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Les guignols de l'info 2016-2017
Canal +


A 20h50

Du lundi au vendredi



Évaluation Les guignols de l'info 2016-2017

“ C'était mieux avant ”

A l’instar de la quasi-totalité des dirigeants du groupe Canal, les Guignols ont eux aussi essuyé les foudres du tout-puissant Vincent Bolloré. A son arrivée, ce dernier décide de licencier les 4 auteurs aguérris (Lionel Dutemple, Benjamin Morgaine, Philippe Mechelen et Julien Hervé) . Quelques mois après, c’est son producteur historique (Yves le Rolland) qui est remercié par l’homme fort de Vivendi.

La purge subie par Les Guignols, digne de celle d’un régime totalitaire, s’est accompagnée de profonds changements dans l’esprit et la vocation de l’émission. On peut d’ailleurs s’interroger sur la possible instrumentalisation politique, par Vincent Bolloré, de ces marionnettes en caoutchouc…

1/5

Animation / Conduite

Orientation du programme l Qualité de la langue l Distribution de la parole l Neutralité l Tonalité et esprit véhiculé

PPDA remplacé par le commandant Sylvestre

Premier changement majeur, dans la nouvelle formule de l’émission, la mise au placard de « PPD » (figure emblématique des Guignols) remplacé par le « Commandant Sylvestre » de la World Company. S’il ne fallait qu’un symbole pour illustrer le changement d’époque, ce choix de présentateur l’incarnerait parfaitement.

D’un journaliste français laissant apparaître des caractères stéréotypés (déférent devant les puissants, influençable, moutonnier...), le présentateur est désormais américain, sans personnalité particulière sauf à servir des discours qui fleurent bon le néo-libéralisme « decomplexé ».

Sylvestre est sans personnalité particulière et sert des discours qui fleurent bon le néo-libéralisme

Le bon soldat US de l’information

Difficile de s’identifier à ce présentateur qui ne paraît pas incarner, le moins du monde, la culture ou l’identité française. On a plutôt l’impression d’un manager d'une holding américaine qui nous fait l’honneur de présenter notre actualité hexagonale (avec une distance quasi désintéressée).

En même temps, qu’attendre de plus de la part du personnage qui représentait, jusqu’il y a peu, la « World Company » ultra-libérale, dénuée de tout affect et méprisant la planète toute entière...

Le commandant Sylvestre mué en présentateur JT

La France vue des Etats-Unis

A l’image de son nouveau présentateur, les Guignols version Bolloré ce sont des discours de ricanements et de railleries d’une petite France vue de Wall Street. Multipliant les allusions rabaissantes à l’endroit du modèle français (présenté comme trop protecteur voire ringard), le présentateur semble proposer une vision politique très orientée.

En cela, les analyses du présentateur Sylvestre ressemblent, à peu de choses près, aux discours très droitiers et ultra-libéraux du nouveau patron de Canal Plus... Surprenante coïncidence!

Les Guignols Bolloré ce sont des discours de ricanements d’une petite France vue de Wall Street

Puissants discours anti-gauche

Au cœur de ces saillies aussi peu drôles que répétitives, la gauche française dite « social-démocrate » fait l’objet des sarcasmes les plus violents. Les attaques autour du président Hollande sont nombreuses, les railleries sur son incompétence quasi-quotidiennes.

Un exemple : un sketch décrit l’histoire d’un chômeur qui fait tout pour ne pas trouver d’emploi afin que la courbe du chômage ne baisse pas et donc que le président Hollande ne puisse pas se représenter. Humour !

Une sensation de vide

Le présentateur Sylvestre semble dénué de toute forme de personnalité, interchangeable, insipide. Ses interventions blasées donnent l’impression de regarder BFM TV, l’information en moins. Tout cela procure une sensation de vide, parfois abyssale, à des années lumières de l'esprit inventif et décalé des ex-Guignols.

2/7

Contenus / Apports

Descriptif et traitement des sujets l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

Ecrire des scènes et parodies un minimum subtiles n’est pas à la portée des premiers venus. Cette dure réalité s’applique aux nouveaux auteurs des Guignols…

Des sketchs lents et ennuyeux

Indéniablement, les sketchs proposés manquent de rythme et il semble bien délicat de ne pas s’ennuyer en les visionnant. L’écriture se veut pourtant moderne, ciselée ; les chutes (fin de sketchs) sont très étudiées - à grands effets de mise en scène ou d’effets spéciaux – mais tout cela fleure trop le marketing humoristique. 

