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Coluche, le coeur des médias

Devenu une icône dont la seule évocation cristalise l'émotion collective, Coluche s'est dessiné une vie de libertés. L'enfant meurtri par les accidents s'ouvrira les portes improbables du succès, des médias et des controverses ; le phénomène brisera les codes pour mieux les dénoncer...

Coluche, le coeur des médias


Episode n°1 : L'histoire du mec

Des débuts compliqués

Figure emblématique d’une France Giscardo-Mitterandienne, Michel Colucci, dit Coluche, a usé d’abord ses fonds de culotte sur les trottoirs de Montrouge. Sa mère, veuve et fleuriste, peine à joindre les deux bouts. S’il ne manque de rien, Michel souffre quand même de son statut d’enfant de prolo et malgré tout bien habillé. Car c’est le vrai problème, Monette tient absolument à ce qu’il soit impeccable. Et nous le savons, Michel est très obéissant.

La rébellion commence tôt. Dès l’école. Il arrose les études, les profs, le pouvoir, la société. Il appartient à la vague mai 68 même s’il n’a pas dépassé le Certificat d’études, en 58. C’est un révolté de naissance. Une grande gueule qui ne fait rire pour l’instant que ses copains de la bande « Solo ». Mais c’est aussi un gars qui s’emporte facilement.

Ce gosse des banlieues meurt d’ennui et de reconnaissance. C’est le début des petites conneries qui lui vaudront plusieurs fritures avec les flics du quartier. La délinquance lui offre une illusion de liberté, de contestation, et le sentiment d’exister. Cela préfigure d’une certaine façon l’époque des « Valseuses » (1974) vision frenchy d’«Orange Mécannique » (1971). Dans de cyniques épopées, une forme de violence complaisante fait un tabac.

Coluche se fera tirer dessus par un passant lorsqu’il tentera, avec un pote, de dérober le sac d’une vieille dame dans la rue. Cet épisode sera marquant. Le garçon se rend compte de l’aspect tragique qu’aurait pu prendre cet évènement. Il croit trop en lui pour se satisfaire de cette étiquette de délinquant. Toute sa colossale énergie va lui être nécessaire à présent pour redresser la barre, même s’il doit avaler des couleuvres et fermer un peu sa gueule.

La bouée musique

C’est l’époque des petits boulots interchangeables qui lui paient ses cigarettes tout en calmant ses pulsions d’écorché vif. Garçon de café, livreur, céramiste, télégraphiste, pompiste, marchand de fruits et légumes, fleuriste aux côtés de sa mère… C’est surtout le temps de la musique, du rock and roll, des Chaussettes Noires, de Johnny, d’Elvis… mais aussi de Brassens. Le jeune poète découvre un univers qui lui parle, et surtout, qui donne sens à sa vie.

Il se recentre en plaquant des accords sur une guitare, en écrivant des textes et des lignes mélodiques. Il se cherche dans l’architecture des sons. Ceux-ci l’accueillent comme un enfant égaré mais prometteur.

Car il a de l’oreille, le sens de la prosodie, du culot, et une soif incommensurable de s’exprimer, d’être entendu, écouté, peut-être aussi admiré…

Ayant échoué dans tous les boulots qu’il a essayé, il se rend compte qu’il n’a rien construit. Le monde du spectacle l’attire. Il sent confusément qu’il a une place à prendre, mais pour l’instant, il doit se contenter du service minimum : imiter les chansonniers avec une guitare pas toujours bien accordée.

Mais au moins, il ne finira pas en prison.

Le pied à l’étrier

Il a quitté Montrouge et la compagnie des potes déshérités de la bande « Solo ». Après un service militaire compliqué, passé principalement au cachot pour insubordination, il se retrouve dans la vie civile, au même endroit, c’est-à-dire nulle part. Sa guitare devient alors indispensable pour se lancer dans cette carrière fantasmée qui consiste à séduire le public.  

Ce public qu’il doit aller chercher dans les rues, devant les terrasses de café, à l’entrée des cabarets. Il s’interdit encore d’écrire ses propres textes, comme par prémonition, comme s’il savait déjà que ce statut de musicos ne représenterait qu’un (bref) passage dans sa vie. Une expérience essentielle cependant, qui marque le début d’un engagement sincère. Sans doute le premier de sa vie.

Il n’est plus le mec de Montrouge, le délinquant collectionneur de gardes à vue, le gars paumé qui en veut à la terre entière. La poésie est entrée dans sa vie, tout comme la pensée et l’envie de partager.

Il interprète les chansons des autres : Boby Lapointe, Boris Vian, Brassens, Léo Ferré, Trenet, Montand… On le voit à Saint-Germain des Prés et Saint-Michel, devant des terrasses bondées, forçant la voix à cause du bruit. Puis aussi dans le quartier Mouffetard, la Contrescarpe, tel un saltimbanque à la recherche d’une ambiance festive. Il en veut. Il est redevenu le gamin grande gueule qui faisait tant rire ses copains de classe. A part que maintenant, son caractère non formaté est un plus.

Une famille

Il rencontre rapidement d’autres musiciens, comme Xavier Thibault et Jacques Delaporte, qui créeront plus tard le Grand Orchestre du Splendid, ou bien Jean-Claude Agostini, avec qui il fondera un groupe sans lendemain : « Les Craignos Boboys ». Michel découvre que rien n’est simple non plus dans le monde du spectacle, surtout quand la plupart du temps on chante encore dans la rue avec les doigts gelés.

De fil en aiguille, il finit par se produire dans de vrais cabarets, Chez Bernadette, la Galerie 55, Le Port du Salut, la Vieille Grille... C’est ici qu’il croise tous les artistes de sa génération, à la recherche comme lui du cacheton d’un soir. Michel ne laisse pas insensible. Des groupes éphémères se créent, des amitiés aussi, des rêves, même si Michel est obligé de faire le barman pour gagner de quoi vivre. Mais il tient quelque chose, il le sait. Il a trouvé une famille.

Les rencontres

Avec France Pellet et son frère Alain, chant et luth, Michel fonde Les Tournesols. Groupe évoluant dans une veine réaliste gauchisante qui a vu passer de meilleurs interprètes du genre. Michel n’est pas un champion de la guitare. Il est meilleur dans la chanson comique où sa gouaille marque des points. Il se cherche encore et multiplie les expériences honnêtes, interpelle les esprits par son sens inné de l’insubordination. Les soirées enfumées propices aux rencontres remplissent leur devoir. Michel fait la connaissance d’un certain Romain Bouteille. Ce type va changer sa vie et il ne le sait pas encore. Romain Bouteille est acteur, humoriste, auteur de théâtre, scénariste, et metteur en scène.

Ils vont créer ensemble une troupe qui rappellera à Michel l’esprit de sa bande « Solo », du nom de la cité : « la Solidarité », à Montrouge. A part que maintenant, les gens vont payer pour l’entendre raconter des conneries.

Le « Café de la Gare » est né. Les médias ne connaissent pas encore Michel. Pour l’instant, ils ne voient rien venir. C’est normal, le garçon se cherche encore.

Par Hervé Mestron
Médias & réflexions