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Yann Moix


Portrait de Yann Moix

Lorsque l’on tape le nom de Yann Moix dans Google il n’est pas rare de trouver en première page des titres d’articles racoleurs « Yann Moix dézingue Cristina Cordula et Patricia Kaas » « Yann Moix refuse de s’excuser auprès de Patrick Sébastien », « Grosse tension entre Yann Moix et Anne Sophie Lapix ».

Depuis ses débuts en tant que chroniqueur d’On n’est pas couché, le web semble se passionner pour le romancier et son style incisif. On aurait pu espérer que cette insistance vide s’use aussi vite que les autres mais il n’en est rien.

Chaque mot de Moix se mue en punch line trash et se retrouve en tête de gondole de nos réseaux sociaux préférés. L’amour vache. Si le nom de Yann Moix alimente aujourd’hui le trafic d’une quantité industrielle de plateformes web usant (et abusant) du piège à clic, le romancier n’était pas connu du grand public il y a encore quelques années.

Yann Moix est né à Nevers en 1968 mais passe sa jeunesse à Orléans. Ses parents tiennent un cabinet de kinésithérapie. De son enfance, il ne retient que le dégoût généré par l’entité familiale. Des ces êtres à l’ADN comparable mais inadaptés à vivre ensemble.

Sa vision de la famille est assez sombre mais rien de surprenant lorsque l’on connaît son passé d’enfant maltraité et victime fréquente de la froideur de parents capables de déchirer devant ses yeux, ses tous premiers ouvrages.

Des bandes dessinées et pièces de théâtre symboles de son génie précoce écrites à l’âge de 8 ans seulement. Cet « autodafé » constitue peut être la faille originelle, celle qui lui fera dire qu’il s’est construit contre ses parents. Que sa seule identité est celle de l’écrivain. Yann Moix fait de brillantes études d’économie à Reims avant de rejoindre les bancs de Sciences Po Paris.

Quand il arrive à Paris, le Rastignac des temps modernes ne pense qu’à réussir. Yann Moix veut se faire connaître et reconnaître de ceux qu’ils admirent. Munie de cette audace symptomatique du provincial qui veut faire son trou à Paris, il se rend sans autorisation dans le bureau de Philippe Labro qui à l’époque était directeur de RTL.

C’est l’histoire de l’élève et du maître, du jeune premier et du mentor. L’un demande à l’autre le secret de la réussite, l’autre lui répond un nébuleux «  il faut savoir rester modeste ». On ne sait pas si ce conseil aura suffi à contenter le jeune Moix. Après Philippe Labro, il veut se rapprocher de Bernard Henri Lévy.

Lorsqu’ils se rencontrent, Yann Moix lui demande de lui donner sa chance et BHL lui propose un deal : écrire en douze heure trois articles sur des sujets aussi variés que le fascisme en Italie, Federico Fellini et le film Germinal. Il s’exécute et sera, selon la formule consacrée, « bienvenu au club ».

Au delà de cette anecdote réjouissante, cette rencontre est décisive pour l’écrivain puisque les deux hommes ne se sont plus quittés depuis. Il collabore depuis 20 ans à la revue La règle du jeu fondée par BHL et l’intégralité de ses romans sera éditée par la maison Grasset sous l’égide de Bernard Henry Lévy.

Parallèlement et comme beaucoup de ses congénères, il écrira, de manière épisodique, pour de nombreuses publications telles que Voici, VSD, Paris Match. Il tiendra des feuilletons littéraires et autres billets d’humeur pour Marianne, Madame Figaro, le Figaro Littéraire ou encore l’Express.

Sa carrière littéraire débute en 1996 avec Jubilations vers le ciel qui sera lauréat du Goncourt du premier roman. Suivront plus d’une dizaine de romans qui susciteront la plupart du temps de vives réactions, entre succès critique et polémique.

Mais c’est en 2009 que la carrière de Yann Moix prend un nouveau tournant. Son roman Naissance obtient le prestigieux prix Renaudot. Une reconnaissance pour cet écorché vif qui confesse que cette distinction lui a fait le plus grand bien. Ce prix c’est l’adoubement de ses pairs, c’est la revendication d’une identité acquise, d’un ADN propre.

Yann Moix se lance dans le cinéma avec l’adaptation de son roman Podium. Le film raconte la vie de Bernard Frédéric qui rêve de devenir le sosie officiel de Claude François. Cette comédie douce amère rencontre un franc succès et rafle pas moins de cinq césars en 2005 dont celui de la meilleure première œuvre de fiction pour Yann Moix.

Sa carrière cinématographique semblait bien partie mais son deuxième film Cinéman est un véritable échec. Il recevra tout de même deux prix : le Gérard du plus mauvais film et celui du désespoir masculin pour Frank Dubosc.

Si Yann Moix est un grand sensible, il se remettra de cet incident. Cette ombre au tableau restera toutefois l’argument de défense principal des invités d’On n’est pas couché quand ce dernier force un peu trop sur la critique.

Dès ses premières apparitions sur le plateau du talk show de Laurent Ruquier, il se dévoile au grand public. Un regard perçant et froid, une diction particulière, sèche et précise Yann Moix prend son rôle très au sérieux.

Cet acharné de travail avoue avoir rédiger plus de soixante fiches pour la grande première. Il dézingue sans sommation les quelques courageux venus faire leurs promos. Ses questions n’en sont pas, il parle vite, très vite, il dit tout, détaille, cite, au point, souvent, de perdre ses interlocuteurs.

Durant les premières émissions, son stress est à peine dissimulé, il est sur la défensive, anticipant le retour de flamme. Rien ne lui échappe, il observe tout, jubile presque en attendant la réponse hasardeuse. Son manque de spontanéité et son approche belliqueuse de l’interview lui a attiré les foudres des commentateurs de tout horizons.

Internet s’emballe, les articles putassiers pullulent et Yann Moix devient persona non grata. Pourtant, il s’est rapidement assagi. Le ton est désormais calme, la critique plus nuancée, l’attitude plus légère. Si il lui arrive parfois de déraper, de glisser vers le commentaire peu constructif, il rectifie le tir, livrant un mea culpa en demie teinte.

Yann Moix est un personnage insaisissable, complexe. Sa culture immense effraie autant qu’elle fascine. Sa capacité à sortir de sa zone de confort, aussi. Comme soumis à cette loi de la critique permanente, Yann Moix semble résigné.

Impulsif et terriblement sensible, il a la parole vive des gens pressés. Ceux là même qui ne peuvent s’empêcher de dire avant de regretter. Cet hypermnésique, gentiment névrosé, fait parti de ces gens que l’on adore détester, préférant surement susciter la haine que l’insignifiance.

Par Chloé Pangrazzi
Culture, images et nouveaux médias