Bienvenue sur France Médias
Découvrez le site, ses contenus et son équipe dans Informations (à droite du menu)

Thierry Ardisson


Portrait de Thierry Ardisson

Le 7 Janvier 2017, deux ans jour pour jour après le raid meurtrier qui a couté la vie à toute la rédaction de Charlie Hebdo, Thierry Ardisson invite sur son plateau Farid Benyettou. Ce dernier n’est autre que le mentor des frères Kouachi.

Venu sur le plateau pour faire la promo de son livre qui témoigne de son chemin vers la rédemption, l’ex recruteur des Buttes Chaumont s’est vu offrir une tribune, un écho médiatique jugé indécent. La date était aux commémorations et comme un immense pied de nez à la souffrance, Ardisson donnait ce soir la, la parole au responsable de ces atrocités.

Cette polémique n’a rien d’anodin au vue du contexte sociétal actuel mais elle est aussi assez exemplaire de la carrière d’Ardisson. En as du marketing l’animateur producteur oscille toujours entre vérité et intox, entre l’info et l’effet. Il sait comment se justifier, la communication de crise il connaît par cœur.

La voix assurée et l’œil canaille, l’animateur au physique ascétique ne se rêvait pas forcément en star du petit écran. Il ne souhaitait que deux choses : la célébrité et la richesse. Depuis plus de trente ans, Ardisson est présent et si le décor a changé, si le ton s’est adouci avec l’âge, l’enjeu reste le même : séduire un public en quête permanente de nouveauté.

Conçues et pensées comme de vrais produits de consommation, les émissions d’Ardisson ont marquées le paysage télévisuel français. L’ancien publicitaire se définit lui même comme un concepteur, un créatif. Mais si il est certain d’avoir réussi à gérer l’image de ses émissions, ce freak control confesse avoir loupé le coche avec le plus important de ses produits, un personnage qu’il a façonné à l’image d’un cow boy Marlboro ou d’un Monsieur propre.

Ce personnage c’est le sien, c’est l’Homme en Noir. Trop dur avec ses subordonnés, trop caractériel, trop sulfureux, trop calculateur. Il voudrait se défaire de cette image qui lui colle à la peau mais il le sait mieux que personne malgré les meilleures campagnes de publicité le Coca Cola ne sera jamais du Pepsi.

Thierry Ardisson est né dans la Creuse en 1949. Un hasard pour cet enfant dont les parents sont originaires du sud de la France. Son père est ingénieur dans les BTP et son travail impose l’itinérance. Ils ne restent jamais très longtemps au même endroit et Thierry Ardisson avoue ne se sentir chez lui qu’à Nice. La ville qui à vu naître ses parents. La cité où il a passé la plupart des étés de sa jeunesse.

Le jeune Thierry Ardisson passe également une partie de sa petite enfance en Algérie avant de faire ses premières classes à Annecy. Il rejoint le sud de la France et l’université de Montpellier dont il sort diplômé d’une licence d’anglais.  En 1966, alors qu’il n’a que 17 ans il fait la rencontre du patron du Whisky à Gogo, une boîte de nuit à Juan les Pins.

Il lui propose de devenir DJ, Thierry Ardisson accepte. C’est l’histoire des premières nuits, des premières débauches, des premières expériences. Thierry Ardisson ne s’est jamais caché. Il n’a jamais tue son amour pour les plaisirs interdits même s’il ne tient pas à en faire l’apologie. Il dira un jour « le pire de tous les vices, c’est l’excès de vertu ». Il ne se parjurera pas.

Quand il débarque à Paris, il n’a qu’une seule idée en tête : réussir. Il débute dans l’ombre chez BBDO avant de rejoindre TWA. Il est l’auteur de plusieurs slogans qui font toujours échos aujourd’hui. « Quand c’est trop c’est Tropico », «  Lapeyre y’en a pas deux » c’était lui. Il fonde très vite sa propre agence de publicité : Business. Il crée des spots publicitaires très courts afin de permettre aux annonceurs ne disposant pas d’un gros budget d’accéder au canal télévisuel.

Il collabore à différents magazines tels que Rock n’ Folk, Playboy, Paris Match. Sa plume est incisive, son style percutant. Déjà, il exploite le filon du trash et du subversif. L’épisode Yannick Noah restera à ce titre exemplaire. Dans une interview, le jeune Ardisson annonce son goût pour l’inavouable et les questions chocs.

Il réussit à faire dire à Yannick Noah qu’il fume du cannabis. Pour ne rien gâcher, l’article est illustré d’une photo du tennisman-chanteur sortant ivre d’une boîte de nuit. L’article fait scandale et les ventes de ce numéro de Rock n’ Folk explosent.

Mais c’est en 1985 que l’aventure télévisuelle démarre avec Scoop à la Une diffusée sur TF1. Il n’est pas bon. Il est mal à l’aise devant les caméras. Il avouera même qu’avant la première, pétri par le tract, il a annoncé ne pas pouvoir monter sur le plateau. Il avait alors demandé à son équipe de prétexter qu’il avait un cancer ! 

Pourtant, il va attirer l’attention d’une certaine Catherine Barma. La célèbre productrice et dénicheuse des plus grands talents du PAF le prend sous son aile et en fera le Thierry Ardisson que l’on connaît.  A la même époque, il produit pour la première chaîne « Descente de police ». Le concept : Ardisson et Jean Luc Le Maître jouent les mauvais flics.

