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Si tu écoutes j’annule tout
France Inter

 

17h05 à 18h00

 

Du lundi au vendredi

 



Évaluation Si tu écoutes j’annule tout

“ Humour, bonne ambiance et une pointe de populisme ”

Laurence Bloch, directrice de France Inter nommée par Mathieu Gallet (président de Radio France), a fait évoluer la grille de la station à son arrivée en 2014. Parmi les changements décidés, la mise en place d’une seconde « case » humoristique, de 17h00 à 18h00, du lundi au vendredi (après celle de 11H00 à 12h30 animée par Nagui).

Pour conduire l’émission, elle fait appel à une jeune humoriste belge encore méconnue en France. Entourée d’une équipe qui se connaissait déjà pour partie, les voici sur les routes d’une consécration que peu imaginaient lors du lancement. Au fil des mesures Médiamétrie, l’émission connaît un succès d’audience qui ne se dément pas.

Les bons mots et autres traits d’esprit, souvent en lien avec la vie politique française, prolongent la longue tradition de France Inter. Du Tribunal des flagrants délires à l’oreille en coin en passant par les chroniques de Stéphane Guillon et autres Didier Porte, humour et politique ont souvent fait cause commune sur cette antenne écoutée à 80% par des sympathisants de la gauche plurielle…

3/6

Animation / Conduite

Orientation du programme l Qualité de la langue l Distribution de la parole l Neutralité l Tonalité et esprit véhiculé

La nouvelle star d’Inter

En seulement 2 années, Charline Vanhoenacker fait désormais parti des têtes d’affiche de France Inter. Adoubée par ses collègues, encensée à chacune de ses interventions dans le 7-9, l’animatrice jouit d’une grande liberté de ton et d’une aura significative au sein de la station.

Du lundi au vendredi, elle anime donc l’émission avec élan et vivacité. Son léger accent belge donne une sonorité amusante à certaines de ses intonations et prononciations. Ses répliques fusent tandis que sa voix haute perchée ne redescend qu’assez rarement.

De l’esprit et du populisme

Il n’est pas simple de se renouveler quotidiennement, encore plus lorsqu’il s’agit de divertir et faire rire les auditeurs. En l’occurrence, l’écriture de Charline Vanhoenacker s’avère inégale...

Dotée d’un sens de la représentation certain, l’animatrice croque les portraits et les situations avec justesse. On y retrouve une liberté de ton typiquement belge où presque tout est autorisé lorsqu’il s’agit de rire et de faire rire.

L'animatrice réagit à une réplique d'Alex Vizorek

En même temps, l’acidité dont elle fait preuve semble parfois prendre des tournures lapidaires. Au fil des remarques et répliques, on entend (régulièrement) son mépris pour la représentation politique, son dégoût pour les puissants sans nécessairement faire de distinction entre ceux-ci.

Malgré tout, l’animatrice sait pratiquer l’auto dérision quant à la qualité de l’humour et des prestations proposées.

La touche Alex Vizorek

Alex Vizorek participe également à cet élan « anti-puissants » en riant ostensiblement aux répliques de l’animatrice sur ces sujets. Il y va lui aussi de ses blagues récurrentes qui en deviennent parfois des poncifs : François Fillon l’ultra-conservateur, Manuel Valls qui trahit la gauche avec sa politique droitière…

L’humoriste semble épouser un cadre qui restreint assez largement la subtilité dont il est capable

Par ailleurs comédien et interprète talentueux, l’humoriste semble épouser un cadre qui restreint assez largement la subtilité dont il est capable. On le sent souvent en retrait voire effacé vis à vis de Charline Vanhoenacker ; cette dernière ne se privant pas de le moquer, pas toujours avec finesse.

Alex Vizorek et sa voix posée apportent malgré tout une assise, un calme au milieu de l’agitation. Il peut intervenir pour reformuler, apaiser et participe à fluidifier les propos. Sa présence se révèle donc plus qu’anecdotique ou accessoire.

Démagogie anti politique(s) ?

L’une des marques de fabrique de l’émission et de son animatrice, c’est la gaudriole qui ridiculise l’homme (et la femme) politique. Rares sont les émissions où Charline Vanhoenacker ne nous gratifie pas de répliques cinglantes à leur endroit.

