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Le Point
Le Point


Hebdo depuis 1972

FOG indéboulonnable



Évaluation Le Point

“ Le miroir droitier de la société française ”

Le Point est un magazine hebdomadaire fondé en 1972 sur le modèle du magazine américain Time, ou Newsweek. Le magazine ouvrirait ses pages à toutes les opinions politiques, même si sa ligne éditoriale est communément admise comme conservatrice et libérale. Très vite, le journal réussit à atteindre un bon équilibre financier avant d’être racheté, of course, par l'homme d'affaires François Pinault.

3/5

Construction et esthétique

Format l Qualité de la maquette l Structuration l Typographies

D’un format 20,5x26,5, coloré avec peps, l’hebdomadaire insuffle une dynamique harmonieuse à son déroulé ponctué de textes et de visuels, avec des photos qui entraînent les modèles au-delà de leur simple représentation médiatique. Les poses favorisent souvent l’intime, comme pour saisir un instant volé, dans des situations « vraies » où tout le monde peut s’y retrouver et projeter ses propres fantasmes. Si le choc des photos n’est pas loin, le poids des mots n’est pas en reste non plus.

Ces mêmes photos, ajustées comme les multiples affects d’une symphonie, nous proposent une vision de l’homme ou de la femme, résolument rassurante dans cette fibre si sensible de la sincérité. Il faut peut-être tout simplement féliciter le directeur artistique pour sa fidélité à une ligne de conduite bien rodée, depuis le temps.

La photo parle plus que les phrases, car chacun peut y mettre ses propres mots.

Le magazine débute par une série d’éditos et de brèves faisant le Point de la semaine. De l’actu, variée, pas forcément people, inattendue parfois, nous amène à la partie centrale de la semaine, c’est-à-dire au développement de la Une. Il y a dans la typo et le choix des épaisseurs de titres quelque chose d’intelligent qui rappelle un certain classicisme qui aurait bien vieilli, mais qui, c’est un détail, n’en reste pas moins sauvagement conservateur.

Il serait injuste de ne pas reconnaitre la formidable machine huilée de cet hebdo qui dégage un certain appétit de vie, à l’instar de Nicolas Sarkozy qui déclare dans ces mêmes colonnes qu’il « aime la politique parce qu’elle est la quintessence de la vie, la vie sous une loupe grossissante ». C’est visiblement le point de vue du Point, qui n’a surtout pas mission de nous endormir.

On sent dans Le Point, de façon totalement intuitive, une transmission réussie. Les pages sont travaillées avec la fougue du début, où il s’agit d’informer et de surprendre de façon efficace, cependant sans trivialité.

Une certaine conception du traitement de l’info, sans complexe, comme sait si bien le faire la presse de droite, pays de la gagne et du bridge en porcelaine. Malgré la pluie de l’info, se dessine un idéal d’arc-en-ciel sur les problématiques qui, semaine après semaine, ponctuent notre chemin de la connaissance. Et finalement, après avoir refermé le magazine, on a envie de se dire qu’il fait bon vivre décidemment dans ce pays des droits de l’homme.

Les pages consacrées à la France, à l’Etranger, puis au sociétal, sont l’illustration d’un travail de haut niveau professionnel. L’espace consacré à la culture est également considérable -d’ailleurs beaucoup de pub de livres cadencent le magazine. Les arts y sont traités avec déférence et un regard souvent pointu, avec des sujets qui peuvent sortir de l’ordinaire, comme cet article consacré au documentaire sur la star du X, Rocco Siffredi. On apprend à cette occasion que Siffredi n’est pas une marque de café mais un organe surdimensionné avec une âme. Quel art de parler de tout sans parler de rien, on recommande !

