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La création, symptôme contemporain

Plongée dans l'univers de la création avec Chloé Pangrazzi, jeune scénariste française. Du monde du cinéma à celui de la télévision et jusqu'au web, découvrez les coulisses d'un univers régit par des lois, des règles et des influences souvent méconnues... 

La création, symptôme contemporain


Partie n°1 : Médias et cinéma indépendant (1/2)

Environ 650 films sortent chaque année en France, vous ne connaîtrez pas la moitié d’entre eux. Cela sonne comme une mauvaise punchline. Une baseline alarmiste. Pourtant, c’est la stricte vérité. Qu’il s’agisse de presse généraliste ou spécialisée, le constat est le même : seuls quelques films (aurions nous l’audace de dire : toujours les mêmes) trouvent leur place en Une, jouissent des gros titres, de commentaires (plus ou moins formatés) en somme d’une place de première ordre dans les médias français.

Une couverture médiatique qui laisse peu de place aux autres. Les petits, les moins puissants, les films indépendants qui ne peuvent pas compter sur les budgets (pharaoniques) que les Majors  accordent à la promotion de leurs sorties.

Alors pourquoi ? David contre Goliath vous connaissez ? Et bien c’est à peu près la même histoire sauf qu’ici on se bat (et se débat) à coup de gros sous et d’encarts publicitaires.  La presse en perte de vitesse troque son indépendance et son objectivité pour subsister en cédant ses pages au plus offrant.

Partenariats à gogo, voyages de presse, organisés en grande pompe aux quatre coins de la planète, promesses d’exclusivités, avant premières et scoops, les distributeurs savent se montrer persuasifs pour appâter les groupes de presse. Mais ce n’est pas qu’une question de gentils et de méchants, de petits et de géants, c’est une mécanique complexe et insidieuse qui se démocratise depuis quelques années, mettant en péril la création, sa diversité et la pluralité des discours.

Critique ou promotion ?

Depuis quelques années, la frontière entre la critique et la promotion est de plus en plus poreuse.  La critique est une tradition de la presse culturelle et fut un temps où le journaliste, sorte d’entité puissante, pouvait à sa guise dicter le destin d’un film, lui choisissant la postérité ou les oubliettes.

Désormais le rapport de force a changé et  la presse spécialisée est devenue un instrument marketing comme un autre, soumis aux désidératas des distributeurs. Les partenariats et les pressions se multiplient au point que les critiques ne sont plus prescripteurs mais vendeurs de tickets de cinéma. Si de nombreuses voix s’élèvent contre ces méthodes, l’usage fait loi. Les journalistes se retrouvent contraints d’accepter ces conditions s’ils veulent garder leur place et leur salaire.

Mais concrètement que se passe t’il ? Des ersatz de projections presse, des interviewés essorés jusqu’à la moelle qui répètent inlassablement les mêmes choses, des photos call vides de sens. En bref, un espace d’expression balisé par la loi des entrées. Le mécanisme est bien rodé et pour le contenu on repassera.

Car si la logique voudrait que chacun puisse faire son métier, force est de constater que les journalistes n’ont pas vraiment de matière à se mettre sous la dent. Que dire d’un film lorsque l’on en voit à la moitié ? Que tirer d’un acteur qui récite son texte devant une horde conquise et consentante? Du vide. Et c’est la que le bât blesse, car finalement parler beaucoup d’un film  au potentiel certain n’a rien de répréhensible mais en parler pour ne rien dire c’est autre chose.

Le dernier exemple en date, la couverture médiatique de La La Land de Damien Chazelle, grand vainqueur des Golden Globe qui sortira dans les salles françaises, le 25 janvier. La presse soucieuse de couvrir cet événement n’a pas peur des superlatifs et honore la comédie musicale de la mention très spéciale du « meilleur film de l’année ».

Sans juger de la qualité du film qui mérite peut être cette consécration, il est de rigueur de rappeler que nous ne sommes qu’en Janvier. Ces petites phrases dithyrambiques, qu’il n’est pas rare de retrouver en tête des affiches 4*3 ne nous disent rien mais guide notre boussole de l’inconscient vers les salles obscures. Si cet exercice promotionnel, vieux comme le monde est plutôt de bonne guerre il devient dangereux quand il est le seul à subsister. 

Le triomphe de la pensée unique ?

La crise que subit la presse critique française fait écho à celle que traverse le cinéma et l’audiovisuel français.  La crise de la critique est un épiphénomène. Elle serait symptomatique d’un chaos généralisé qui touche le domaine de la création française.

Il y a une corrélation entre l’appauvrissement du discours culturel dans la presse et la proposition cinématographique hexagonale.  La cause ? La volonté de fédérer. Dans un souci de plaire au plus grand nombre, les films s’homogénéisent et perdent de leur singularité. La presse subit la même logique.

Il faut suivre le mouvement au risque d’être mis sur le banc de touche. En théorie seulement, car si cette logique compte sur l’abêtissement des foules, elle s’avère surtout ne pas  être payante. Si tous les titres de presse s’alignent derrière les quelques films dignes d’être vus, ils proposent à peu de choses près le même discours, alors pourquoi les lecteurs multiplieraient-ils leurs sources d’informations ?

En bref, si Première et Studio font leur Une sur le dernier Luc Besson, il est fort à parier qu’un des deux magazines pâtira de cette stratégie éditoriale.  Côté cinéma c’est la même chose, on tire les mêmes ficelles, on caste les mêmes têtes d’affiches en misant sur leur capital sympathie et on croise les doigts en espérant que les choses ne changeront jamais.

Problème : cette doctrine ne fait plus recette. C’est la qu’il faut être très prudent et comprendre la différence entre le succès en salle et la rentabilité d’un film. En 2014, Le Supercondriaque de Dany Boon, se hissait en troisième place du box office, une belle performance pour les aventures potaches du sympathique Ch’ti. Mais il atteint difficilement la 16ème place du classement de rentabilité.

Ses cinq millions d’entrées n’ont pas permis d’équilibrer son budget colossal de 32 millions d’euros. Alors oui, c’est vrai, le cinéma indépendant à besoin de ces grosses productions pour exister, c’est la politique de redistribution du CNC qui le dit. Néanmoins,  si les mastodontes ne remplissent plus les caisses, qui va payer l’addition ?

Il faudrait peut être changer de stratégie, repenser le modèle et aller y voir du côté des oubliés.  Donner une chance aux alternatives,  observer ce qu’il se passe en marge et ce dans la presse comme dans le cinéma.

Par Chloé Pangrazzi
Culture, images et nouveaux médias