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Salut Les Terriens (SLT)
C8

Infotainment

 

De 19h00 à 21h00

 

10ème année à l'antenne



Évaluation Salut Les Terriens (SLT)

“ Le show démagogue et populiste ”

Après de nombreuses années sur les antennes de Canal Plus, la révolution Bolloré n’a pas épargné « Salut les terriens », émission déclassée de la chaine mère vers sa petite soeur gratuite à la programmation peu exigeante.

Inventeur de slogans publicitaires puis de concepts télévisuels, Thierry Ardisson ne prend plus guère de risque depuis qu’il est arrivé dans le groupe Canal. Son émission évolue peu d’une année sur l’autre et son mode de présentation semble immuable.

Le producteur et animateur de « SLT » propose le même concept, le même format et le même décor depuis 10 ans. Sans doute par soucis d'économie...

2/5

Animation / Conduite

Orientation du programme l Qualité de la langue l Distribution de la parole l Neutralité l Tonalité et esprit véhiculé

Thierry Ardisson est l’une des figures emblématiques de la télévision. Ses tenues noires, sa posture droite, son air amusé défient le temps avec, il faut l’admettre, une certaine classe. Son talent pour les interviews intimes, sa capacité à tenir une émission et à faire avouer des vérités à ses invités ; tout cela existe toujours mais paraît s’affadir avec le temps…

Le modernisme du personnage s’avère moins flagrant, son nihilisme désabusé semble plus convenu tandis que son imprévisibilité a perdu de sa superbe…

Des textes écrits et lus

La quasi-totalité des émissions d’Infotainment sont écrites, à la virgule près, et ensuite lues par l’animateur ou l’animatrice. SLT n’échappe pas à cette règle. C’est Stéphane Ribéro qui s’y colle pour permettre à l’animateur, chaque samedi soir, de briller devant le public, les invités et les caméras.

Thierry Ardisson se cantonne donc à lire le prompteur en adoptant les codes du stand-up : débit de parole élevé, accentuation des fins de phrases pour provoquer les rires, postures confiantes et effets de complicité avec la caméra.

Une démagogie qui interroge

Thierry Ardisson défend avec ardeur des convictions très marquées politiquement. Ouvertement nostalgique de la monarchie (non constitutionnelle), l’ex-publicitaire n’hésite pas à vilipender la classe politique pour laquelle il n’a pas de mots assez durs.

Incompétents, corrompus, médiocres… La liste des griefs est longue et rares sont les émissions où il ne gratifie pas le téléspectateur de son mépris pour les représentants du peuple. En cela, l’animateur participe allègrement aux discours populistes dont les partis extrêmes sortent renforcés et légitimés.

Thierry Ardisson en pleine interview

Néanmoins, le parti-pris de l’animateur ne s’arrête pas là. Depuis quelques années, Thierry Ardisson s’empare régulièrement de faits d’actualité pour relater des histoires d’injustices sociales, de scandales administratifs dans lesquels des personnes d’origines modestes se trouvent lésées.

L’animateur prend alors la défense de l’invité(e)-victime en profitant de son témoignage pour se montrer indigné, scandalisé par les errances d’une société injuste, gérée par des incapables.

L’animateur à la fortune colossale utilise les misères humaines à des fins marketing

Pourfendeur de causes oubliées, l’animateur à la fortune colossale (des dizaines de millions d’euros) utilise les misères humaines à des fins marketing : faire de l’audience en défendant les plus faibles, se mettre à leur côté tout en dénonçant les puissants. Pratique et efficace.

Ni citoyen, ni démocrate

A l’instar d’un monarque en fin de règne, Thierry Ardisson distribue les bons et les mauvais points, s’amuse avec les invité(e)s sans nécessairement se préoccuper de l’avis ou de la parole de ceux-ci. Seuls comptent les bons mots, régulièrement limites voire sadiques, et les éclats de rire du public.

Le conducteur de l’émission permet à l’animateur de disposer d’un contrôle quasi absolu  sur le déroulé. Si une réponse déborde du cadre ou de ce qui est scénarisé, l’animateur s’empresse de couper la parole et de poursuivre l’émission, à vive allure.

Il s’enorgueillit de ne jamais voter, s’affiche comme nostalgique des rois-monarques et empiète largement sur les plate bandes du Front national

Dans ce semblant de démocratie, pas question pour Thierry Ardisson de renvoyer une once d’esprit citoyen, un semblant d’ouverture républicaine. Ce dernier s’enorgueillit de ne jamais voter, s’affiche comme nostalgique des rois-monarques et empiète largement sur les plate bandes du Front national lorsqu’il s’agit de défendre les catholiques face aux dangers de la religion musulmane.

