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Coluche, le coeur des médias

Devenu une icône dont la seule évocation cristalise l'émotion collective, Coluche s'est dessiné une vie de libertés. L'enfant meurtri par les accidents s'ouvrira les portes improbables du succès, des médias et des controverses ; le phénomène brisera les codes pour mieux les dénoncer...

Coluche, le coeur des médias


Episode n°6 : Sortie de route, définitive

Ça va chier

Avec les Restos du cœur, en plus de donner à manger aux pauvres, il ridiculise la classe politique qui n’a jamais su trouver de solution à la famine moderne. Ça cartonne d’entrée, c’est dire si les gens ont faim. Les Restos du cœur permettent l’émergence d’une gigantesque chaine d’union dans le pays. Jamais une œuvre caritative n’a recueilli autant d’argent pour pallier aux carences alimentaires. Un terrible succès inavouable. *

En quelques semaines, avec potes et bénévoles, artistes connus, Coluche décroche quarante millions de dons, dix mille tonnes de marchandises redistribuées dans plus de deux cents villes de France pour huit millions et demi de repas.

Coluche est aussi à l'origine d'une loi qui portera son nom, en 1988, dite « Loi Coluche », permettant à un particulier ou à une entreprise qui souhaite faire un don aux associations d’aide aux personnes en difficulté, de bénéficier de réduction d’impôts. La droite enrage de voir les idées d’un humoriste d’ultra gauche susciter autant d’adhésion dans le pays. Et la gauche aussi fait un peu la gueule de s’être fait piquer l’idée.

Leçon rabelaisienne

C’est sûr que les politiques ont dû se sentir vraiment merdeux. Coluche défie les états-majors desquels il ne ressort jamais que du vent inodore. Il montre à cette occasion qu’il a dépassé le stade du simple bouffon du roi et qu’il avait la carrure, lui, de devenir président de la république. On dirait que Coluche fait de la politique sans le savoir, mais en réalité, il a juste inventé une nouvelle façon de la rendre efficace, et pourquoi pas, accessible.

C’est toujours le gosse de Montrouge qui s’exprime, non par vengeance, quoique, mais pour dire en substance aux politiques qu’une tête bien faite est plus utile qu’une tête bien pleine. Après tout, Coluche est un Rabelaisien, un Béru, qui fait dans le gras comme d’autres font dans la langue de bois persillée. Il a choisi d’être compris plutôt que d’endormir. Comme à l’école, il ne rentre pas dans les cases. Il est là où on ne l’attend pas mais il ne vient pas là où on l’attend. C’est le genre de gosse que les profs n’aiment pas du tout.

« Y en aura pour tout le monde », tel est le titre du spectacle qu’il prépare pour le Zénith. Après cinq ans d’absence, ses sketches n’épargneront personne. Quelques enregistrements de travail circulent notamment auprès de sa compagne et son producteur. Effectivement, les charges n’épargnent personne.

Coluche dit-on aurait eu l’intention de dévoiler certaines malversations politico-financières et même d’annoncer l’existence d’une fille cachée de Mitterand : Mazarine Pingeot.  Au téléphone, Coluche aurait déclaré à Michel Denisot : « Lors de mon dernier spectacle, j’avais fait peur à certains hommes politiques, mais là, je vais carrément leur faire honte ! »

Après une traversée du désert médiatique, une fausse campagne présidentielle éprouvante et le suicide de son pote Dewaere, Coluche prend le temps d’écrire sa contre-attaque. Eté 1986, il pose ses valises à Opio, un peu à l’écart du monde, pour préparer le Zénith.

Les spéculations ont été nombreuses sur le contenu de ce spectacle qui ne verra jamais le jour. Certains prétendent que des bandes sont aujourd’hui toujours cachées dans un coffre. Tout ce qu’on sait, c’est que le personnage du spectacle serait un chômeur, et par conséquent, qu’on allait parler du chômage, c’est-à-dire des choses qui fâchent.

Tombée de rideau

La suite, on la connait. Coluche roule aux commandes de sa Honda 1100 VFC, rouge et noire, sur la route reliant Cannes à Opio. Sur une ligne droite, il percute alors brutalement un camion qui, arrivant en face, lui coupe la route pour tourner à gauche. Le comédien meurt sur le coup.

Sa mort prend l’ampleur d’un deuil national. Dix mille personnes, célèbres ou anonymes, ont assisté aux obsèques de Coluche. De l'abbé Pierre à Jacques Attali, de ses potes motards à ceux de "S.O.S. racisme", d'Yves Montand à Yves Mourousi, ils sont tous là... Mais très vite, les circonstances entourant ce drame vont susciter des rumeurs accréditant un assassinat.

Les médias réagissent à chaud et feront circuler de fausses informations : sur la petite route, l’humoriste roulait trop vite au moment où, dans un tournant, un camion aurait amorcé son virage pour pénétrer dans un camping.

Or, beaucoup se posent des questions sur la thèse de l'accident. Les deux amis qui l’accompagnaient ce jour-là en moto, Didier Lavergne et Ludovic Paris, ont une autre version des conditions exactes du drame. Ils roulaient tranquillement. Ils se parlaient tout en roulant. Michel n’avait pas de casque, Ludo non plus.

A cette époque, sur la Côte, les flics ne les faisaient pas trop chier avec ça. De toute façon, ils n’allaient pas vite. Michel était en bermuda, les autres en débardeur. Dans cette tenue, si on va vite, les insectes font un mal fou sur la peau, tous les motards le savent. Juste avant la courbe, Coluche a doublé un pote. Il se sont mis en ligne, comme d'habitude dans un virage. A la queue leu leu, Michel, Didier, Ludo.

Ils sont à la sortie d’un virage. Il y avait une courbe derrière eux, une autre devant eux, une ligne droite entre les deux et un camion, énorme, qui arrivait lentement. Pas de clignotant, pas de voiture derrière lui. Coluche roulait devant ses potes, il n’y avait pas trois mètres entre eux.  Didier vit Michel qui allait croiser le camion, comme lui ensuite. Et puis, lorsque le camion arriva à la hauteur de Coluche, tout d'un coup, le chauffeur a braqué la cabine sous son nez. Il a fermé la route. Comme une porte claquée sur sa figure et qu'il n'a pas eu le temps d'éviter. Et Coluche a tapé la tête sur l'angle, ça a été aussi simple que ça. Un quart de seconde. A un mètre ou deux, il aurait freiné. Mais jamais il n’aurait pu imaginer que le camion pourrait faire un truc pareil. C'était ça la surprise, elle ne venait que de là. De la manœuvre du camion.

Cendres de Montrouge

Les théories du complot se multiplient. L’enquête et le travail du juge ont été remis en question. Etait-ce un simple accident routier où l’accomplissement d’un projet commandé par la mafia du pouvoir ? Le débat reste ouvert. Nombreux sont ceux qui pensent à une mise en scène pour faire taire le poète qui préparait un retour épicé. Coluche, c’était un peu Zorro, la niaque des anonymes, le peuple qui pète au nez des puissants. 

« Salut ma poule », se disaient autrefois les mecs entre eux.

Par Hervé Mestron
Médias & réflexions