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Touche pas à mon poste
C8


Du lundi au vendredi
De 19h00 à 21h00

Présentateur :
Cyril Hanouna
 



Évaluation Touche pas à mon poste

“ Quand la médiocrité devient fashion ”

L’émission phare de C8, filiale du groupe Canal Plus, a fait ses débuts sur le service public (France 4 de 2009 à 2012). Pour sa huitième saison consécutive, l’animateur-producteur Cyril Hanouna est entouré d’une équipe éclectique : Thierry Moreau, Jean-Michel Maire, Enora Malagré, Jean-Luc Lemoine, Christophe Carrière, Isabelle Morini-Bosc, Gilles Verdez, Julein Courbet, Valérie Bénaïm et Matthieu Delormeau...

1/5

Animation / Conduite

Orientation du programme l Qualité de la langue l Distribution de la parole l Neutralité l Tonalité et esprit véhiculé

Cyril Hanouna incarne le nouveau visage de l’humour du groupe Canal plus. Imposé et (sur)exposé par Vincent et Yannick Bolloré, ce dernier a consenti rester sur C8 en échange d’un contrat mirobolant d’un montant de 250 millions d’euros (sur 5 ans). L’animateur débute l’émission par un tour de table de ses chroniqueurs.

Un à un, il les interroge sur leur quotidien, leur « actu » ou encore certaines parties de leur intimité (dévoilés via un magazine People ou encore par les nombreux messages / MMS que ceux-ci envoient à Cyril Hanouna entre les émissions).

L'équipe 2016 de TPMP au grand complet

La chambre permanente

Le principe des tours de table, outre récolter des avis (rarement dignes d’intérêt), semble de pouvoir déployer une « chambre » assez proche de celle pratiquée par des ados dans l'enceinte d'un collège. Ricaneries, sarcasmes suivis de rires hystériques de l’animateur ; telle parait être l’une des formules magiques de cette émission.

Blagues ou lynchages

De fait, tout le monde (sur le plateau) en prend pour son grade, parfois avec tact parfois dans une forme de violence qui confère au lynchage ; le tout devant un million de téléspectateurs tout de même.

Dans ces jeux passablement sadiques, même l’animateur y participe, distillant par là un semblant de démocratie. Il est lui-même l’objet de montages et autres révélations pas toujours valorisantes ; néanmoins jamais aussi humiliants que ceux réservés aux martyrs (consentants) de l’équipe.

Longue séquence de ricanements de l'animateur au début de l'émission

Des excuses aussi lourdes que ses blagues?

Après avoir copieusement raillé, chambré ou « taclé » certains de ses chroniqueurs (il y a les chouchous et les souffre-douleurs…), l’animateur se répand ensuite en excuses mielleuses, en excès d’affect pour compenser la violence des propos et autres outrages proférés juste avant : « On t’aime mon bichon » ; « Mais non, je t’adore ma petite chérie, je t’embrasse ».

2/7

Contenus / Apports

Descriptif et traitement des sujets l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

Une série de séquences rythment et ponctuent cette longue émission (d’environ 2h00) : Je zappe/Je mate!, le dossier du jour, C'est quoi la suite? ou encore Vu/Pas vu, Ce qu'il ne fallait pas louper, Coup de cœur/Coup de gueule…

Plutôt Danse avec les stars qu'Envoyé Spécial ; plutôt Koh Lanta que La grande librairie

La télévision, dans le prisme de TPMP, se compose avant tout d'émissions de télé-réalité : Plutôt Danse avec les stars qu'Envoyé Spécial ; plutôt Koh Lanta que La grande librairie ; Plutôt Cauchemar en cuisine qu'une soirée Théma sur Arte.

On trouve également des critiques sur des Prime time de variété, de musique ou de jeux ; émissions le plus souvent tirées des programmes de TF1 et de M6.

Quelle place pour la Culture?

L'univers musical se résume, dans TPMP, à la mise en avant d'extraits sonores très rythmés : derniers hits à la mode, basses au maximum et, de temps à autre, un hommage à Patrick Sébastien (dont Cyril Hanouna est un fan de la première heure). Bref, Tout est bon pour mettre de l'ambiance!

Le champ cinématographique oscille entre blockbusters américains et comédies romantiques peu exigeantes tandis que le théâtre n'existe pas en dehors de one men / women show.