Interrogeant l’invité, les questions et réflexions orientées sont nombreuses : « Vous aussi vous trouvez que nos élus sont décevants ? » ; « Faites-vous partie, comme nous,  de ceux qui pensent qu’on a des politiques incompétents ? » ; « Cela serait bien la première fois qu’un élu ferait correctement son travail »…etc.

Le souci avec ce fond de commerce anti politique, c’est qu’il fait le jeu des parties extrêmes en utilisant l’un de leur argument majeur : le procès pour incompétence et malhonnêteté de la classe politique dans son ensemble.

4/7

Contenus / Apports

Descriptif et traitement des sujets l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

L’émission est composée d’une série de séquences et chroniques qui jalonnent les échanges avec l’invité du jour. Ce dernier peut être comédien, acteur, écrivain ou encore humoriste…

La réunion du matin 

Séquence enregistrée dans laquelle la joyeuse bande discute et réfléchit sur la manière d’accueillir l’invité(e) du jour. L’écriture est sympathique mais tombe assez rapidement dans jeux stéréotypés où chacun(e) endosse les mêmes attitudes, postures et traits de personnalités.

L'équipe de l'émission pour la photo de promotion d'Inter

Il en ressort des moments un peu lourds et prévisibles mettant plutôt en scène une bande d’ados qui se moquent les uns des autres que des adultes réfléchissant (avec humour) aux thèmes à aborder.

Le flash Infos

Infos revisitées, extraits d’interviews, brèves… L’actualité économique et politique revue et commentée par Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek. L’humour proposé est un petit peu convenu, les textes et répliques pas toujours subtils et les cibles toujours les mêmes.

Les hommes et femmes politiques en première ligne, gaussés, raillés et objet de tous les sarcasmes. A la longue, ce parti-pris peut sembler pénible et facile mais c’est sans doute aussi pour cela que l’émission réalise de belles audiences.

L’interview de l’invité(e)

Tout au long de l’émission, Charline Vanhoenacker interroge l’invité(e) sur sa vie, ses expériences, ses convictions. Dans ce registre, l’animatrice s’avère plutôt convaincante. Elle met la personne à l’aise, sait dissimuler son émotion (compréhensible pour une émission en direct) et écouter avec respect ce qui est exprimé.

Le relai d’Alex Vizorek qui, lui aussi, s’autorise à quelques questions (souvent pertinentes), permet de varier les inclinaisons de sujets et d’obtenir des réponses différentes.

Notons que l’équipe de l’émission, dans son ensemble, participe à l’accueil des invité(s) et à une ambiance globalement bienveillante.

André Manoukian, la parenthèse poétique

André Manoukian est un être sensible. On le savait et on le (re)découvre à chacune de ses interventions. Nous parlant musique avec une douceur rare, le pianiste nous emmène aux confluences de ses inspirations, à la découverte de talents méconnus.

Sa parole et sa sensibilité offrent pourtant des moments d'élévation

Sa parole et sa sensibilité, souvent gaussées par ses (petits) camarades, offrent pourtant des moments d'élévation, d’évasion et d’exploration souvent réjouissants.

L’instant Meurice

Chaque jour, cette séquence nous gratifie d’interviews croustillantes que l’humoriste commente en direct sur le plateau (les textes sont bien sûr écrits à l’avance). A l’image d’un Vandel qui aimait à souligner les contradictions, incohérences et croyances, Guillaume Meurice officie dans le démontage militant.

Charline Vanhoenacke, Guillaume Meurice et Louis Nicollin

Ne se cachant pas de ses convictions (très à gauche), l’humoriste écule les salons, meetings politiques ou autres réseaux associatifs et  y déploie ses questions avec talent. La diction est impeccable, l’humour incisif et intelligent.

Bref, une réussite et un moment de réjouissement. Seul bémol, certaines chroniques tournent un peu en ridicule les personnes interviewées alors que les réponses qu’ils apportent ne méritent pas toujours la caricature que l’humoriste en fait.

Clara Dupont-Monot

Véritable égérie aux yeux d’Alex Vizorek (qui la dépeint telle une muse inaccessible à chaque début d’émission), Clara Dupont-Monot n’entre pas dans le registre humoristique de l’émission. On la sent même assez étrangère aux ricanements et rires collectifs qui ponctuent le programme.

Néanmoins, la brillante journaliste offre des réflexions et analyses de premier plan. Lettrée et rigoureuse dans ses interventions, Clara Dupont-Monot permet des éclairages souvent précieux, dans le registre littéraire.