3/7

Contenus / Apports

Descriptif et traitement des sujets l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

SLT c’est avant tout un show. Un show préparé, millimétré et hyper scénarisé où s’enchainent les bons mots de l’animateur, les magnétos et les extraits sonores. Le tout avec des jeux de lumières et un public chauffé à blanc.

L’émission use d’abréviations et de codes et procure ainsi une impression de modernité, de transparence. La partie 1 s’appelle « P1 », la partie 2 « P2 »… Côté jingles sonores, les « Gréements de fortune » (groupe de musique) ponctuent une partie des répliques de l’animateur et accompagnent les lancements de tunnels publicitaires.

On y retrouve tous les codes des lieux d'éclate nocturnes où argent, people et superficialité se retrouvent mélangés

Bref, beaucoup de moyens visuels et techniques pour assurer le spectacle. Un déchainement de dispositifs à mi chemin entre le talk show et le club discothèque avec une sorte de petit côté « en toc », caractéristique des émissions de divertissement.

Le décor baroque chic, à la mode il y a quelques années, parachève le côté VIP. On y retrouve tous les codes des lieux d'éclate nocturnes où argent, people et superficialité se retrouvent mélangés ; au panthéon du kitsch, au summum du mauvais goût, du champagne et des fins de soirée aux Chandelles (club libertin parisien).

Le Warm up

Lecture de twitters au programme de ce Warm up où l’idée est de recueillir et de diffuser les réactions de ceux qui regardent l'émission (ils sont environ un million chaque semaine). L’intention est respectable et participe à un minimum de prise en compte de l’avis des téléspectateurs.

On y entend notamment la colère de certain(e)s suite à l’interview dans l’émission de Farid Benyettou, l’émir des Buttes Chaumont qui a formé les frères Kouachi, le jour de la commémoration des attentats contre Charlie Hebdo. Pour sa défense, Thierry Ardisson explique que rien n’est agréable pour les familles de victimes et que la mise en avant de cet homme n'a pas changé leur souffrance...

Une mécanique implacable

Les uns après les autres, les 5 ou 6 invités de l’émission se retrouvent sous le feu de la présentation-interview. Entre les blagues écrites, le déroulé de la bio et les questions qui n’appellent pas d’autres réponses que l’effet humoristique attendu, il s’avère bien délicat de retenir quoi que ce soit de ce que tente d’exprimer l’invité(e).

Pris dans un déferlement de sons, d’images et de répliques cinglantes, les invités(e)s stars (de cinéma, de théâtre, de littérature…) se retrouvent le plus souvent dépassés par la machine médiatique. Ils ne savent pas s’ils doivent répondre, s’il faut sourire ou rire lorsque leur vie est résumée, pleine de caricatures par un animateur qui n’affiche pas toujours une bienveillance évidente.

L’invité star semble avant tout sur le plateau pour légitimer l’émission, pour donner corps aux multiples projections dont il / elle fait l’objet mais, bien rarement, pour être écouté et pris en compte dans ses réflexions ou convictions.

Le retour du Baffie

Pour essayer d’apporter un punch supplémentaire à la formule, Thierry Ardisson a décidé de faire appel, pour la Xème fois depuis 30 ans, à son ami Laurent Baffie. Positionné dans l’alignement des invités, l’humoriste fait ce qu’il sait faire : de l’humour-sniper.

Le Laurent Baffie écoute, se concentre puis administre son venin

Traits d’esprit, fulgurances et bons mots parsèment ses interventions. Il n’hésite pas à couper la parole pour se faire entendre, ce qui rajoute encore un peu à la cacophonie et à l’électricité ambiante. Néanmoins, certaines de ses sorties font mouche et suscitent le rire (malgré une vulgarité quasi permanente).

Laurent Baffie présente aussi quelques séquences de jeux où il propose (par exemple) des photos que les invités doivent deviner au travers d’associations d’idées. Séquences plutôt sympathiques.

Des débats parfois intéressants

Capable du pire mais aussi du meilleur, Thierry Ardisson sait mener des interviews plus intéressantes, moins frénétiques. Il lâche alors sa console de jingles musicaux (dont il use et abuse à longueur d’émissions) et tend un peu plus l’oreille.