La littérature, lorsqu’elle est abordée, se limite à quelques best-sellers sur les régimes, les superstitions ou les confessions d’une star américaine dans son combat contre la dépression et la drogue…

Des échanges électriques, compulsifs

La bande de chroniqueurs s’exprime selon la volonté et le choix de l'animateur. Les interventions consistent généralement à défendre un point de vue, une position tranchée sur son goût à l'endroit d'un programme : "J'aime / J'adore / J'aime pas / Je déteste".

Les arguments déployés sont parfois construits, élaborés. Il est amusant d'observer une Enora Malagré, par exemple, s'employer à défendre un candidat de télé-réalité. On pourrait croire, à l'éloquence, qu'elle disserte autour d'une cause supérieure qui nécessite une authenticité absolue.

Enora Malagré toute entière concentrée sur son argumentaire

Il est globalement difficile de suivre les discussions qui fusent et rebondissent très rapidement. Le téléspectateur peut se sentir dans la position d'une boule de flipper... balancé, projetté, secoué d'un chroniqueur à l'autre, d'une remarque à une autre.

Il semble que le fond du propos importe moins que la véhémence (voire l’outrance) du chroniqueur

Dans cet univers électrique, il semble que le fond du propos importe moins que la véhémence (voire l’outrance) du chroniqueur. 

Blagues graveleuses, humiliations et buzz

Au milieu de cet océan de raffinement, les blagues et réflexions graveleuses tiennent la marée et retiennent l’audience. Malgré plusieurs rappels à l’ordre du CSA (5 mises en demeure en 2016) et des centaines de plaintes de téléspacteteurs, Cyril Hanouna souhaite toujours « surprendre ses téléspectateurs » quelle qu’en soit la conséquence. Le Buzz n’a pas de prix ni de limite au royaume du marketing télévisuel…

L'animateur jamais à court de bons mots pour surprendre ses téléspectateurs

Pour cela, l’animateur ne manque pas d’imagination : mixtures puantes pour faire évacuer le plateau, plat de nouille dans le boxer d’un chroniqueur, scandales montés de toute pièce (comme lors d’une provocation d’un des chroniqueurs qui s’est soldée par une baffe, amplement méritée, de la part de Joey Starr).

Récréation / défouloir

Dans cette émission, presque tout semble permis tel un exutoire aux frustrations de la vie et du quotidien. On s’y sent dans une cour de récréation où chacun(e) pourrait se défouler en racontant (ou clamant) à peu près n’importe quoi.

En même temps, l’école y est disqualifiée, rabaissée, ringardisée. Apprendre et être élevé (intellectuellement), cela ne semble pas être la vocation de l’équipe de TPMP!

Une cour de récré où chacun(e) pourrait se défouler en racontant à peu près n’importe quoi

Des hiérarchies implacables

Sous couvert de grands rires et de connivences ostentatoires, différentes hiérarchies se font jour au sein de l’émission. Les plus anciens ont un statut privilégié en comparaison des nouveaux venus (bizutés, moqués, rabroués).

Paradoxalement, être jeune semble une qualité première tandis que la plastique est au cœur des préoccupations : les « beaux gosses », les corps musclés et les sourire ultra-bright sont affichés au panthéon des objectifs de vie.

A l’inverse, les vieux, les gros, les moches, chez TPMP on aime pas ça et on ne se prive pas de le dire…

2/3

Réalisation / Montage

Qualité de la réalisation, du montage l Rythme impulsé l Pertinence des reportages et extraits l Habillage visuel et sonore

Les intermittents font globalement un travail de qualité dans cette émission même si leur reconnaissance semble plus que limitée (cf. paragraphe « dérives administratives et RH »). Les cadrages et montages sont de bonne facture tout comme les prises de sons.

2/5

Impression générale

Atmosphère l Ambiance l Fluidité l Objectivité du programme l Eveil, élévation l Respect du téléspectateur

L’impression d’appartenir à une bande de potes ; d’être au courant des derniers buzz, des dernières rumeurs ; là semble être la motivation majeure qui anime le public, nombreux, de TPMP.