6/10

Contenus / Apports

Traitement des sujets l Réflexion et analyse l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

L’éditorial de Giesbert est toujours une leçon donnée par un homme brillant avec un sens de l’humour et de la clairvoyance qui peut dépasser parfois le cadre strict de sa fonction, et c’est une réjouissance. Il est aujourd’hui au Point comme il a été précédemment ailleurs, mais son Ouverture est une façon d’annoncer avec une rhétorique toute musicale l’opéra qui va suivre. Le talent fait du bien, partout où il officie. On sent le scribe limite vieux briscard mais porté toujours par une voix étonnement jeune.

Le Point donne soi-disant la parole à tous les courants de pensée, mais en réalité, il la donne surtout à la droite, allez savoir pourquoi. La gauche oui, mais vue de la droite. L’éditorialiste Pierre-Antoine Delhommais prend par exemple un malin plaisir à ridiculiser Jean-Luc Mélenchon. Il lui reproche notamment de placer l’humain avant l’économie. C’est vrai que c’est encore une question de point de vue. L’homme va mourir sous les chiffres et personne au Point ne s’en étonne.

Par contre Emmanuel Macron est plutôt bien accueilli. La grâce du gendre idéal et providentiel caché derrière la cravate du banquier séduit d’autant plus Le Point qu’il représente une figure de proue qui pourrait un jour, qui sait, doper les ventes et les esprits.

La presse doit bien vivre après tout. En faisant croire en sa pluralité d’opinions, le magazine surfe sur la vague d’un centre droit oscillant entre les fastes d’une gauche sublimée, notamment par les artistes, et la rassurante tenue de route d’une droite sûre de son coup.

3/5

Ligne éditoriale

Neutralité l Positionnement politique l Valeurs véhiculées l Engagements

Nombre de plumes ont la parole au Point. On retrouve Bernard-Henri Lévy qui, d’une écriture devenue totalement illisible, veut nous parler du populisme, pour nous l’apprendre en le décryptant devant nos yeux ébahis. On se demande si l’auteur se relit avant de transmettre son texte à la rédaction du Point. On dirait un contenu revu par un ordinateur ou un logiciel de content spinning. Des mots hasardeux tentent d’exprimer une ligne de pensée, mais en fin de compte, on ne comprend rien du tout. On dirait que BHL a totalement perdu le lien avec ce qui l’entoure. Tout est sans doute trop calme pour lui.

Le cas de Kamel Daoud est nettement plus inquiétant. Le Point donne la parole à un écrivain français d’origine musulmane. Il est toujours extrêmement pathétique de lire la quête d’ascension et de reconnaissance d’un auteur érigeant son intégration comme un trophée de guerre en usant d’improbables métaphores pour justifier sa légitimité d’exister. A défaut d’être lui-même, de croire en son talent, c’est la volonté de plaire au bourreau qui prévaut. Ainsi, on ne peut reprocher au Point de ne pas donner la parole à une diversité plus conservatrice que le conservateur, car c’est un fait, les sirènes de la droite accueillante parviennent toujours à séduire les plus farouches poissons.

Le Point est encore très loin d’offrir une pluralité de regards, ce n’est sans doute pas son projet. Il tente d’exister dans cette énorme confusion des sentiments qui place l’humain face à ses contradictions les plus intimes.

En même temps, l’élite doit souffrir pour être belle. Les médias ont parfaitement compris la leçon. Ils distribuent parfois les bons points de façon un peu aléatoire, en s’entourant malgré tout de garde-fous bien installés qui donnent, imperturbables, le diapason d’une fréquence respectable.

Il est toujours facile de critiquer, surtout des hebdos comme Le Point, qui fournit un travail considérable en terme journalistique. Mais en fin de compte, que nous révèle-t-il exactement, à part la transcription d’une illusion de pluralisme ? Peut-être un début de quelque chose encore à définir dans les méandres des tabous identitaires.

Par Hervé Mestron
Médias & réflexions

Evaluation finale

Les Plus

Des plumes de qualité

Des sujets approfondis

Les Moins

Une mosaïque sans colonne vertébrale?

Foncièrement conservateur

La note finale
12/20
Note finale de la rédaction
Les internautes
12/20
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