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Marianne
Marianne

Créé par Jean François Kahn

 

Journal de convictions



Évaluation Marianne

“ Toujours aussi incisive, Marianne? ”

Marianne est un hebdo d'information français créé par Jean-François Kahn et Maurice Szafran en 1997. Plusieurs fois refondu, il est inspiré de l’ancien journal politique de gauche publié dans les années 1930. Le nouveau Marianne, se définissant comme un journal républicain centriste entend combattre la pensée unique, non sans provocation d’ailleurs.

Le journal aime à proposer des Unes qui attaquent, qui combattent des ennemis récurrents : Nicolas Sarkozy fût l'une de ses cibles favorites (des dizaines de couverture lui ont été consacrées), François Hollande a également fait les frais de ces colères éditoriales.

A noter qu’en raison peut-être d’une ligne éditoriale un peu floue, le journal connait depuis l'élection présidentielle de 2012, une baisse significative de ses ventes. Le journal propose également une version numérique.

2/5

Construction et esthétique

Format l Qualité de la maquette l Structuration l Typographies

De format 20x27, ce journal ne fait pas partie de ceux que l’on aimerait collectionner pour relire un jour les miasmes du temps passé. Vu la qualité du papier et de l’impression, on s’attendrait presque à le voir s’auto détruire après avoir été lu, ou parcouru. D’ailleurs, contrairement à Géo Magazine, Marianne ne propose pas à ses lecteurs de coffret cuir pour classer les anciens numéros.

Cela vient peut-être du papier employé, mais tout paraît un peu brouillon et patiné, comme un journal qui aurait déjà servi. Sur le grammage trop fin, certaines photos donnent même l’impression d’avoir été floutées. Il en ressort quelque chose d’assez oppressant visuellement. Comme si le monde n’était qu’une grosse bouillie dont il faut craindre sans cesse les éclats malveillants.

Tout paraît un peu brouillon et patiné, comme un journal qui aurait déjà servi

En même temps, Marianne ne saoule pas ses lecteurs avec de la pub, ce qui mérite vraiment un bon point. Mais cela ne donne pas pour autant des ailes au magazine qui nous joue la musique du minimum syndical. Ce qui pourrait être plaisant, en revanche, c’est ce côté journal d’étudiants réalisé avec les moyens du bord.

Mais cela pourrait aussi signifier que sous prétexte de ne pas avoir été racheté par un riche actionnaire, il serait interdit d’investir dans le potentiel créatif. Si des consignes ont été données, le maquettiste ne doit pas s’amuser tous les jours.

C’est dommage, car la fatigue que l’on sent dans le rythme visuel n’est pas fait pour légitimer le magazine. Il n’a pas non plus un petit côté vintage qui pourrait le rendre attendrissant. Au contraire, il donne une couleur universelle de ce qui se fait de façon assez commune dans le monde de la presse qui cherche à « interpeller » le lecteur, et de façon aussi bruyante qu’une sortie d’amphithéâtre.

De façon générale, on a l’impression d’un magazine un peu désinvesti face à lui-même, peut-être pas suffisamment ambitieux en refusant d’offrir esthétiquement une réelle force de frappe.

6/10

Contenus / Apports

Traitement des sujets l Réflexion et analyse l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

Le magazine débute par plusieurs éditos évidemment tournés vers la politique et le social. Marianne épingle certes, mais épingle « mou ». Pourtant les textes sont de qualité, souvent inspirés, où la gauche regarde la gauche, comme on se regarde le matin dans le miroir avant de s’intéresser aux autres. Marianne n’est probablement plus un journal républicain centriste, plus aujourd’hui. Le centre ne lui va plus, et elle-même ne va plus au centre, c’est un fait. Le courrier des lecteurs est d’une mollesse assommante, offrant un regard policé de gauche un peu groggy.

Heureusement, il y a les titres qui, sans faire dans la dentelle, réussissent quand même de belles sonneries de trompettes : « La Poutinemania » « Anne Hidalgo, et si c’était elle ? » « Logement,l’insupportable inégalité » « Sarkozy voyou de la république » « L’école perd ses valeurs » « Le casse-tête de la droite : comment abattre Hollande ? » « L’arnaque aux touristes » … Quel panache dans l’indolence !

