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Zidane se joue des médias

Zidane cultive le goût de la victoire comme aucun français avant lui. Il a mené son pays sur le toit du monde footbalistique, offrant à la France les plus grands trophées. Mais Zinedine, c'est aussi la France, les origines  algériennes et les tumultes d'une histoire complexe. Partons à la découverte des visages multiples de ce phénomène médiatique...

Zidane se joue des médias


Episode n°4 : Le retour du sauveur

La décision

Récapitulons l’essentiel du palmarès de footballeur de Zinedine Zidane : 1972, naissance à Marseille. 1989, débute en première division avec l'AS Cannes. 1992, signe aux Girondins de Bordeaux. 1994, première de ses 108 sélections en équipe de France. 1996, signe à la Juventus de Turin. 1998, champion du monde et ballon d'or. 2000, champion d'Europe. 2001, signe au Real Madrid. 2002, remporte la Ligue des champions.

En aout 2004, le footballeur annonce la fin de sa carrière internationale. Sur son site, on peut lire, dans le plus pur style Zidanesque, avec des tournures Ribéryennes : « Je pense qu’à un moment donné, il faut savoir dire stop ».

Dès lors, il va rester sagement au Real Madrid, quitte à s’ennuyer un peu. Mais le Onze de France, c’est terminé. Le sportif a seulement 32 ans. Le meneur de jeu pense-t-il avoir tout dit sur la scène internationale ? Comment savoir ce qui se passe dans la tête d’un joueur qui a déjà tout gagné ? Une page lourde de sens est en train de se tourner même si un vent contraire viendra bientôt bouleverser les prévisions.

S’en remettre à dieu

Pendant ce temps, l’équipe de France est en train de se reconstruire, non sans difficultés. Il lui manque l’un des rouages qui a fait son succès en 1998. L’absence de Zidane se fait cruellement sentir dans cette phase de préparation à la coupe du monde 2006. On l’impression qu’il manque l’instrument principal d’un orchestre désorganisé.

Les matchs d’élimination se succèdent sans réelle étincelle, même si la France parviendra à se qualifier. L’équipe est critiquée par les médias et le public, personne n’y croit. Les anciens, Thuram, Zidane, manquent cruellement à la sélection nationale et les nouvelles recrues, malgré leur talent, ne parviennent pas à décrocher le pompon de l’espoir. Le sélectionneur est un peu dépassé par les évènements. Comment redresser la barre ? Son équipe semble comme anesthésiée, elle n’aura certainement pas les reins pour s’imposer dans la compétition.

Pendant ce temps, une idée folle commence à circuler dans le ciel des penseurs terre-à-terre. Et si on s’en remettait à dieu ?

God is back

Le 1er avril 2005, la Une de l’équipe fait l’effet d’une blague potache. « Et s’il revenait ? » Inutile de rappeler que depuis l’annonce de la retraite internationale de Zidane en aout 2004, l’équipe de France patauge dans son passé. Le niveau moyen des matches a failli mettre sérieusement en péril la qualification de la France pour les 8ème de finale de cette coupe du monde 2006. Les observateurs tentent d’analyser la situation et pourquoi pas d’en tirer des conclusions.

Quelque part dans une salle de rédaction parisienne les esprits s’échauffent, des plans se dessinent dans la plus totale discrétion. Il y aurait peut-être une solution mais elle ne semble guère envisageable. Quoique…

Lors d’un déjeuner avec un journaliste de l’Equipe venu spécialement à Madrid pour un interview, Zinedine Zidane semble détendu et plus prompt que d’habitude à parler de lui, comme s’il se sentait en confiance enfin en présence d’un chroniqueur particulièrement sympathiques venu spécialement pour le rencontrer, presque amicalement.

Le repas s’éternise et Zidane commence à s’épancher sur son métier. Il est heureux au Real Madrid mais quelque chose lui manque.

Il ne va pas cacher longtemps sa nostalgie de l’équipe de France ni même son angoisse d’une fin de carrière qui se rapproche. Aura-t-il conscience d’avoir trop parlé ? Sans doute pas. Ses confidences dans le carré Vip d’un célèbre restaurant madrilène ne sont peut-être pas si innocentes que cela. En tous cas, quelques semaines plus tard, un article met la France et le monde du Football en émoi.

