Bienvenue sur France Médias
Découvrez le site, ses contenus et son équipe dans Informations (à droite du menu)

Le temps des écrivains
France Culture

 

Magazine littéraire hebdomadaire

 

Le samedi à 17h

 

Durée : 58m



Évaluation Le temps des écrivains

“ Le miroir des écrivains et des lecteurs ”

Pour le million de fidèles auditeurs de France Culture, Le temps des écrivains représente certainement une fusion entre Les Carnets d'or et Le Carnet du libraire, proposés par Augustin Trapenard en 2014, auquel Christophe Ono Dit Biot avait succédé et qu'il poursuit au travers de cette émission.

Dans cette bulle temporelle médiatique à huis-clos, l'animateur nous invite à vivre un moment proustien, où le temps est le cinquième élément, la « matière première  de la littérature ».

Le temps des écrivains ne se met pas seulement au diapason des âmes intimes avec la littérature.

L'émission entend nous « livrer les clefs de ce miracle secret  qu'est la création littéraire » et  parle de notre rapport au temps, à la mémoire, à l'identité, aux Arts. Chaque semaine, deux écrivains se disent avec leur propre univers langagier. Amenés à porter un regard sur leur travail d'écriture et leur rapport au monde, ils disent leur humanité et nous renvoient à la nôtre, ponctuée d'interrogations et de quêtes.

5/6

Animation / Conduite

Orientation du programme l Qualité de la langue l Distribution de la parole l Neutralité l Tonalité et esprit véhiculé

Prix Interallié 2007 pour son roman Birmane inspiré de son séjour prolongé en Asie, Ono Dit Biot fait partie de ces littéraires transfrontaliers. La littérature et la langue française sont pour lui le lieu d'expression de multiples identités idiosyncrasiques et culturelles.

La poésie des mots

Les mots ont une saveur, ils ont une couleur, un rythme aussi. Et Ono Dit Biot excelle à l'illustrer. Le timbre un peu haut, la voix somme toute assurée, il impulse de la poésie, presque du lyrisme à son phrasé. Tantôt en biographe, tantôt en interviewer, le ton varie au gré des phases de l'émission pour se teinter de solennité, de confidentialité ou de subtile taquinerie. 

L'animation se fait dans un entrelacs de questionnements, de représentations culturelles et de thématiques

A l'occasion, quelques rires peuvent se faire entendre. Mais pas de ces saccades de potaches, hystériques ou gutturales qui résonnent sur nombre d'ondes de grande audience. Parfois soustrait à une gêne pudique, le rire présent est subtil, tout autant que les considérations qui l'ont provoqué.

Entretiens en entrelacs

Ono Dit Biot ne se conforme pas qu' à une représentation linéaire du temps. A l'image d'une frise temporelle, l'animation se fait dans un entrelacs de questionnements, de représentations culturelles et de thématiques.

L'animateur ne se soumet pas non plus à la rigidité de sa trame préparée ; Les interrogations et les réflexions, dont il se fait le relais, sont autant de fils qui viennent tisser peu à peu le canevas de l'émission. L'on assiste à un dialogue bien orchestré, gardant toutefois la souplesse de l'authentique, où chacun prend le temps d'(ex)poser son raisonnement intérieur.

6/7

Contenus / Apports

Descriptif et traitement des sujets l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

« Ecrit-on pour retrouver la mémoire ? » , «  Le désir amoureux et le désir d'écrire sont-ils liés ? »... Le temps des écrivains s'ouvre sur un questionnement initial, auquel se greffent peu à peu d'autres questionnements suscités par les interventions des auteurs ou les textes littéraires convoqués.

Une trame classique ponctuée d'originalité

La trame classique, constituée d'interviews croisées et de présentations de contenus, se diversifie entre autres par des lectures de passages clés, d'où émergent de nouvelles réflexions. L'émotion est sensiblement présente, surtout lorsque l'auteur prête voix...à sa main.

Eric Vuillard et Natacha Appanah lisent chacun(e) un extrait de leur dernier livre

Prenant le relais de la parole humaine, le choix musical de chacun des auteurs s'invite, et vient illustrer, sur une autre partition, la singularité des écrivains en présence. On n'est donc pas à l'abri d'une découverte insolite !

Il y a du jeu dans le sérieux...

L'émission  est sérieuse, intime et érudite, mais elle est  aussi  ludique. Au jeu de l'écriture, interrogé et analysé en profondeur, s'ajoute celui de la reconnaissance textuelle ; De temps à autres, Ono Dit Biot propose la lecture-devinette d'un extrait littéraire en en éludant les noms trop évocateurs.

