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Stupéfiant!
France 2

 

Le mercredi à 22h40

 

Magazine culturel



Évaluation Stupéfiant!

“ France 2 redécouvre la Culture ”

Stupéfiant, c’est le nouveau magazine culturel de France Télévision. Présentée en deuxième partie de soirée sur France 2, cette émission portée par Léa Salamé et produite par la société Bangumi (Yann Barthès / Laurent Bon) affiche l’ambition de dépoussiérer un genre qui ne fait plus guère recette sur le petit écran.

Si l’on en croit les destins successifs des émissions culturelles du service public, il semblerait que la télévision ne soit pas le médium idoine pour aborder le thème de la Culture. Si l’on ajoute à cela le choix d’une case difficile, voire maudite, on se dit que le pari est audacieux...

4/5

Animation / Conduite

Orientation du programme l Qualité de la langue l Distribution de la parole l Neutralité l Tonalité et esprit véhiculé

De la politique à la culture

Léa Salamé est une journaliste politique avertie, une intervieweuse reconnue voire redoutée. Alors quand son nom fut associé à la création d’un nouveau programme culturel nous nous sommes demandés si il n’y avait pas eu une erreur de casting.

Certes elle a pu mener sur le plateau d’on n’est pas couché des entretiens avec des personnalités artistiques, émettre de vagues critiques sur le dernier album d'un rappeur à la mode ou s’enthousiasmer sur la sortie d’un film d'auteur. Elle n'est néanmoins pas identifiée comme une spécialiste de la culture dans le paysage médiatique.

Et à la télévision, on aime bien mettre des étiquettes. D’ailleurs, lorsqu'on lui a proposé de présenter ce nouveau magazine, Léa Salamé a d’abord refusé. Elle ne se sentait pas légitime. Mais Vincent Meslet (patron des programmes de France2) et Laurent Bon ont su trouver les arguments pour la convaincre.

Car chez Bangumi, on entend bien s’émanciper du spectre culturel qui prévalait jusque là (entre autre incarnés par Frédéric Taddeide, Bernard Pivot) en créant une formule différente, décalée et modernisée...

Lorsqu'on lui a proposé de présenter ce nouveau magazine, Léa Salamé a d’abord refusé

Léa Salamé : Une intervieweuse aguerrie

En 2015 Léa Salamé reçoit le prix Philippe Caloni de la meilleure intervieweuse. Une consécration pour cette journaliste politique qui est réputée pour son style direct et précis. Léa Salamé travaille chacune de ses interviews avec rigueur et semble déterminée à obtenir des réponses à ses questions.

Virulente et spontanée, elle n’hésite pas à sortir du cadre si cela est nécessaire. On se souviendra notamment de cette invective « Non mais c’est une plaisanterie ? » lancée à l’encontre du président François Hollande sur le plateau des dialogues citoyens en avril dernier.

Une méthode souvent jugée  agressive mais n’en déplaise à ses détracteurs, Léa Salamé est pugnace et a encore des batailles à mener.

Interview de Pierre Bergé à Marrakech

Le débat et l’intime

Dans Stupéfiant il y a deux types d’interviews : l’interview plateau et la rencontre en extérieur.  Sur le plateau on retrouve une Léa Salamé pleine d’assurance. Elle prend possession de l’espace et marque son territoire. Ici pas de place pour la langue de bois, les discours convenus et les semis vérités.

La culture c’est sérieux ! Les invités plateau sont d’ailleurs souvent des personnalités qui suscitent le débat voire la polémique (Murielle Mayette, directrice de la Villa Medicis par exemple). On sent alors que Léa Salamé est dans son élément et tire une certaine satisfaction de ces entretiens.

Ça se corse un peu lorsqu’il s’agit d’aller à la rencontre de personnalités. Chaque entrevue est organisée dans un lieu chargé de symboles. Le palais Gangi pour Alain Delon, la maison Gallimard pour Philippe Sollers ou encore la dernière demeure de Châteaubriand pour Jean d’Ormesson. Dans cet espace de l’intime, Léa Salamé semble beaucoup moins à l’aise. Son langage corporel trahi sa gène, son intimidation. Elle peine à cacher son admiration, voire son émotion. Elle n’est plus du tout dans la maitrise, dans le contrôle.

Ça se corse un peu lorsqu’il s’agit d’aller à la rencontre de personnalités

Elle se laisse happer par l’aura de ces personnalités en mettant de côté sa posture journalistique. La Léa Salamé rigoriste, pugnace devient plus douce, complice et bienveillante. Si certains l’accuseront de connivence, de manquer d’objectivité, il est aussi possible d’y voir de la sincérité. Une sensibilité presque touchante.

Difficile de croire qu’on nous manipule ou que cette attitude est calculée. Il semblerait plutôt que Laurent le Bon ait détecté chez Léa Salamé cette capacité à changer de registre. La où certains aurait cherché le pragmatisme des faits, elle amène la vérité d’une vraie rencontre. Car une rencontre est avant tout un espace de tout les possibles dans lequel chacun est libre de lâcher prise. Même les journalistes.

