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Pierre Lescure


Portrait de Pierre Lescure

Pierre Lescure est une pépite du Paf. Un diamant façonné par le temps, aiguisé par le vent. De ceux dont les cristaux enferment et protègent la mémoire de l’Histoire. Oui, Pierre est précieux.

Pionnier de la télévision au siècle dernier, devenu visionnaire à l’ère du numérique, il a toujours su composer avec son époque, sans renier sa liberté. Guidé par ses envies plutôt que par un plan de carrière, Pierre Lescure a toujours misé sur l’Homme.

Et qu’importe si ce dernier lui a joué quelques mauvais tours, la confiance qu’il a placée dans le genre humain est restée inébranlable au plus fort des tempêtes.

“j’ai été élevé au sein d’une famille privilégiée sur le plan culturel”

Loin d’avoir connu une enfance matériellement aisée, Pierre Lescure préfère se souvenir de l’ambiance épanouissante de ses jeunes années. Six mois après sa naissance, le 2 juillet 1945 à Paris, la séparation de ses parents résonne comme le point de départ de son parcours initiatique.

Avec sa mère, il part vivre à Choisy-le-Roi dans la maison de ses grands-parents. Son père est alors journaliste à l’Humanité, son grand-père est le cofondateur des éditions de Minuit, sa mère écrit pour une publication de la CGT. Le garçon est bercé par un fervent militantisme communiste.

Pour autant, Pierre se souvient de l’extraordinaire esprit d’ouverture dont faisait preuve son entourage, qui a largement contribué à son éducation: ”J’ai été élevé au sein d’une famille privilégiée sur le plan culturel, de la curiosité universelle, et de la connaissance”.

Il développe notamment à cette époque une passion dévorante pour le cinéma, la musique, la culture américaine, et toutes les formes d’art. Il observe aussi et analyse les relations humaines, dont il tirera les enseignements plus tard.

“Mes grands-parents maternels ont connu 50 ans d’amour fou, d’ailleurs mon grand-père est mort de chagrin peu après la disparition de ma grand-mère, alors qu’il n’avait jamais été malade de sa vie. Mon père, lui, s’est remarié cinq fois!”. Pierre se fait alors la promesse de rester célibataire tant qu’il n’aura pas trouvé la femme de sa vie.

Plus réservée que le reste de sa famille, sa mère lui inspirera de son côté un goût prononcé pour le scoutisme… et le journalisme: “C’est parce que j’ai été journaliste que j’ai pu faire tout le reste” confesse-t-il aujourd'hui. A 20 ans, en 1965, le voilà donc naturellement diplômé du Centre de Formation des Journalistes, et stagiaire sur l’antenne de RTL quelques mois plus tard.

“Ne jamais oublier de poser la question originale qui change tout”

Trois années de formation sur le terrain, calepin en main, façonne le petit reporter, dont le meilleur souvenir reste sa rencontre avec les Beatles, et le plus mauvais, une certaine interview du meilleur pâtissier de France. ”J’ai dû lui poser une centaine de questions, mais en rentrant au journal, le rédacteur en chef de l’époque, Philippe Gildas, m’a fait remarquer que je ne lui avais pas demandé l’essentiel: qui de lui ou de sa femme faisait les gâteaux à la maison? J’ai compris ce jour-là que, quelles que soient les circonstances, il ne fallait jamais oublier de poser LA question originale qui change tout!”

Après un crochet par RMC puis Europe 1 entre 1968 et 1972, Pierre Lescure monte rapidement en grade en devenant présentateur du journal télévisé de la deuxième chaîne de l’ORTF. Abonné à l’édition de la nuit la première année, il s’installe même aux commandes du 20h entre 1973 et 1974. Un poste qui lui ouvre incontestablement la porte des responsabilités: nommé rédacteur en chef d’Europe 1 cette année-là, il devient le directeur des programmes de RMC en 1979.

Le journaliste qui peut accoucher de 1000 idées à l’heure

Trois ans plus tard, le journaliste, dont on dit qu’il peut accoucher de 1000 idées à l’heure, est rattrapé par ses passions d’adolescent. Son talent pour décoder les tendances va se charger du reste: le 7 janvier 1982, il lance Léon Zitrone, lunettes noires et cheveux gominés, à la présentation d’un ovni télévisuel, Les enfants du rock.

Le programme, totalement novateur pour l’époque, se maintiendra six ans sur Antenne 2, et révélera entre autres Philippe Manoeuvre et Antoine de Caunes. Le rock et les clips vidéo font enfin leur apparition à la télévision française, et Pierre Lescure peut se vanter d’en être à l’origine!

Une vision avant-gardiste qui n’est pas pour déplaire à André Rousselet, le créateur de Canal+. La chaîne payante est encore dans les starting-blocks, à la recherche de profils atypiques, quand elle débauche en 1983 le quadragénaire, qui n’aura guère eu le temps de goûter à ces nouvelles fonctions de directeur d’Antenne 2.

Considéré comme un suicide professionnel par une grande partie de la profession, ce virage brutal marquera évidemment sa carrière d’une pierre blanche. Inutile de préciser à quel point Pierre Lescure, directeur, puis directeur général de Canal+ dès 1986, a pesé sur l’éclosion comme sur l’évolution de la chaîne cryptée dans les années 80’ et 90’.

