deuxième en 2009 après  leur avoir fait contracter des assurances décès. Durant près de deux heures, Crime et Châtiment retrace l’histoire d’un procès de cour d’assise et tente de nous exposer les tenants et les aboutissants de cette affaire hors norme où tous les doutes sont permis. Le doute. 

Bande annonce - Crime et châtiments

C’est exactement ça qui a donné envie à Hondelatte de traiter cette affaire et non une autre qui aurait pu avoir une dimension plus médiatique (en même temps que le procès de Leulmi se tenait celui des dépeceurs chinois). En effet à l’époque des premiers faits les techniques d’identifications n’en n’étaient qu’à leurs balbutiements et de grandes zones d’ombres persistaient à l’issu des premiers procès. Pour Hondelatte l’objectif était donc double : passer au crible les éléments objectifs de l’enquête et sonder son intime conviction.

Au cœur du procès

La seconde partie de Crime et châtiment est consacrée au procès de Jamel Leulmi. Elle reprend la dramaturgie des assises et tente de mettre en exergue toute la mécanique d’un procès. Bien qu’il y ait quelques limites au procédé narratif  dans cette partie de l’émission (cf impressions générales) elle permet de venir humer l’atmosphère toute particulière qui règne aux assises.  Ainsi nous pouvons participer aux briefes des avocats de la partie civile mais aussi récolter les impressions des différents interlocuteurs à la fin des audiences.

2/3

Réalisation / Montage

Qualité de la réalisation, du montage l Rythme impulsé l Pertinence des reportages et extraits l Habillage visuel et sonore

Comme la majorité des émissions de faits divers la reconstitution fait partie d’un des éléments dramatiques essentiels de ce nouveau format. Mais contrairement à nombre de ses consoeurs qui en usent et en abusent, le procédé est plutôt bien utilisé dans crime et châtiment. D’autant que l’originalité de l’émission se situe dans la diversité des modes narratifs.

Il y a évidemment la voix off  si chère à Hondelatte, qui décrit, s’étonne,  apostrophe,  se questionne  et permet d’accompagner le téléspectateur tout au long du récit. Il y a également l’intervention de différents interlocuteurs  qui seuls face caméra, apportent leur point de vue sur l’affaire. 

Enfin il y a l’interview menée par Hondelatte. Il s’agit souvent de personne ayant participé aux précédents procès en qualité d’expert ou de témoin.  Mais la grande nouveauté de ce format c’est la discussion. En effet, Hondelatte se permet durant le procès de partager ses impressions personnelles avec un certain nombre de personnes présentes à l’audience.

Christophe Hondelatte et la dessinatrice qui croque les scènes des assises

Ces moments à part sont d’ailleurs filmés de manière plus intimiste, généralement en gros plans, insistant sur les expressions et les gestes des protagonistes. Christophe Hondelatte, usant du tutoiement pour renforcer la proximité, n’est plus dans la maîtrise et se laisse aller à son jugement, à ses interrogations.

3/5

Impression générale

Atmosphère l Ambiance l Fluidité l Objectivité du programme l Eveil, élévation l Respect du téléspectateur

Une émission entre le documentaire et le film policier

La démarche d’Hondelatte est ambitieuse et cette première émission en est la preuve.  La réalisation et le montage sont soignés, le travail d’enquête est rigoureux et l’on suit ce premier numéro comme un véritable polar.  Le suspens est installé dès les premières secondes et il est impossible de couper avant la fin.  Hondelatte a réussi à se muer en véritable détective et cette mise en scène  confère à ce programme une nouvelle dimension.

Le spectateur : un juré populaire ?

L’autre particularité, étroitement liée à la première, c’est l’immersion totale du spectateur dans la mécanique d’une enquête et d’un procès.  Nous sommes en droit de juger nous même cette affaire et y sommes d’ailleurs inviter. Il est tout à fait possible de rester passif devant cette émission comme devant n’importe quel programme du genre mais les procédés utilisés nous confèrent un statut particulier. Si Hondelatte est enquêteur  nous sommes devenus des jurés populaires.  

L’immersion totale du spectateur dans la mécanique d’une enquête et d’un procès

Les limites du genre

Malheureusement et malgré des propositions intéressantes, nous devons souligner quelques insuffisances.  Nous sommes face à un genre sur exploité par la télévision française... Le fait divers intéresse, interpelle, suscite l’effroi et vient exciter notre penchant pour les pulsions de mort et le voyeurisme.

Crime et châtiment  ne va pas  au bout  de la proposition et retombe trop fréquemment dans les travers du genre. On regrette notamment que la partie consacrée au procès, qui aurait pu participer à l’originalité du programme, ne soit pas plus longue et mieux exploitée.

Toutefois, il s’agit d’une nouvelle émission globalement satisfaisante et l’on peut espérer que la formule évoluera en repoussant les limites du genre.

Par Chloé Pangrazzi
Culture, images et nouveaux médias

Evaluation finale

Les Plus


Hondelatte à l'aise

Plongée immersive

 

Les Moins


Thème éculé à la TV

Le goût pour le morbide

La note finale
15/20
Note finale de la rédaction
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