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Philippe Vandel


Portrait de Philippe Vandel

Philippe Vandel est un paradoxe à lui tout seul. D’un naturel plutôt discret, il est aussi capable de monopoliser la parole pour vous crier ses quatre vérités. Il peut animer un magazine à caractère pornographique, tout en  éprouvant un profond dégoût pour le genre et l’industrie qui l’entoure.

Il voulait être ingénieur du son, et c’est de l’autre côté du micro qu’il a fait carrière. Il est devenu journaliste… alors qu’il détestait la profession. Travailleur infatigable, constamment angoissé par son avenir professionnel, il a déjà côtoyé les plus grands, mais refuse d’en dégager la moindre fierté.

De France Inter à France Info, en passant par Radio Nova ou Canal+, il  a tracé sa voie la tête dans le guidon, comme on remonte le ballon de ses cages au but adverse, sans lever les yeux. Mais depuis toutes ces années, qu’est-ce qui fait encore courir Vandel?

Apathique et suicidaire: tout son contraire!

Le petit Philippe, né à Grenoble en 1962, rêve de s’installer au volant d’une formule 1, de voir son nom en capitales sur un maillot de football ou, mieux encore, qu’il devienne une unité de mesure, comme James Watt ou André-Marie Ampère. A la maison, il refuse de choisir entre la rigueur d’un papa prof de mathématiques, et la poésie d’une maman qui enseigne les lettres, conscient qu’il aurait besoin des deux.

Campé derrière sa basse à l’adolescence au milieu d’un groupe de rock, Philippe Vandel ne s’imagine pas un instant dans la peau d’un musicien en pleine lumière, mais plutôt dans celle de l’ingénieur du son, dans l’ombre.

A peine son bac scientifique en poche, il tente d’entrer à l’Ecole nationale supérieure Louis-Lumière, une référence en la matière. A sa propre surprise, il fait partie des 18 candidats retenus (sur 650 postulants), mais le service militaire lui barre la route.

Par pour longtemps: “Ma copine de l’époque a tapé dans l’oeil du psy de l’armée! Grâce à elle, je suis sorti de l’entretien avec un faux certificat médical, qui mentionnait mon côté “apathique et suicidaire”. Tout mon contraire!”

La chance de l’ambitieux

La chance n’en finit plus de sourire à cet ambitieux. Vandel profite des rencontres et des concours de circonstances que lui offre la vie, pour se construire la sienne. Son premier coup de pouce, il le doit à l’une de ses professeurs, qui décèle chez ce jeune homme de 20 ans une réelle aptitude à parler dans le micro, plutôt qu’à le régler.

Productrice à France Inter et France Culture, elle lui décroche son premier poste de chroniqueur pour Jacques Pradel dans Adrénaline. L’ingénieur du son devient journaliste, sans en avoir rêvé une seule seconde:”Je détestais cette profession, j’ai toujours estimé que les journalistes racontaient la vie des autres, sans vivre la leur”.

Difficile d’aller contre sa nature: Vandel se distingue par son écriture, la poésie de son timbre de voix espiègle, et la rigueur de son travail. Il avait bien fait de ne pas choisir… Spécialisé dans les nouvelles tendances, c’est sa rencontre avec Jean-François Bizot en 1984 qui propulse sa carrière.

Face à lui, lors d’une interview, le propriétaire du magazine Actuel tombe sous le charme. Vandel et la contre-culture, c’est une évidence! Le journaliste fera d’ailleurs coup double, en partageant son temps entre les colonnes d’Actuel et les ondes de Radio Nova (également propriété de Bizot) pendant 6 ans.

Durant cette période, il est le premier à parler du Sida en France, invente le terme “zapping”, et lance la chronique des “Pourquois?”

“Tu n’aurais pas une idée de chronique pour Canal+?”

Alain de Greff, directeur de la programmation de Canal+, saisit au vol ce talent en devenir, dont le ton est en adéquation totale avec la chaîne cryptée. Vandel déteste sa voix et son image, qu’importe, lorsque Alain de Greef lui demande s’il n’aurait pas une idée de chronique pour Canal, il fonce, et rentre à la télévision par la grande porte.

Installé entre les bonnes mains de Michel Denisot et de Jean-Luc Delarue dans Demain, il les suivra dans La grande famille en 1992 avec la fameuse chronique des “paradoxes”. Tiens donc…

Entre-temps, Vandel passe par la case rose de Canal+ en créant un concept de magazine inédit: Le journal du hard. “Je voulais que ce soit frais et pimpant, que ce nouveau rendez-vous autour de l’actualité du porno s’adresse autant aux femmes qu’aux hommes”.

Un enthousiasme en trompe-l’œil, car le présentateur ne cache pas son aversion pour les films X. Il refuse pendant 5 ans d’être rémunéré, pour ne pas alimenter les caisses d’un milieu qu’il dénonce… mais dont le magazine devient quand même une extraordinaire vitrine. Actuellement, Sébastien Thoen pilote cette emission devenue emblématique... 