L'émission  est sérieuse, intime et érudite, mais elle est  aussi  ludique

Ce passage pose un nouveau questionnement ou soulève une nouvelle thématique venant ainsi nourrir la discussion initiale. L'intertextualité est très souvent mise en exergue ou interrogée ; on voyage ainsi dans le temps littéraire sans aucune frontière. Ni celles des époques, ni celles des générations et encore moins celles des pays ou des idéologies.

… Et aussi de l'actu

 Le rapport au monde des auteurs et son reflet dans leurs écrits est aussi abordé sous l'angle de l'actualité ; la quête d'identité d'un personnage de roman fait écho au débat politique de la déchéance de nationalité. Le langage politique est lui aussi interrogé, ou du moins, sa portée évocatrice l'est-elle, quand il est question de « Roman national »...

Couleurs et diversité

 Le choix des invités est particulièrement intéressant par sa diversité et son renoncement aux auteurs hyper-médiatisés. Le choix éditorial est assurément celui de la découverte. Certes, il s'aligne souvent sur celui des cénacles littéraires, mais il n'en reste pas moins coloré par la diversité des origines des plumes francophones présentées.

Gaël Faye et Ali Zamir en lectures croisées

Ces couleurs identitaires sont très largement audibles non seulement au travers des accents, mais aussi au travers de l'imagerie culturelle véhiculée par la langue française.

Le libraire au bout du fil

L'émission littéraire n'oublie pas le sanctuaire du livre ! Il lui dédie un espace en fin d'émission, où un libraire commente sa préférence, souvent à distance. C'est parfois l'occasion de prendre connaissance de l'ouverture d'une nouvelle librairie dans une petite ville de France...

3/3

Réalisation / Montage

Qualité de la réalisation, du montage l Rythme impulsé l Pertinence des extraits sonores, des transitions l Habillage sonore

Indicatif musical transgenre

L'indicatif musical de l'émission n'est certainement pas un choix anodin. « Yegelle Tezeta » de Mulatu Astake se trouve être la bande originale de « Broken flowers » de Jim jarmush, grand nom du film d'auteur du cinéma américain. Pour les connaisseurs, ce film ainsi que son thème musical renvoient au genre du road moovie, aux thématiques de la quête, à celui de la paternité ainsi qu''à la relation mémoire-temps.

Le générique parle de couleurs, de rythmes traversant les époques et les continents

Mulatu Astake, quant à lui, est un ovni du jazz ; père de l'éthio-jazz (ou Jazz éthiopien), son œuvre est un creuset musical où ont fusionné jazz américain, influences latino-américaines et musiques traditionnelles éthiopiennes. Le générique parle donc de couleurs, de rythmes traversant les époques et les continents, à la confluence de la modernité et de la tradition : autant dire en plein dans la ligne (de mire) éditoriale.

Service public : valeur sûre

 La réalisation de cette émission s'inscrit tout à fait dans la charte de qualité habituelle des programmes du service public. Les temps de paroles sont généralement observés, dans le respect des auditeurs et les transitions sonores sont d'une netteté irréprochable, même celles qui nous connectent au téléphone littéraire, lors des dernières minutes.

Bien sûr, le temps étant tout de même compté, la parole embraye directement sur la dernière note musicale, sans laisser ce temps de silence nécessaire à l'intériorisation de l'écoute. Mais ainsi, nous ne perdons pas le fil de la pensée ; la musique, ne l'oublions pas, vient nourrir le propos littéraire.

3/4

Impression générale

Atmosphère l Ambiance l Fluidité l Objectivité du programme l Eveil, élévation l Respect de l'auditeur

Le romancier et scénariste Paul Vacca  déclare : « si La Recherche se révèle comme universelle à chaque lecture individuelle, comme en écho à l'intimité de chacun, c'est qu'alors on est proustien » .

Par l'universalité des questionnements que soulève Christophe Ono Dit biot dans son émission, aussi par la singularité que celle-ci présente et qu'elle cherche à soustraire chez ses invités, l'adjectif proustien semble alors bien adapté pour qualifier Le Temps des écrivains.

Cette rencontre de l'universalité et de l'individualité est susceptible de produire un écho chez chacun, au-delà de ce que l'aspect littéraire- pour certains, entravant- peut renvoyer.

Les références sont certes celles de lettrés, mais, par les univers auxquels elles renvoient et par les émotions qu'elles suscitent  et auxquelles les écrivains donnent voix, l'auditeur peut trouver là, de quoi stimuler ou aiguiser sa sensibilité littéraire.

Par Aude Tessier
Sémantique, culture et médias

Evaluation finale

Les Plus

Ouverture au monde, à l'actualité

Thématiques universelles

Références littéraires de toutes époques

Mise en valeur de jeunes auteurs (pimés)

Un rythme de parole respectueux des auditeurs

Les Moins

Pédagogie limitée

La note finale
17/20
Note finale de la rédaction
Les internautes
17/20
Moyenne des 1 note(s) d'internautes
Votre note
/ 20