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Zidane se joue des médias

Zidane cultive le goût de la victoire comme aucun français avant lui. Il a mené son pays sur le toit du monde footbalistique, offrant à la France les plus grands trophées. Mais Zinedine, c'est aussi la France, les origines  algériennes et les tumultes d'une histoire complexe. Partons à la découverte des visages multiples de ce phénomène médiatique...

Zidane se joue des médias


Episode n°6 : Les faces cachées du système Zidane 

Biographie non autorisée

Avec Zidane, il y a d’un côté les biographies autorisées et les autres, sauvages, non validées par la famille ou les sponsors. Des pages qui pourraient peut-être contenir des informations trop intimes sur le footballeur, mensongères, exagérées, ou carrément à côté de la plaque.

Zidane a pris l’habitude de lire ou de faire relire tout ce qui le concernait de près ou de loin. Personne n’a le droit de se servir de son nom ou de son image sans autorisation ni compensation pécuniaire. Une biographie « non-autorisée » a réussi cependant à naitre, à paraître, non sans mal.

L’auteure, Besma Lahouri, est une journaliste indépendante professionnelle. Elle a fréquenté le lycée Descartes à Alger de 1984 à 1989, le lycée franco-mexicain de 1989 à 1991, avant de faire une maîtrise en histoire économique à l’université Panthéon Sorbonne.

On fait tout de suite le lien entre les origines algériennes de Zidane et celles de Mme Lahouri. Mais c’est une fausse piste car l’auteure est aussi connue pour d’autres biographies non autorisées concernant par exemple Carla Bruni, ou Audrey Pulvar.

L’omerta

Besma Lahouri, que ses « victimes » ne veulent pas rencontrer, enquête et fouille, parmi les amis et ennemis, afin d’envisager un récit substantiel pouvant intéresser le plus grand nombre. Le Real Madrid n'a pas souhaité la rencontrer, ni les membres de la famille, et beaucoup de journalistes lui ont répondu que c’était compliqué de parler du footballeur. Les médias ont-ils peur de Zidane ou du réseau d’influences qui fait tourner la planète foot business ?

Nous aimons penser au roi Pelé qui disait : « Après ma mort, j'aimerais que les gens se rappellent que j'ai été une bonne personne qui a toujours voulu unir les gens et rassembler les peuples."

« Une vie secrète »

Ce livre » Zidane, une vie secrète » déclenche des remous bien avant sa parution en librairie. Nous entrons dans un scénario de polar. Un soir, les locaux de l’éditeur sont cambriolés, ainsi que l’appartement des personnes susceptibles de détenir le manuscrit. Les voleurs ont-ils trouvé quelque chose ? Nous ne le saurons jamais.

La presse fait monter la mayonnaise. Quel secret ce livre cache-t-il pour susciter autant de méfiance ? Tout cela contribue à attiser l’impatience des lecteurs. Buzz ou intox ? Les frères Zidane ont-ils réellement tenté de mettre la main sur les épreuves de la biographie ? Cela parait un peu disproportionné avec la vie simple d’un footballeur millionnaire.

A sa lecture, on découvre un livre moins scandaleux qu’on ne l’espérait. C’est un très bon travail de journaliste mais il y a peu de choses fondamentalement nouvelles. En tous cas, aucun vrai scandale à charge contre le footballeur.

Cela ne nous regarde pas

Cependant, Besma Lahouri aborde la question du dopage et pointe certains disfonctionnements dans la carrière de l’ex meneur de jeu français. Elle rappelle pour commencer que durant le Mondial 1998, Zidane a été expulsé lors du match France-Arabie saoudite. Le règlement préconise qu'en pareille situation le joueur sanctionné est en droit de subir un contrôle antidopage. Ce ne fut pas le cas pour Zidane et cela est confirmé par les instances médicales de la Fifa. De fil en aiguille, l’auteure en arrive ensuite au témoignage d’un médecin du staff qui précise que Zidane n’a pas non plus été contrôlé après son expulsion en finale du Mondial 2006.

At-il bénéficié d’un régime de faveur ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Beaucoup d’encre a déjà coulé sur les questions de dopage concernant l’équipe mythique des bleus. Et comme dirait feu Thierry Roland, « cela ne nous regarde pas ». Les murs de la Fifa pourraient sans doute nous éclairer, mais pour l’instant, les patrons du foot mondial ont d’autres chats à fouetter.

Ce qui est important de remarquer, c’est qu’il a fallu attendre le travail d’une journaliste freelance pour avoir un livre sur Zidane qui sorte un peu des sentiers battus. C’est dire combien les journalistes attachés à une rédaction ont été écartés de la simple envie de se consacrer à ce genre d’investigations aventureuses.

Une affaire étouffée

En retour, comme pour tenter de minimiser le travail de Besma Lahouri, certains journalistes zélés ont quand même déclaré que ce livre comportait beaucoup d’imperfections, que l’écriture était inégale, la construction déroutante, et que surtout, la totale méconnaissance du football se devinait au fil des pages et des erreurs.

En tous cas, étrangement, après sa sortie, cette biographie « non-autorisée n’a fait l’objet d’aucune plainte venant du clan Zidane. Et on est en droit alors de se demander si toute cette histoire n’a pas été montée de toute pièce, pour la com.

L’offensive d’Alévêque

2011 : dans le premier numéro de Sportmag, l’humoriste Christophe Alévêque tacle Zinedine Zidane, bien comme il faut, sans froufrou ni langue de bois. Alévêque se déchaine comme il en a l’habitude, lorsqu’il trouve un os pour se faire les dents. « Ce mec (Zidane) est un panneau publicitaire qui a trois neurones » ou bien « il est con comme une bite ». Au procès, intenté par Zidane, Alévêque se justifie en disant qu’il a employé une formule imagée, et qu’il aurait pu tout aussi bien dire « con comme une huitre ».

Le footballeur n'apprécie pas, il attaque le footballeur en justice pour injure, ainsi que le magazine qui a recueilli ses propos. L'humoriste plaide la liberté du "bouffon" le droit à la caricature, et surtout celui de faire son métier.

Autrefois, le bouffon raillait le roi sans craindre le placard. Selon Alévêque, il est aujourd'hui le seul à pouvoir s'en prendre aux "puissants" et aux "icônes". En référence aux 11 millions du Qatar, il précise que si Zidane s’était mis au contraire au service de la somalie, il aurait applaudi.

Rire de tout ?

La procureure, Anne de Fontette, arbitre du bon goût de l'humour des comiques, lui renvoie que la vulgarité n’élève jamais le débat. L’avocat de l’humoriste soulignera en retour que pendant que la moitié de la planète meurt de faim, il est désolant de ne pas pouvoir faire injure à quelqu’un (Zidane) qui a sombré dans le mercantilisme.

Ce procès sera à deux vitesses. Se côtoieront les propos fleuris et insultants de l’humoriste et l’indécent foot business dont Zidane se fait l’apôtre.

S’il ne s’agit pas ici de juger des paroles de l’humoriste, on peut cependant constater que lorsqu’il s’agit de Zinedine Zidane, on ne peut vraiment pas raconter n’importe quoi. Sinon le ton monte aussitôt. Le coup de boule n’est pas loin. Il est gentil, Zidane, mais il ne faut pas dire du mal de lui ou de sa famille. Il ne supporte pas.

Encore une fois, les médias resteront extrêmement discrets sur ce sujet. Ils ont l’habitude. Etouffons le bouffon.

Par Hervé Mestron
Médias & réflexions