                  

En 1994, c’est lui cette fois-ci qui provoque son destin et son arrivée à Nulle part ailleurs. Sur un coin de table, il parvient à convaincre Philippe Gildas qu’il est capable de réaliser chaque semaine des micros-trottoirs originaux.

Le principe est simple: poser une question à laquelle on ne peut pas répondre, pour souligner le caractère absurde du monde qui nous entoure (Vous préférez vivre vieux ou longtemps? Si un avion s’écrase pile sur une frontière, où enterre-t-on les survivants?). La chronique fera un tabac avec quelque 1240 diffusions!

                 

“Rappelez-moi votre nom”

La vie de Philippe Vandel bascule en 1997, alors que “l’esprit Canal” est à  son apogée. Depuis quelques années, le journaliste est persuadé d’avoir un gros problème: il ne reconnaît plus le visage des gens! Cette année-là, il met enfin un nom sur cette maladie, le syndrome de Capgras et le trouble de prosopagnosie.

Il est capable d’identifier parfaitement les voix, et possède une immense mémoire des noms et des prénoms, mais si son interlocuteur n’a aucun signe distinctif comme un gros nez ou des oreilles décollées, il lui est  impossible de l’identifier.

“Tous les êtres humains ­ressemblent pour moi à des Playmobil. Encore plus dans les ­médias avec cette mode veste noire, chemise blanche, sans cravate !” explique-t-il. Une maladie dont souffre également Brad Pitt, qu’il décide de ne plus cacher en arborant notamment un t-shirt conçu pour lui par la créatrice Nathalie Rykiel, sur lequel on peut lire “Rappelez-moi votre nom!”

La vie après Canal+

L’aventure canal prend fin en 2000, pour lui comme pour beaucoup d’autres. Avec à la clé des indemnités records pour toutes les stars de la chaîne. Philippe Vandel aurait ainsi pu voir venir, au contraire, il met les bouchées doubles.

Chroniqueur puis rédacteur en chef d’Arrêt sur images avec Daniel Schneidermann de 2002 à 2006, il y décortique avec brio les trucages de la télé et ses erreurs; on le retrouve au côté de Laurent Ruquier sur Europe 1 et France 2 jusqu’en 2007, puis aux commandes de son propre magazine (Pif Paf) sur Paris Première de 2007 à 2010, ainsi qu’à l’animation de quelques émissions spéciales.

En 2009, Vandel est invité à exercer ses talents sur France Info, pendant l’été. Tout et son contraire et son format court, dont le ton est propice aux confidences et autres anecdotes, installe une proximité jubilatoire avec des personnalités de tous bords.

La formule convient parfaitement à la radio d’information, qui la programme tous les jours dès la rentrée. Vandel en réalise environ 25 par mois, et cumule avec une nouvelle version des Pourquois le dimanche.

Télévision, radios, livres...

Chroniqueur sur France Inter (Les humeurs de Vandel), il se fait “L’avocat du diable du diable” en défendant des personnalités controversées dans le supplément mensuel La parisenne, anime “A domicile” sur la chaîne Sports 365, intègre momentanément l’équipe de Touche à pas à mon poste, puis celle de Touche pas à mon sport, sur D8…

Comme si tout cela ne suffisait pas, il a pris encore le temps d’écrire une quinzaine d’ouvrages entre 1993 et 2014 (un cadeau idéal pour les fêtes!): Le Dico français/français, Le livre décodeur : analyse humoristique de la langue des différents groupes sociaux (1993); Pourquoi ? Le livre des Pourquoi (1993); Le dico des paradoxes (1994); Pourquoi ? Encore des Pourquoi (1995); C'est mon avis et je le partage (1995); Cherchez l'erreur ! (1999); Attention les yeux ! (2002); C'est vraiment vrai ! (2002);Je ne suis pas de mon avis (2004); Coluche par Coluche, préface (2004); Oui, tiens, pourquoi ? (2010); Tout et son contraire (2011); Les Pourquoi en images (2012); Les Pourquoi en images (2013); Les Pourquoi interdits aux moins de 18 ans (2014).

La boulimie de Philippe Vandel semble ne pas avoir de limite, mais selon lui, elle a une explication: "Le rythme est intense, c’est vrai, trop selon moi, mais j’ai toujours eu peur du chômage, peur d’être viré, je pense à mes enfants et à leur éducation, à l'appartement à finir de payer... Je suis un enfant de la crise. C’est pour ça que je multiplie les supports."

Et de s’approprier une citation d’André Gide : Que ta vision du monde soit à chaque instant nouvelle, le sage est celui qui s’étonne de tout.”  On peut le dire aujourd’hui, Vandel est un sage qui manie avec brio l’art du paradoxe et le sens des mots.

A lire: http://www.lesinrocks.com/2016/01/31/actualite/portrait-de-philippe-vandel-11800688/

Le totem-puzzle de Philippe Vandel

Par Bruno Scappaticci
Sport, divertissement et musique