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Bernard Tapie, roi des médias

Du jeune chanteur en quête de reconnaissance au businessman à qui tout réussi, découvrez la vie romanesque de Bernard Tapie.  Réussites, insuccès, ruine puis renaissance ; autant de moments de notre histoire collective et de celle de nos médias...

Bernard Tapie, roi des médias


Episode n°4 : La gueule de bois

Effectivement, malgré cette coupe de la Ligue des Champions remportée, l’OM ne sera pas exemptée de poursuites judiciaires pour autant, ce serait trop facile. Alors que l’enquête semble piétiner dans la vase des témoignages, la police met la main sur 250 000 francs (environ 38 000 euros) enterrés dans le jardin des parents d’un joueur de Valenciennes, Christophe Robert.

Ce dernier se met aussitôt à trembler sur ses crampons et désigne sans hésiter Jean-Pierre Bernès, alors directeur général de l’OM, principal démiurge de la manœuvre. Le DG, qui n’est pas né non plus de la dernière pluie, pense aussitôt à s’abriter. Il l’exprime solennellement : il n’a fait qu’agir sur ordre de Bernard Tapie. Sympa les copains.

C’est clair, ça commence à chauffer sévère pour le matricule de Nanard. C’est tout juste si on ne le décore pas d’un bonnet d’âne. Pour une pub gratuite, c’est réussi. Les langues se délient, les coups fusent, les petitesses aussi. L’engouement médiatique est énorme, totalement disproportionné diront certains. A ce titre, les observateurs font remarquer que la couverture télévisuelle de l’affaire OM/Valenciennes dépasse de loin celle consacrée à la guerre du Golfe, en 1991, c’est dire.

Bernard est devenu le petit garçon à abattre. Et il n’a plus ses parents pour le protéger des requins plus gros que lui. En plus, depuis qu’il est sous les projecteurs de la justice, il agace, irrite, dérange, surtout dans les murs du parti socialiste.

Mais les supporters sont toujours derrière lui pour cette ultime étape avant la consécration sportive du club, moment où Tapie va remporter la coupe d’Europe 1993 avec l’Olympique de Marseille. Pour autant, la joie a un goût étrange, coupée d’amertume.

Le bulldozer judiciaire continue de ronger l’édifice. Et il faut reconnaitre que malgré cette victoire, le bilan financier du club se trouve au plus mal. Ici, les combines de Bernard ne font plus rêver personne. Car l’affaire OM/VA conduira ni plus ni moins le club à la faillite.

Pour commencer, leur victoire en Ligue des Champions n’est pas validée par les hautes instances du football. En plus, l’UEFA refuse d’accepter la participation de l’Olympique de Marseille pour les futures coupes internationales. Inutile d’avoir recours à une calculette. Bernard sait que cela entraîne un manque à gagner de près de 100 millions de francs pour le club. Du coup, les salaires des joueurs ne pouvant être baissés, l’OM doit se débarrasser de certains joueurs (comme Alen Bokšić, Marcel Desailly ou Paulo Futre) en les vendant à des clubs étrangers… 

Bernard met ses avocats sous pression. Ils sont toute une équipe à travailler sur les dossiers brûlants de l’ex crooner. Parmi ceux-ci, un certain Jean Louis Borloo...

La machine à baveux tourne 24h/24h. Mais le petit Bernard se porte bien. Il fait ses nuits pour être en forme pendant la journée. Il pratique la méditation en essayant de visualiser une forme sphérique qui roule et qui… rebondit. Car c’est grâce au rebond que le ballon peut épouser une nouvelle trajectoire.

Jamais à court d’idées, Bernard Tapie tente alors un recours auprès de la juridiction suisse, mais l’UEFA, qui apprécie moyennement, menace de priver tous les clubs français de compétition si l’OM ne retire pas sa demande de recours auprès de la Suisse. Bien qu’ayant reçu gain de cause devant la juridiction helvétique, Nanard, bon joueur, accepte de revenir à la case départ, c’est-à-dire dans les tuyaux de la justice française et de la fédération internationale de football.

L’étau se resserre. La grande fête de l’OM n’est plus qu’un champ de cotillons piétinés. Le club est relégué en Ligue 2. C’est tout juste s’il a encore les moyens d’éclairer ses rencontres nocturnes. Certains diront avoir vu Bernard faire la manche devant le stade vélodrome avec un accordéon, reprenant sa fameuse chanson « Réussir sa vie », un ton en-dessous.

En Ligue 2, l’OM réussit quand même l’année suivante à se hisser à la tête du championnat de France. Malgré cela, l’équipe de Marseille reste interdite de Ligue 1.  C’est la double peine, voire la triple. Le club agonise et Bernard met genoux à terre, les traits tirés par une colère rentrée.

Mais il se relève, une fois de plus, avec cette sorte d’extraordinaire dignité que portent en eux les innocents. La mort dans l’âme, il décide de se séparer de son jouet préféré avec lequel il a passé tant de bons moments, et démissionne de son poste de président.

Bernard Tapie est finalement condamné en première instance le 15 mai 1995 à 2 ans de prison dont un ferme, peine ramenée en appel en novembre 1995 à 2 ans de prison dont 8 mois ferme et une inéligibilité de 3 ans. Il s’agit de la peine la plus sévère jamais prononcée en France relative à une affaire de football.

À la suite de cette condamnation, Nanard sera déchu de son mandat de député. Mais comme l’a précisé le procureur Eric de Montgolfier : « S’il ne s’était pas agi de Bernard Tapie, il ne serait pas allé en prison pour cette affaire. Les faits ne le méritaient pas. Il a payé pour d’autres raisons ».

Le procureur ne fait que confirmer ce que Bernard répète depuis un moment. A travers l’OM, c’est lui qui est visé, notamment par André Soulier, adversaire du Parti Républicain, président de la DNCG (Direction nationale de contrôle de gestion des clubs de football) et responsable du trépas prématuré de ce club mythique.

Christophe Boucher, ancien Président de l’OM, de 2002 à 2004, soulignera l’incroyable énergie insufflée par Tapie lorsqu’il était à Marseille : « C'était un homme fort, il avait une ténacité, du courage et une envie formidables. C'est le seul à avoir réussi cette gestion hors-sol ». 

La gestion hors-sol, c’est l’union des grands actionnaires, qu'ils soient russes, américains, ou qataris. La vision de Tapie concernant le foot, ou plutôt l’industrie du football, avait quelque chose d’éminemment prémonitoire. Dans les années 80, il fut sans doute l’un des premiers à songer à « l’économie participative » pour acheter des joueurs à des prix faramineux. Mais Bernard n’a pas eu le temps d’enclencher ce grand marché mondialiste.

La réalité, c’est qu’après son départ, l’OM dépose bel et bien le bilan. Le club sera repris par une SEM et racheté par Robert Louis-Dreyfus deux ans plus tard. Mais rien ne sera plus comme avant.

Quel gâchis. Comment se relever après une gueule de bois d’une telle ampleur ? Hein Bernard ?

Par Hervé Mestron
Médias & réflexions