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Zidane se joue des médias

Zidane cultive le goût de la victoire comme aucun français avant lui. Il a mené son pays sur le toit du monde footbalistique, offrant à la France les plus grands trophées. Mais Zinedine, c'est aussi la France, les origines  algériennes et les tumultes d'une histoire complexe. Partons à la découverte des visages multiples de ce phénomène médiatique...

Zidane se joue des médias


Episode n°2 : Zidane face à l’Histoire

Ombres et notoriété

De l’autre côté de la méditerranée, le cas Zizou soulève des critiques qui ne concernent pas le football. Là-bas, en Kabylie, on aimerait que Zidane fasse comme Karembeux ou Djorkaef, qui se sont engagés à défendre leurs peuples d’origine, Nouvelle Calédonie et Arménie. Là-bas, dans la willaya d’Aguemoune, les gens se demandent pourquoi Zizou n’a jamais eu un mot pour soutenir le peuple kabyle.

Une partie de la presse algérienne, qui se sent loin et abandonnée, souligne de façon récurrente la discrétion marquante de Zidane au sujet du peuple kabyle dont il est issu. Même si c’est un dieu du ballon rond, on voudrait un peu plus de la part du footballeur. Peut-être seulement quelques paroles qui ne viendront jamais ou très tardivement.

Mais en même temps, sous l’invitation de Danone, l’un de ses principaux sponsors, Zidane accepte des missions commerciales dans des pays musulmans comme l’Indonésie, avec laquelle il n’a pourtant aucun lien. Et son rapport à l’Algérie passe souvent par l’entremise de l'opérateur de téléphonie Wataniya Telecom Algérie, dépositaire de la marque Nedjma, dont le footballeur est également l'ambassadeur. Le business a ses dribbles et rebonds que Zidane commence à maitriser parfaitement.

L’identité nationale

En France, quand on l’interroge sur l’identité nationale, il bat des records de logorrhée : « Je ne me suis jamais posé la question de mon identité. J'ai fait partie de l'équipe de France, j'ai été embarqué dans le même bateau que mes copains, point final. » C’est du droit au but, l’imperturbable ligne de conduite de Zidane devant les médias.

2005 sera l’année des émeutes de banlieues, superbement mises en scène par les médias. Depuis l’étranger, on a l’impression que la France est devenu un immense barbecue. Tout brûle et principalement les véhicules de la police. Sarkozy propose une grande lessive, une sorte de désinfection des zones turbulentes, à coups de karcher. Cette annonce embrase encore davantage les esprits.

Le génie du football n’est pas un pédagogue dans l’âme. N’est pas Lilian Thuram qui veut. Ce que remarquent les observateurs, c’est que si Zidane avait eu quelques mots pour ces jeunes de banlieue, s’il leur avait expliqué que la violence des cités faisait le beurre de ceux qui n’aimaient pas les étrangers, peut-être sa parole aurait-elle été entendue. En tous cas, son intervention aurait eu un impact. A-t-il eu peur d’être rejeté et de perdre son aura ? A-t-il eu peur qu’on lui reproche ses salaires indécents ? A-t-il eu peur enfin d’être rejeté par « ses frères » issus comme lui d’Afrique du Nord ?

Zidane ne s’est jamais non plus exprimé sur ce match « amical » symptomatique entre la France et l’Algérie en 2001 au stade de France, où la rencontre dut être annulée suite à l’invasion du terrain par des supporters survoltés. C’était sans doute le moment, une fois n’est pas coutume, d’intervenir, au nom de la France comme au nom de l’Algérie, afin d’apporter une parole conciliatrice entre ces deux peuples dont l’histoire commune continue d’exacerber les esprits. Mais une fois encore, Zidane ne sortira pas de sa ligne de conduite, sans doute dictée par d’autres forces que celles de sa conscience.

France-Algérie

Si le foot apparait parfois comme le miroir d’une société, mêlant pouvoirs et faiblesses d’un pays, le match du 6 octobre 2001 au stade de France a un effet de révélateur. Cette rencontre France-Algérie est présentée comme la « rencontre de la réconciliation », où, en présence du premier ministre Lionel Jospin, du président de l’Assemblé nationale et de plusieurs ministres, la Marseillaise est huée par quelque 70 000 spectateurs et des gestes obscènes sont adressés à l’encontre des joueurs de l’équipe de France.

L’affiche dépassait le cadre strict d’un match de football. A la 76ème minute, lorsque la pelouse est envahie par des vagues successives de jeunes spectateurs, l'arbitre décide de stopper la rencontre. C’était d’une certaine façon un match test, plus politique que sportif.  Mohamed Gouli, ambassadeur d’Algérie en France, a parlé d’un match victime de sa propre densité émotionnelle.

Les échauffourées étaient pourtant prévisibles. Si la Coupe du monde 1998 a servi de facteur possible d'intégration, révélant cette nouvelle et assumée société black-blanc-beur, en ce 6 octobre 2001, le sport est instrumentalisé pour exprimer au contraire le mal-être d’une communauté en mal d’intégration, sans cesse stigmatisée et, d’une certaine façon, laissée à l’abandon malgré les gouvernements successifs.

Selon une dépêche de Paris reprise par deux sites d’information francophones marocains, un site sportif suisse et le journal britannique The Observer, Zinedine Zidane aurait reçu la veille du match des menaces de mort. Buzz ou intox ? Il n’est plus possible aujourd’hui de recueillir le moindre renseignement à ce sujet, comme si l’affaire avait été soigneusement étouffée, et si oui, sous la pression de qui ?

Pourtant Zidane allait souffrir durant ce match, touché émotionnellement par des allusions relatives à l’intégrité algérienne de son père. Le ver a été glissé dans le fruit quelques années plus tôt par un membre du Front du National, Bruno Gollnisch, qui a laissé entendre que le père du footballeur star, Smaïl Zidane, avait été un harki durant la guerre d’Algérie, autrement dit, un pro Algérie française. En ce 6 octobre 2001, après une Marseillaise conspuée, des bannières « Zidane, harki » sont déployées dans les tribunes des supporters de l’Algérie.

Quand Zidane s’exprime enfin

Si les médias tentent de minimiser l’évènement, en choisissant de ne pas le relayer, ceci est dû au moins à deux raisons principales. La première tient au fait que les rédactions ont reçu l’ordre de faire comme s’il ne s’était rien passé. La seconde concerne la question de la communauté des harkis vis-à-vis de laquelle la France se sent toujours extrêmement mal à l’aise. Un tabou de plus dans l’histoire France Algérie, et sur laquelle il est inutile d’attirer les projecteurs surtout quand cela concerne de près le roi Zidane.

Même s’il s’agissait d’une fausse rumeur, Zinédine Zidane ne peut pas ne pas intervenir et apporte une rectification. Face aux médias, il se dit déconcerté par ces banderoles qui n’ont aucun sens et précise que son père n’a jamais été harki. « Moi, je n’ai rien contre les harkis, je ne veux pas me mêler de ce qui se passe mais simplement mon père n’était pas un harki, mon père était un Algérien, fier de l’être et je suis fier que mon père soit un Algérien. Le seul truc, c’est que mon père, il n’a pas combattu contre son pays. »

L’attaque est claire. Cette prise de parole ne sera pas au goût des anciens combattants ni des associations de harkis. Mais Zidane a toujours eu à cœur de défendre son honneur et surtout celui des membres de sa famille, nous y reviendrons.

Par Hervé Mestron
Médias & réflexions