La chanson de Frédéric Fromet

Autre plume de talent, celle de Frédéric Fromet impressionne par sa dextérité et sa subtilité. Révélé par France Inter depuis 2 ans et demi, le chanteur et compositeur de la région parisienne concocte, chaque semaine, une chanson en lien avec l’actualité.

Frédéric Fromet ravit de poser pour la photo - Crédit : Christophe Abramovitz

Lui aussi très engagé sur les chemins de la dénonciation des injustices (sociales, économiques et politiques), il demeure difficile de ne pas succomber à la qualité de ses paroles, à l’enthousiasme qu’il dégage.

Reprenant des airs de chansons célèbres ou parfois quelques accords assez simples, Frédéric Fromet déploie une inventivité qui tombe souvent juste. La précision des mots et la cohérence du propos fascinent ; l’auteur est brillant, ce qui ne l’empêche pas de cultiver une véritable humilité. 

2/3

Réalisation / Montage

Qualité de la réalisation, du montage l Rythme impulsé l Pertinence des extraits sonores, des transitions l Habillage sonore

La qualité technique de l'émission s'avère globalement satisfaisante, à l'image de ce qui se fait sur les antennes de France Inter. Les prises de son sont bonnes, les lancements d'extraits sonores et de djingles ne souffrent d'aucun souci particulier. 

2/4

Impression générale

Atmosphère l Ambiance l Fluidité l Objectivité du programme l Eveil, élévation l Respect de l'auditeur

A l'écoute de Si tu écoutes, j'annule tout, on passe des moments agréables en compagnie d'humoristes aux talents divers. La bonne volonté et l'enthousiasme sont de mises ; pas simple quand il s'agit de faire vivre une émission en direct, chaque jour du lundi au vendredi. Malgré tout, difficile de ne pas s'interroger sur la résonnance de l'émission et de ce qu'elle dit d'une partie de la gauche française...

Des dénonciations démagogiques ?

Le capitalisme sauvage, les puissants malveillants et les politiques en dessous de tout ; voici les principales thématiques dénoncées dans l’émission. Et les analyses pour arriver à ces conclusions ne sont pas toujours très élaborées ; il s’agit plutôt d’insinuer, de sous-entendre et de jouer à fond la carte du sarcasme.

L’équipe surfe sur la vague d’une gauche plaintive, bercée d’utopies et prête à faire la leçon à ceux qui ne s’alignent pas sur sa radicalité.

La petite musique du « tous pourris » n’est jamais très loin et l’équipe surfe, tout tranquillement, sur la vague d’une gauche plaintive, bercée d’utopies et toujours prête à faire la leçon à celles et ceux qui ne s’alignent pas sur sa radicalité.

Bien sûr, la caricature ne permet pas, par définition, d’offrir une vue subtile sur la complexité d’une société et des décisions politiques qui la régissent. Néanmoins, on pourrait imaginer une analyse un peu plus pointue des faits et un peu plus d’esprit citoyen, civique.

Les limites de la position adulescente

La sensation qui émane de cette émission peut être celle d’une bande d’humoristes revendicatifs, aux accents adulescents, qui aiment à railler les dérives d’un monde qui les déçoit.

Une sorte de « Bof toute façon ils sont tous nuls » que l’on pourrait retrouver dans la bouche d’un ado désabusé

Une sorte de « Bof toute façon ils sont tous nuls » que l’on pourrait retrouver dans la bouche d’un ado désabusé ; en mal de solutions miraculeuses pour répondre aux représentations noires d’un monde qu’il perçoit comme seulement injuste.

La gauche parentale (incarnée par Hollande) les a trahit et a mené une politique de droite donc, finalement, la droite et la gauche c’est devenu un peu la même chose… Donc à quoi bon ?

Là encore, derrière une volonté affichée de combattre les idées des extrêmes, on est en droit de se demander de quelle façon la tonalité de l’émission ne participe pas plutôt à les légitimer, à les renforcer. Et là, forcément, cela devient un petit peu moins drôle…

Par Denis Morineau
Médias et numérique

Evaluation finale

Les Plus

Certains mots d'esprit

L'ambiance sympathique

L'instant Meurice

La chanson de Fromet

Les Moins

Le populisme anti politique(s)

Le manque d'esprit citoyen et progressiste

Des textes inégaux

La note finale
11/20
Note finale de la rédaction
Les internautes
16/20
Moyenne des 26 note(s) d'internautes
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