6/7

Contenus / Apports

Descriptif et traitement des sujets l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

Ce nouveau magazine culturel entend rompre avec le format traditionnel des émissions culturelles. Ici pas de table ronde, pas de médiateur qui viendrait distribuer la parole a quelques personnalités venus défendre leur dernier ouvrage. Stupéfiant veut donner du souffle à un genre télévisuel en berne...

Bangumi et l'infotainment

Bangumi est cofondée en 2011 par Laurent Bon et Yann Barthès. Cette société produit des émissions télévisuelles (Quotidien entre autres) mais également des documentaires. 

On parle rarement des sociétés de production qui se cachent derrière les programmes télévisés. Pourtant la ligne éditoriale, l’identité visuelle sont souvent déterminées (sauf lorsqu’il s’agit de commande) par les équipes de production. Et l’on remarque aisément la différence entre un programme bien produit et un programme qui manque de cohérence esthétique, de force et de dynamisme.

Plan de Léa Salamé introduisant un sujet

Les émissions produites par Bangumi ont un point commun : elles ont une vraie identité. Une volonté de rendre l’information accessible au plus grand nombre tout en  conservant une certaine exigence en terme de contenu. Désormais spécialistes de l’infotainment, le duoYann Barthès/Laurent Bon ne déroge pas à ses valeurs avec Stupéfiant.

Des sujets exigeants et originaux

Léa Salamé a accepté l’animation de ce nouveau programme car il proposait la même exigence d’investigation et la même écriture qu’un magazine d’actualité et d’enquête. D’ailleurs la plupart des reporters de Stupéfiant ont travaillés pour des émissions telles que Envoyé Spécial.

L’émission se découpe comme suit : trois reportages, une interview plateau, une rencontre et une pastille originale appelée Brigade du Stup menée par Loic Prigent et Willy Papa. Après chaque reportage, Léa Salamé reçoit sur le plateau les reporters qui viennent faire un bilan de leurs investigations. A l’instar d’Envoyé Spécial, ce procédé est assez singulier mais permet l’incarnation d’une enquête et concoure à donner de la profondeur, de l’authenticité à un sujet.

Léa Salamé reçoit sur le plateau les reporters qui viennent faire un bilan

« Peut on acheter une couleur ? » ou encore « Trump est il un objet d’art ? »  sont autant de questions auxquelles répondent les équipes de Stupéfiant. La logique est simple : rendre la culture accessible à tous autour de sujets pointus et sensationnalistes. 

Stupéfiant va également s’intéresser aux programmes culturels des partis politiques durant la campagne électorale. Celui du parti de Marine Le Pen fut le premier à être décrypté par les équipes de Stupéfiant. Il est intéressant qu’un magazine s’engage à replacer la culture dans le débat public car force est de constater que le sujet est totalement absent des discours politiques.

3/3

Réalisation / Montage

Qualité de la réalisation, du montage l Rythme impulsé l Pertinence des reportages et extraits l Habillage visuel et sonore

La réalisation et le montage sont particulièrement bien soignés.

L’identité visuelle est très marquée et c’est la que l’on sent toute la force d’une bonne production. Tout est fait pour que le public se sente face à un objet pop et insolent. Du générique de début, au design épuré du plateau en allant jusqu’au graphisme utilisé pour les titres rien n’est laissé au hasard.

Le montage est aussi extrêmement bien maitrisé et participe au dynamisme du magazine. La durée des reportages est satisfaisante, suffisamment longue pour découvrir l’essentiel d’un sujet sans risquer de lasser le téléspectateur. Le découpage en rubrique et l’enchaînement des sujets sont aussi très bien réfléchis et offrent un résultat globalment fluide et énergique.

Le montage est extrêmement bien maitrisé et participe au dynamisme du magazine

La rubrique Brigade du Stup  est une pastille d’environ 4 minutes menée par Loic Prigent et Willy Papa. Cet objet hybride est un pur produit de l’infotainment. Informer en se divertissant. Un montage rapide, des photos, des incrustations de mots clés, une musique rythmée et une voix off : voilà les ingrédients de cette rubrique forcément pop.  Pensée comme un temps de respiration dans ce magazine, cette rubrique n’en reste pas moins résolument culturelle.

4/5

Impression générale

Atmosphère l Ambiance l Fluidité l Objectivité du programme l Eveil, élévation l Respect du téléspectateur

Ce nouveau magazine possède tous les ingrédients pour séduire un public jeune. Stupéfiant est un programme cohérent possédant de grandes qualités éditoriales. Néanmoins difficile de savoir si le public sera au rendez vous.

Les audiences sont stables sans parvenir, pour le moment, à rassembler plus largement. Au delà de l'horaire de diffusion (plutôt classique pour un magazine culturel grand pulblic), on peut s'interroger sur l'éventuel décalage entre la sociologie des téléspectateurs de France 2 (plutôt agés, rassurés par formats classiques) et le concept assez pop proposé dans Stupéfiant... Saluons néanmoins cette prise de risque.

Par Chloé Pangrazzi
Culture, images et nouveaux médias

Evaluation finale

Les Plus

Diversité des sujets

Qualité du montage

Le rythme de l'émission

Léa Salamé différente

Les Moins

Un peu trop pop pour France 2?

La note finale
17/20
Note finale de la rédaction
Les internautes
19/20
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