Il y a un côté agréable, pour certains, à retrouver chaque soir des visages familiers ; la sensation d’un peu appartenir à ce clan de déconneurs, à s’amuser et à « ne pas se prendre la tête » avec eux…

Les derniers de la classe prennent le pouvoir

C’est un peu comme si le professeur avait déserté la salle de cours et que les derniers de la classe s’emparaient des lieux, y imposaient leur loi.

Ils n’aiment globalement pas l’école, le savoir et les diplômes ; discréditent l’action politique ; n’ont que peu d’intérêt pour les notions de citoyenneté, de Culture ou d’Art (autre que commercial).

Le petit roi et le bouffon

Au milieu de ce groupe de petits rebelles, un roi-bouffon s’est auto-proclamé et règne en maitre-hégémonique. Tantôt déconneur et rieur, tantôt tout-puissant et despotique ; il est devenu la référence absolue des derniers de la classe, le demi-Dieu des cancres.

Le clan Hanouna : tu l’aimes ou tu sors

Dans cet univers qui aime se regarder, s’admirer et ou se détester, il y a des règles à respecter pour être bien vu. La première consiste en une déférence, quasi-absolue, à l’endroit du roi-bouffon.

A coup de petits mots doux, de jalousies entre chroniqueurs, chacun(e) tente de se placer au mieux auprès du grand chef, du maitre de l’Humour.

Le chantage affectif permanent…

Vénérer le chef ne fonctionne que si le chef, lui-même, demande à être vénéré. Pour cela, ce dernier utilise de subtiles méthodes, rarement énoncées mais pourtant bien présentes et efficaces…

Il faut tout d’abord se prêter à ses lubies, ricaneries voire humiliations avec entrain et bon cœur. Ensuite, il convient de le flatter, une à plusieurs fois par émission, au travers de valorisations diverses :

« Moi je trouve que Cyril est le meilleur animateur du PAF » ou encore « Regardez comme ils vous copient tous, les animateurs de TF1 et de M6, vous êtes désormais l’exemple à suivre ».

… Jusqu’à l’exclusion

L’exclusion fait partie de l’arsenal à disposition du petit chef Hanouna. D’Elodie Gossouin à Philippe Lucas, de Gérard Louvin à Philippe Vandel, nombreux sont les chroniqueurs à avoir été évincés de l’émission par choix de son animateur vedette. Dans le clan Hanouna, mieux vaut bien s’entendre avec son chef!

TPMP : émission de supermarché ? 

Saturation d’images, de bruit(s), compulsivité de l’animateur et des chroniqueurs, tunnels de publicités destinées aux ménagères de moins de 50 ans, variété bon marché, omniprésence des valeurs consuméristes…

TPMP s’avère très proche des codes et valeurs impulsés dans les supermarchés. On regrettera, dans cet esprit, le sous-emploi de l’intelligence de certains chroniqueurs, Jean-Luc Lemoine et Julien Courbet en particulier.

Cyril Hanouna et Enora Malagré sur le plateau de TPMP

Des dérives administratives et RH

Notons que malgré des moyens financiers colossaux (50 millions d’euros par an, payés par le groupe Canal Plus), les errances administratives semblent nombreuses autour de cette émission. Une partie des intermittents se dit sous-payée, le recours abusif aux contrats courts semble monnaie-courante tout comme les licenciements sans cause réelle et sérieuse.

L'ère du vide a son émission

En résumé, nous pouvons affirmer, sans prendre de grands risques, que TPMP participe à l’appauvrissement intellectuel et culturel de la France ; à une forme de régression infantile qui offre un visage de la télévision guère plus évolué que les programmes des chaines italiennes du groupe Berlusconi.

Les dérives et dérapages réguliers (parties intégrantes de la stratégie de l'émission), l'hystérie des chroniqueurs et du présentateur, la nullité des débats et des réflexions en font une référence indiscutable en matière de télévision-poubelle...

Par Denis Morineau
Médias et numérique

Evaluation finale

Les Plus

L'impression d'une grande famille

J.L Lemoine et J. Courbet relèvent (un peu) le niveau

 

Les Moins

L’hystérie quasi-permanente

Le culte du gourou

Les bas-fonds de la Culture

La vulgarité et la médiocrité

Tout pour le Buzz

L'ère du vide

La note finale
7/20
Note finale de la rédaction
Les internautes
9/20
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