Deux couvertures, l'une à la gloire de Sarkozy, l'autre à celle de Hollande

Dans les différents dossiers politiques qui ponctuent le magazine, Marianne se gausse, avec ce petit sourire en coin pour parler de la cacophonie de la gauche tout comme du bal des repentis de la droite. Il y a visiblement un aspect de la condition humaine qu’elle affectionne particulièrement.

Marianne garde un côté bon enfant qui n’est pas pour déplaire en ces temps sérieux. Marianne a aussi un petit côté défense des consommateurs assez développé. Dès que l’état tente de se remplir indument les poches sur le dos des citoyens, halte-là ! Marianne pousse un cri. « Pour faire passer la privatisation du recouvrement des contraventions, la Ville de Paris affirme que seulement 9% des automobilistes payent leur écot aux horodateurs de la capitale… Archifaux ! Constat d’huissier à l’appui, « Marianne » dénonce la supercherie ».

Dans sa rubrique France, « Expliquer Comprendre Réagir », Marianne la pédagogue offre une vision éclectique de la politique. On peut trouver sur une même page, Emmanuel Macron, Marion Maréchal-Le Pen, Jean-Pierre Chevènement. Chaque personne est traitée avec une évidente bienveillance. Marianne respecte les personnes même si elle ne partage pas forcément leurs idées. Le cynisme ne l’intéresse pas, cela mérite d’être souligné.

Dans sa rubrique Enquête, Marianne continue de soutenir les citoyens dans leur apprentissage de la société mercantile. Toujours avec pédagogie, elle n’hésite pas à consacrer un gros dossier aux arnaques sur internet, parlant des lois de la psychologie et de l’analyse comportementale des internautes. Cela pourrait être une pub pour une compagnie d’assurance : « Avec Marianne, on est bien défendu ».

Les pages Culture sont celles d’un hebdo classique où l’on rencontre une pièce, un livre, un film. Puis c’est le temps de Quelle Epoque, où Marianne s’arrête sur une de ces belles aventures que propose

parfois la vie, comme notamment l’expansion de certains vignobles de vin, pratique ancestrale et symbole de la transmission des choses essentielles.

3/5

Ligne éditoriale

Neutralité l Positionnement politique l Valeurs véhiculées l Engagements

Quand Marianne dit qu’elle n’est pas un journal de gauche, il faut le comprendre dans un sens historique. Elle n’hésite d’ailleurs pas à épingler Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il s’enflamme pour la mémoire de Fidel Castro. Il y a quand même des limites à ne pas franchir !

En fait oui, Marianne est au centre, lorsqu’elle déclare dans ses colonnes, au sujet du Burkini, qu’il n’y a plus « qu’une feuille de cigarette » entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. En effet, le leader du Front de gauche et la présidente du Front National ont eu sensiblement les mêmes propos. Mais la position de Marianne a été de désigner ces deux extrêmes en conservant un même regard distant sur ceux-ci. On peut imaginer qu'un positionnement de gauche se saurait montré plus nuancé sur l'avis de Mélenchon...

Ce petit sourire de côté, n’est-ce pas cette gauche bobo ? Intellectuelle, enseignante, pédagogue. Une gauche sublimée par la prière laïque. Qui pense gauche, qui mange gauche, mais dans un éparpillement d’individualités qui n’augure rien de très rassurant sur la façon dont l’unité pourra un jour se reconstruire. Une gauche qui achète en banlieue soi-disant pour vivre la mixité sociale mais qui place en même temps ses enfants dans des écoles privées.

Une gauche sublimée par la prière laïque. Qui pense gauche, qui mange gauche, mais dans un éparpillement d’individualités

A voir l'aspect oppressant et brouillon de Marianne, on pourrait se demander s’il y a vraiment un parti pour racheter l’autre. L’hebdo semble ne pas savoir comment trouver son camp, on sent un "à quoi bon" latent avec aussi une subtile sympathie pour la théorie du complot. Qui croire aujourd’hui ? semble crier Marianne. La politique serait-elle devenue la roue des peurs et des fantasmes ?

Par Hervé Mestron
Médias & réflexions

Evaluation finale

Les Plus

Les combats pour la laïcité

L'esprit vindicatif de J.F. Kahn

Les Moins

Une gauche sans bousole

Un point de vue désabusé

 

La note finale
11/20
Note finale de la rédaction
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