Les deux ex DA interviewent de manière musclée quelques stars venus se prêter au jeu. L’émission est déprogrammée après six numéros. La cause : une plainte déposée par Karen Cheryl auprès du CSA. Cette dernière n’a pas vraiment apprécié de se faire menacer par un tesson de bouteille de bière. Mais Ardisson n’en n’est qu’à ses débuts et il ne compte pas en rester la. Dans les années 80, les chaînes veulent du neuf, du frais, du créatif et ça tombe bien car Ardisson est une véritable fabrique à idées, un concepteur hors pair.

De TF1 en passant par la Cinq, France Télévision, Paris Première et désormais Canal Plus, Thierry Ardisson ne s’arrêtera pas. Passant de l’animation à la production avec une aisance déconcertante, le roi de l’infotainment et de l’immoralité offrira des instants de télévision devenus cultes. De Bains de minuit à Lunettes noires pour nuits blanches, Ardisson impose son ton unique.

On se rappellera de ses célèbres interviews formatées qui sont devenus sa marque de fabrique. De ses questions coups de poings à base de «  la coke t’as essayé ? » « Sucer c’est tromper ? » qui sont restées gravées dans l’esprit de nombreux téléspectateurs. Et puis il y a les coulisses, tout ce que le public ne voit pas : le montage. Thierry Ardisson à la communication dans le sang. Il sait ce qui va séduire et fait en sorte de  servir un produit digne des attentes de son public.

Il y a les jingles, les moovings (mouvements de caméra), les coupures. Ardisson ne s’en est jamais caché, le montage est indispensable pour créer des moments de télévision. Il ne s’agit pas de déformer ce que l’invité a pu dire mais de rendre son message plus audible. Il faudrait selon lui, poser trois fois la question à son interlocuteur pour que la réponse soit formulée correctement. Le montage serait donc bon pour l’image. Bon aussi pour le public à qui l’on offre une émission dynamique, parfaitement rythmée et maîtrisée.

Ce style il l’a travaillé de longues années, car avant les succès il y a aussi eu quelques échecs. L’on pense notamment à Ardimat et Autant en emporte le temps. Ces deux flops successifs lui valent d’ailleurs d’être viré de France Télévision. S’en suit une traversée du désert durant laquelle les portes se ferment. Le scandale ne ferait il plus recette ? Ardisson serait il définitivement mis aux oubliettes ? C’est mal le connaître.

C’est Paris Première qui viendra repêcher l’âme en peine et le remettre sur le devant de la scène avec la très bonne Paris dernière  et la non moins excellente Rive droite, rive gauche. Il donne toujours dans la provocation mais semble s’être assagi et faire preuve de plus de bienveillance à l’égard de ses invités.

Viendra ensuite le temps des retrouvailles avec France 2 qui lui donnera les clés de Tout le monde en parle. Malgré un succès sans précédent, Ardisson est une nouvelle fois poussé vers la sortie. En cause, un contrat d’exclusivité signé avec la chaîne publique qui l’empêche d’animer une émission sur une autre chaîne.

Or il vient de signer avec Paris Première pour 93 Faubourg Saint Honoré. Il choisit la chaîne cryptée et fait ses adieux au service public. Il écrira à Patrick de Carolis, alors directeur générale de France Télévision, ces quelques mots : «  tu viens de fusiller un miracle ».

Le miracle justement parlons en. Ne viendrait il pas d’autres horizons ? Ardisson écrivain, Ardisson producteur de série et de cinéma. Il s’est essayé à l’écriture et d’ailleurs l’on soupçonnerait presque l’homme en noir d’avoir voulu en être vraiment. Faire parti du clan très fermé des auteurs. Pas de ceux qui écrivent leurs confessions d’homme public.

 Il aurait voulu être romancier. Il été édité, publié c’est vrai et par des maisons plutôt prestigieuses mais une fois de plus il semblerait que Thierry Ardisson soit abonné aux scandales. Il est accusé de plagiat pour son livre Pondichéry et n’essayera pas de faire taire la rumeur. Tout est vrai. Pourtant ce livre figure toujours en bonne place sur son CV et la révélation de cette supercherie ne semble pas l’avoir couvert de honte. 

De toutes façons, Ardisson le sait il est trop hyperactif pour adopter ce qu’il appelle lui même le « ass power ». Comprenons, rester assis sur une chaise pour pondre ce qui pourrait être le seul chef d’œuvre qui trouverait grâce à ses yeux.

Aujourd’hui confortablement installé sur C8, il présente chaque samedi soir Salut les terriens. Le dernier scandale en date n’effraie pas Ardisson qui du haut de ses trente années de télévision en a connu d’autre. Mais ce cynisme permanent, cette immoralité parfois brutale est elle toujours aussi branchée que dans les années 80 ?

Les plateaux enfumés, les boîtes de nuit, les questions chocs ont laissés place à des studios de télévision froids, l’eau a remplacé la vodka et Matt Pokora fait sa promo quant Serge Gainsbourg parlait musique. Ça, Ardisson n’y est pour rien. Le monde à changé, on ne peut plus tout dire et tout montrer mais y a t’il encore quelque chose de subversif chez Ardisson ?

On le sait il n’est pas près de mettre son costume noir au placard pourtant parfois on se lasse des vannes, des questions que l’on connaît par cœur et de cette hyper maîtrise qui est devenue si consensuelle. Thierry Ardisson est, et restera, malgré tout une grande figure de la télévision et un fin observateur de ce qu’elle est entrain de devenir. Le baby boomer sait qu’il sera plus dur pour la jeune génération de percer dans le métier car les anciens ne sont pas près de raccrocher ! Il aurait tord de s’en priver.

Par Chloé Pangrazzi
Culture, images et nouveaux médias