Thierry Ardisson sait aussi mener des interviews plus intéressantes, moins frénétiques

Il peut s’agir de questions politiques, géo politiques ou sociétales. Des prises de position d’un Patrick Bruel pour la solution à 2 états entre Israël et la Palestine à un Gérard Louvin qui fait l’apologie des salaires mirobolants des grands patrons (justifiés selon lui), certains débats s’expriment sur le plateau de SLT.

Bien sûr, l’animateur donne largement son avis, pacifiste et bien-pensant sur les questions des conflits dans le monde et fustigeur lorsqu'il s'agit de se plaindre des impôts et taxes en France (à des niveaux honteux selon Thierry Ardisson).

Comment maintenir son audience ?

Passée sur C8, l’émission a besoin de divertir un large public afin d’alimenter les revenus publicitaires du groupe Canal. Du coup, on ne lésine pas sur les thématiques pulsionnelles du côté de SLT : pratiques de sauts extrêmes avec caméras embarquées, mise en avant d’un documentaire sur l’industrie du X avec Ovidie (ex star du porno) en invitée. Rien n'est trop beau pour le téléspectateur de C8.

Et, aux 2/3 de l’émission, la séquence Stéphane Guillon. L’humoriste à la plume acerbe et au cachet de 10.000€ par apparition (d’environ 6 minutes) offre une revue de presse dont il a le secret.

Stéphane Guillon debout et derrière son pupitre pour sa chronique

Reprises d’extraits de presse, de citations de politiques, Stéphane Guillon alterne les réflexions souvent bien écrites et quelques imitations assez convaincantes. Un moment réjouissant que le producteur Ardisson a l’intelligence de conserver au fil des années ; d’autant que ce dernier n’est pas épargné par les chroniques d’un Guillon au sommet de son art (et de sa liberté d’écriture).

2/3

Réalisation / Montage

Qualité de la réalisation, du montage l Rythme impulsé l Pertinence des reportages et extraits l Habillage visuel et sonore

L’émission est bien rôdée, elle le peut en n'ayant presque pas évolué depuis son arrivée sur Canal Plus en 2006. En outre, elle est toujours enregistrée le jeudi après-midi ; les tournages durant entre 5h30 et 6h00… On imagine l’épuisement nerveux du public et des invités après un marathon aussi frénétique.   

La réalisation est globalement satisfaisante, les plans stables et moins électriques que l’environnement pourrait le laisser présager. En résumé, les intermittents (régisseurs, cadreurs, éclairagistes…) qui touchent environ 200 fois moins que l’animateur, produisent un travail assez qualitatif.

1/5

Impression générale

Atmosphère l Ambiance l Fluidité l Objectivité du programme l Eveil, élévation l Respect du téléspectateur

C’est surtout une impression de vide qui ressort des 1h45 d’émission de SLT. La sensation d’un choc d’images, de sons et de bruits à un rythme frénétique. Des couleurs acidulées, des répliques cinglantes, un déchainement de stroboscopes…

De vrais rires, d’autres forcés ou nerveux ; des questions justes, d’autres stupides ; des remarques faciles et, au final, très peu de réflexion, de pensée, d’analyse. Une sorte de bouillie télévisuelle difficilement digeste.

La sensation d’un choc d’images, de sons et de bruits à un rythme frénétique

Regarder entièrement SLT revient à entrer dans une machine à laver qui secoue, retourne et arrose jusqu’à ce que plus grand chose n’ait de sens. On en ressort rincé(e), épuisé(e), vidé(e)…

Une émission malsaine ?

On peut légitimement considérer que les valeurs distillées, au fil de cette émission, participent au sentiment de dépréciation ressenti par beaucoup de français à l’endroit de leurs représentants et d’eux-mêmes.

Un animateur richissime et anti démocrate qui donne des leçons d’humanité ; un déferlement de stars, d’argent et de bons sentiments au service d’une idéologie ultra-libérale et très marquée politiquement (bien à droite).

Enfin, une sur utilisation de thèmes racoleurs (business, sexe, sports extrêmes, images brutales…) qui ne font qu’alimenter les pulsions les plus basses du genre humain. Bref, un programme qui dégrade indiscutablement l’esprit, la pensée et la cohésion sociale et sociétale.

Par Denis Morineau
Médias et numérique

Evaluation finale

Les Plus

L'élan de Thierry Ardisson

Certains interventions de Baffie

La séquence Guillon

Les Moins

L'électricité permanente

La démagogie de l'animateur

Le show a tout pris

Le marketing du vide

 

La note finale
8/20
Note finale de la rédaction
Les internautes
13/20
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