C’est lui, avec Alain de Greef et d’autres, qui en donnera le ton, en installant les programmes et les animateurs qui en feront la réputation.

“J’espère avoir été un patron de gauche”

Au départ d’André Rousselet en 1994, il en devient le président-directeur général… et président du Paris-Saint-Germain par la même occasion (jusqu’en 2006). On le décrit comme un patron saltimbanque, guidé par son instinct, et réfractaire à tous les codes du milieu.

Lui, espère juste avoir été un patron de gauche: ”«Patron atypique aux marottes adulescentes qui gère ses employés comme une bande de copains, qui goûte à l’humour potache, qui fait preuve d’une décontraction pas raccord avec l’establishment français rayé de gris et florentin, rivé à l’énarchie et à la hiérarchie comme d’autres le furent à la monarchie : je sais que j’ai cette réputation mi-flatteuse, mi-moqueuse, qui sous-tend à la fois une certaine originalité et de l’immaturité.

Que cet atypisme ait pu être facteur de succès tant artistique qu’économique, en a irrité plus d’un comme le galopin qui dérange le mandarin. D’avoir « réussi » sans être doloriste, sacrificiel, laborieux. En toute légèreté, en somme, ce qui équivaut en ces contrées à un crime de lèse-majesté ».

N’ayant d’autres choix, selon lui, que d’accepter la fusion avec Vivendi Universal en 2000, Pierre Lescure, promu codirecteur général du deuxième groupe de communication mondial, avoue bien volontiers ne pas avoir vu venir la suite.

Débarqué sans ménagement deux ans plus tard par Jean-Marie Messier, il encaisse mal ce coup de massue derrière la nuque, qui se transformera en coup de blues. C’est la descente au enfer, bien moins vertigineuse que son bourreau toutefois ; rattrapé par un arriéré d’impôt, il vend la mort dans l’âme sa collection d’objets pop des années 50’, disparaît des écrans radars pendant de longs mois, et sera même mise en examen dans l’affaire des parachutes dorés de Canal+, pour laquelle il bénéficiera finalement d’un non lieu.

 

“J’ai fait une erreur de jugement concernant Jean-Marie Messier”

“J’ai fait une erreur de jugement” clame Pierre Lescure au sujet de Jean-Marie Messier. Mais derrière sa fausse nonchalance, l’homme ne supporte ni l’ennui, ni le gâchis. Lui qui pensait avoir “touché le fond”, se remet seul en selle dès 2003.

Après une apparition sur France 5 à la présentation d’un éphémère jeu télévisé (24 ½), on le retrouve dans son élément tous les étés entre 2004 et 2008 avec Grafiti, où l’amateur de culture décortique les années 50’, 60 et 70’. Paris première lui offre ensuite une véritable renaissance avec Ca balance à Paris (2006 à 2010) et Lescure Tôt ou tard (2010 à 2011).

De retour aux affaires, Pierre Lescure embrasse à nouveau le journalisme, les médias, l’art, et la culture en générale, de toute son âme, et peut désormais jouir d’une solide expérience dans tous ces domaines.

Il reprend le théâtre du Marigny en 2008, on l’aperçoit au côté de Laurent Ruquier dans On va s’géner en 2011, en chroniqueur décontracté dans C à vous sur France 5 depuis 2005, décroche la présidence du festival de Cannes en 2014 (renouvelée dernièrement jusqu’en 2020). 

Il aiguille et conseille les jeunes talents dans Master class sur France 4 en 2012, et remplit une mission sur l’avenir d’Hadopi à la demande de François Hollande cette même année.

“In the baba”: l’autobiographie qui explique tout

C’est en 2012 également que Pierre Lescure se résout à lever le voile sur sa privée dans “In the baba”, une autobiographie qui réinvente le genre, dans laquelle il évoque notamment les femmes qui ont traversé sa vie...

La journaliste et écrivain Katherine Pancol, Catherine Deneuve de 1983 à 1991, Nathalie Baye, puis enfin Frédé­rique Fayles-Bern­stein qu’il a épousée en 1996, et avec qui il a adopté une petite fille vietnamienne en 2004… l’année de son “second souffle”.

Tout s’explique, et au célibataire fêtard que l’on croyait éternel, de nous expliquer à quel point depuis son bonheur est complet.

Complet sans doute sur le plan personnel, car pour le reste, Pierre Lescure a bien quelques idées qui lui trottent dans la tête: “Il y a au moins deux choses que j’ai­me­rais faire : être impliqué en tant que copro­duc­teur dans deux trois projets ciné­ma­to­gra­phiques. Et la deuxième chose, j’ai­me­rais parti­ci­per à la construc­tion des prochaines lois en rela­tion avec l’ex­plo­sion du numé­rique…”

Celui qui se dit “contaminé à vie par les médias” est d’ailleurs à l’origine de la création de Molotov TV en 2016, une plate-forme gratuite de visionnage des chaînes TV en ligne. Comme pour rappeler que Pierre Lescure ne cessera jamais d’aller de l’avant, quitte à faire l’impasse sur toute forme de nostalgie.

http://www.ina.fr/video/I16181281/pierre-lescure-evoque-son-parcours-video.html

A lire: In the baba (Grasset - 2012)

Par Bruno Scappaticci
Sport, divertissement et musique