Certains sketchs durent 2 ou 3 minutes sans que l’on ne puisse esquisser un sourire. Plus globalement, les 7 minutes du programme paraissent bien difficiles à remplir pour les auteurs et, parfois, une épreuve terriblement longue pour les (quelques) téléspectateurs.

Certains sketchs durent 2 ou 3 minutes sans que l’on ne puisse esquisser un sourire.

Un humour fashion, tiède et mondialisé

A la demande de Vincent Bolloré, de nouvelles marionnettes ont fait leur apparition. De Donald Trump à Kanie West en passant par Kim Kardashian, l’univers People et Fashion dispose désormais d’une plus large place. Les séquences autour de ces personnages atteignent des sommets dans l’humour bon marché.

Censées s’adresser à des publics plus jeunes, ces sketchs s’avèrent le plus souvent lourds et rarement drôles ou créatifs. L’humour mondialisé et destiné aux 15-24 ans, imaginé dans les bureaux du Marketing de la World Bolloré Company, doit laisser songeur les fans de l'émission & de l'ex humour-Canal.

Brad Pitt présenté comme dépressif après son divorce avec Angelina Jolie...

Une orientation politique peu subtile

Une ligne politique assez flagrante ressort des différentes séquences de l’émission. Très éloignée de la (relative) neutralité prévalant jusque-là, les nouveaux auteurs proposent une vision très droitière d’une France au bord de la faillite, quasi-tiers-mondiste et dont le président est la risée du monde entier...

Soit, à peu de choses près, les descriptions caricaturales que l’on peut observer dans certains médias américains tels que l’ultra-conservatrice Fox News. Comme quoi, l’humour libéral existe en France et il se trouve sur le nouveau Canal Plus !

2/3

Réalisation / Montage

Qualité de la réalisation, du montage l Rythme impulsé l Pertinence des reportages et extraits l Habillage visuel et sonore

Les séquences des nouveaux Guignols (sketchs, clips…) disposent de moyens importants. Les décors et mises en scène sont soignés. Le traitement de l’image pousse sur la luminosité et les couleurs acidulées.

Les Guignols de l'info, initialement réalisés dans un studio de 3 000 m², le sont désormais à la Canal factory (au même endroit que le Grand Journal). Les 300 personnes (régie, costumes, réalisateurs, monteurs…) dont 30 marionnettistes réalisent un travail de qualité.

1/5

Impression générale

Atmosphère l Ambiance l Fluidité l Objectivité du programme l Eveil, élévation l Respect du téléspectateur

Un spectacle navrant…

Rarement un pan entier de la Culture et de l’humour « made in France » aura été aussi malmené, dénaturé. La présentation de Sylvestre est affligeante, les sketchs d’une surprenante pauvreté ; le tout dans un emballage marketing qui prend le téléspectateur pour un consommateur-demeuré.

Un emballage marketing qui prend le téléspectateur pour un consommateur-demeuré

… qui rabaisse l’humour Canal Plus 

Fort à parier que cette transformation des Guignols, à l’instar de l’essentiel des tranches en clair, marque un tournant dans l’esprit Canal. Les abonnés de longue date, séduits par l’humour de cette chaine, se voient dépossédés d’une émission de dérision et de caricature majeure.

Un outil de propagande ?

Vincent Bolloré, grand ami de Nicolas Sarkozy et des courants néo-libéraux les plus virulents semble avoir trouvé, au travers des Guignols, un champ d’expression politique à peine déguisé. Les audiences s'avèrent néanmoins bien en deça des espérances en plafonnant à des niveaux très bas : environ 50% de téléspectateurs perdus, en moyenne, par rapport à la saison précédente. 

En conclusion…

Les Guignols version Bolloré ont perdu de leur saveur et de leur irrévérence au profit d’un programme désormais tiède et sans saveur. A la fois aseptisé (personnages désincarnés, absence de profondeur et de subtilité) et désagréable (les blagues sont souvent lourdes, répétitives voire agressantes), l'émission plonge le téléspectateur dans une sorte de malaise, de torpeur et de vide abyssal.

Par Denis Morineau
Médias et numérique

Evaluation finale

Les Plus

Quelques sketchs honorables

Les voix des marionnettes 

Les Moins

Un programme indigent

Des personnages sans saveur

Une sensation de vide

Un outil de propagande

La note finale
6/20
Note finale de la rédaction
Les internautes
7/20
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