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La création, symptôme contemporain

Plongée dans l'univers de la création avec Chloé Pangrazzi, jeune scénariste française. Du monde du cinéma à celui de la télévision et jusqu'au web, découvrez les coulisses d'un univers régit par des lois, des règles et des influences souvent méconnues... 

La création, symptôme contemporain


Partie n°3 : Le web, refuge pour la création

La France est le deuxième producteur mondial de fictions digitales. Les web fictions françaises sont mondialement reconnues grâce à la multiplication des web festivals qui consacrent internationalement ces nouveaux types de productions. 

Les web fictions seraient elles les nouvelles cartes de visite des jeunes talents en quête de visibilité ? En effet, le web est de plus en plus plébiscité par des auteurs et réalisateurs qui ne peuvent pas compter sur un CV plaqué or, souvent le seul sésame pour accéder aux sacro saints canaux traditionnels.

Il est vrai que les chaînes de télévision accordent rarement leur confiance à des inconnus et les projets de fictions sorties du cerveau bouillonnant de l’étudiant fraichement diplômé en cinéma, se retrouvent souvent à la poubelle. Le web serait donc devenu le seul espace offrant l’opportunité de s’exprimer librement, de mettre en image, d’innover, le tout en pouvant espérer capter un public très large.

Le phénomène web série 

Si les web séries suscitent aujourd’hui un vif intérêt, le phénomène est loin d’être récent. Les premières web séries ont vu le jour il y a une vingtaine d’années, mais cela fait environ dix ans que l’on s’interroge sur la manière d’encadrer ce secteur en plein essor.

Les web séries sont le plus souvent des réalisations autoproduites, financées avec les fonds tiroirs des créateurs et conduite grâce à la bonne volonté de quelques copains dotés d’une force de travail inépuisable. Passé la phase tournage et montage,  direction la plateforme de diffusion la plus en vue et hop, le tour est joué, la campagne de séduction peut commencer.

A l’heure des réseaux sociaux, rien de plus simple que de faire parler de soi, de diffuser son travail, de la partager en espérant l’adhésion d’un plus grand nombre. Vient ensuite, l’inscription dans les meilleurs festivals et éventuellement la nomination dans ces dit festivals et pourquoi pas la pluie de récompenses. 

Ce n’est pas une formule magique ou une recette miracle que nous vous livrons là mais simplement le parcours que peut avoir une web série de qualité, évidemment. Mais voilà, l’après est un peu plus nébuleux et les questions du modèle économique à appliquer à ce nouveau phénomène sont celles qui reviennent le plus souvent.

Il semble en effet compliqué de créer un cadre unique et viable face à la diversité des programmes digitaux existants. Qu’ils s’agissent des genres, des formats, des thèmes, les fictions web viennent bouleverser les codes ancestraux des diffuseurs traditionnels. 

Sur le web, rien n’est calibré et personne ne viendra vous taper sur l’épaule en vous disant que votre programme ne plaira pas à la ménagère de plus de cinquante ans. Chacun donc peut créer et diffuser à sa guise, en toute liberté mais sans garantie de succès bien sur. Mais on ne peut pas tout avoir, même sur le web. 

Si beaucoup de talents se tournent aujourd’hui vers le web ce n’est pas un hasard. Ce mode de diffusion permet de conserver une énergie, un dynamisme, permet aussi de constituer et de maintenir par ses propres moyens une communauté acquise au projet, d’en garder le contrôle et d’en comprendre véritablement les envies. 

Finalement d’être l’initiateur et le garant d’un projet, d’en suivre le fil du début à la fin sans être broyé par les mécanismes parfois incompréhensibles des diffuseurs traditionnels. Face à l’audace et la qualité grandissante de ces productions ; les institutions, les festivals et même les chaînes de télévision se penchent sur ce phénomène pour ne pas en perdre une miette.

Ainsi de la SACD au CNC, les sociétés et établissements publics mettent en place des bourses et des solutions de financement pour les auteurs et réalisateurs de fictions digitales. Des festivals comme La Rochelle ou encore celui de Luchon, traditionnellement consacrés à la création télévisuelle, ont créés des sections web dans leurs sélections officielles. 

En septembre 2016, au festival de La Rochelle, TANK, série digitale proposée par Studio + s’est vu récompensée du prix de la meilleure web fiction mais est aussi repartie avec le prix de la meilleure réalisation, toutes catégories confondues. Le cadre va t’il alors s’imposer de lui même ou les web fictions sont elles vouées à finir sur le petit écran,  à devenir le fer de lance des producteurs de télévision ?

Quand le web s’institutionnalise

Face à la montée en puissance de ce phénomène, des chaînes de télévision ont crées leurs propres plateformes de diffusion web à l’instar d’Arte et son Arte Créative et France Télévisions avec Studio 4.

La sélection des projets et la phase de développement se font à peu de choses près comme une fiction télévisuelle traditionnelle.  Le format ne dépasse généralement pas les 15 minutes et le genre des fictions ou thèmes exposés sont soigneusement étudiés.

Ces plateformes proposent généralement d’assez bons programmes mais souffrent d’un manque cruel de visibilité si on les compare à Youtube, Dailymotion etc… Des groupes historiques, tels que Telfrance ont aussi leur label web et sont à la recherche perpétuelle de jeunes talents.  La télévision se mettrait elle au web ?

S’il semble intéressant d’institutionnaliser ce secteur un peu anarchique, il faudra tout de même veiller à en conserver ses spécificités originelles. La création de plateformes dédiées  à la diffusion de créations digitales originales comme Studio + ou Black Pills posent également cette question du calibrage d’un contenu qui par essence ne doit pas l’être.

Si l’on connaît encore peu de choses sur Black Pills qui devrait officiellement voir le jour le 22 Février, on peut désormais et ce depuis le mois de novembre profiter des séries de Studio+. Cette plateforme propose des créations originales, de formats courts (10X10), spécialement formatées pour une lecture sur mobile et tablette.

L’offre est variée et hautement qualitative. Les budgets alloués à ce type de production sont bien plus élevés que la dernière création d’un copain de classe réalisée grâce à une campagne Ulule, et forcément les moyens mis en œuvre ne sont pas les mêmes. Le résultat est assez bluffant et on ne pourra pas accuser qui que ce soit d’amateurisme en visionnant ces mini séries.

Néanmoins, malgré une réalisation léchée, des pitch intéressants et des univers typés, on peut craindre que ce calibrage nuise à la narration et finalement freine l’expression des auteurs.  

Conclusion

La fiction web, dans sa plus pure expression, est elle capable de devenir une industrie  à part entière ou demeura t’elle un tremplin vers le petit écran ? Les plateformes de séries mobiles nuisent elles à l’essence même des séries digitales qui ne devraient souffrir d’aucun calibrage ? Finalement le web ne serait il pas encore suffisamment prestigieux pour qu’on y envisage une carrière ?

Le secteur de la web fiction est en pleine mutation et l’on peut espérer que son cadre finira par s’imposer de lui même permettant aux auteurs et réalisateurs d’offrir une diversité de contenus teintés d’audace et de liberté, en pouvant au même titre que les Youtubers, gagner leurs vies.

Il se peut aussi que devant un tel plébiscite les chaînes de télévision fassent confiance à la fiction indépendante en tendant la main à une nouvelle génération qui ne demande qu’à créer sans subir un quelconque formatage. C’est le cas d’OCS, figure dissidente du PAF qui en sorte d’HBO à la française à su porter des ex web fictions et en faire des séries aujourd’hui couronnées de succès à l’image de Lazy Company.

Par Chloé Pangrazzi
Culture, images et nouveaux médias