En effet, le journal l’Equipe n’a pu s’empêcher de publier un article selon lequel Zinedine Zidane ne serait pas contre l’idée de revenir en sélection nationale. L’annonce fait l’effet d’une joyeuse bombe. Les médias passent en état de surchauffe. En un clic, la nouvelle se répand aux quatre coins du cosmos.

Evidemment, le principal intéressé est immédiatement au courant. Furax, le footballeur dément publiquement la rumeur et l’Equipe doit aussitôt présenter des excuses. L’auteur inspiré de l’article se fait tirer les oreilles. Cela lui rappelle que l’on ne publie pas impunément des infos non officielles sur le footballeur star.

Pour autant, la mèche n’est pas éteinte. Certaines fuites laissent entendre que la partie n’est pas totalement terminée. En effet, quatre mois plus tard, le 3 aout 2005, Zinedine Zidane, par l’intermédiaire de son site, annonce publiquement son retour : « J’ai décidé de revenir chez les Bleus. L’équipe de France m’a tellement aidé. J’ai envie de l’aider ».

Trois phrases à la suite. C’est dire combien le footballeur était ému. A-t-il conscience de ce que cela implique ? Difficile de savoir. Mais une chose est sûre, Zidane a clairement exprimé son envie de retrouver les effets salvateurs de l’adrénaline internationale.

Une montée en puissance

Zidane fait son entrée sur le terrain avec le microscope du monde braqué sur lui. Comment le footballeur, une fois seul dans sa chambre, parvient-il à vivre ce moment d’intense pression ? Des mauvaises langues racontent qu’il se réfugie dans la prière en compagnie de Ribery. Certains trouvent les débuts de l’ancien meneur de jeu légèrement en deçà des attentes, et immédiatement, plusieurs titres de presse enfoncent le clou en se demandant si le retour de Zidane est vraiment une bonne chose.

Zidane semble tellement au centre de tout que l’équipe manque à trouver un équilibre spontané. Malgré tout, les premiers matches contre la Suisse, la Corée du sud, et le Togo, permettent à la France d’arriver au stade crucial des 8ème de finale de la coupe du monde 2006, contre l’Espagne.

La presse espagnole se gausse devant cette équipe de France vieillissante- Thuram et Makelele ayant rejoint Zidane sur le terrain.

Les espagnols sont sûr de leur coup. Cela va être un grand soir. Celui d’un artiste, d’un gagneur, qui montre au monde entier toute l’étendue de son talent rayonnant. Le onze de France triomphe sur un score de 3/1. Zidane est consacré, façon Panthéon.

L’aventure des bleus est repartie. La machine s’est remise en route. Tout le pays est avec eux. Huit ans après le Stade de France, c’est depuis l’Allemagne organisatrice du Mondial 2006 que la France impose sa flamboyante renaissance. Après un match compliqué contre le Brésil où la France parvient cependant à ne pas rompre, les bleus accèdent enfin en finale de la coupe du monde après avoir éliminé le Portugal, grâce à un Zinedine Zidane encore une fois au sommet de son art.

Des observateurs ont fait justement remarquer qu’en présence de Zidane, tous les joueurs jouaient mieux, comme portés par le fluide de leur meneur de jeu.

Un jeu altruiste, inspiré, offensif et collectif, d’une excellence qui restera probablement longtemps inégalée. Mais surtout, c’est tout l’esprit de groupe de la sélection qui est en train d’atteindre la fusion totale. Un pour tous, tous pour un.

En ce 9 juillet 2006, date de la finale contre l’Italie, l’atmosphère est nimbée d’une tension palpable, quasi électrique. Quelque chose dans l’atmosphère de ce début de rencontre laisse penser à certains que la soirée sera mémorable.

Elle le sera, en effet, lorsque dieu se décidera brutalement à redevenir un humain…

Par Hervé Mestron
Médias & réflexions