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Hollande bashing by Le Point


En décodé [ Lynchage médiatique ]

Hollande bashing by Le Point

La presse magazine rencontre de graves difficultés économiques depuis une quinzaine d’années. L’émergence du numérique, l’affaissement progressif des tirages papiers mais aussi l’évolution des pratiques d’accès à l’information amènent à cette situation très délicate pour les acteurs traditionnels.

Le Point n’échappe pas à cette tendance. Ces 4 dernières années, l’hebdomadaire a vu ses ventes baisser de 20%, passant de 500.000 à 400.000 exemplaires. Rien ne semble pouvoir enrayer cette évolution baissière qui risque de condamner, à court ou moyen terme, une bonne partie des intervenants du secteur…

Une tendance nouvelle : le lynchage médiatique (bashing)

Parallèlement, on observe un autre phénomène, a priori sans lien direct : le Bashing ou lynchage médiatique. Inspirée de certains titres anglo-saxons tels que les Tabloïds, cette pratique est apparue dans la presse française sous le quinquennat Sarkozy.

Le principe est simple : utiliser des termes familiers, des expressions de tous les jours, des mots simples et claquants pour moquer, railler, rabaisser ou humilier une cible récurrente.

Le Hollande bashing : un cas d’école

L’exemple du président Hollande, en cela, peut-être considéré comme un cas d’école. Dès son entrée en fonction, en mai 2012, les premières Unes railleuses sont apparues (là où il avait fallu attendre près d’un an pour la présidence Sarkozy).

Voici une sélection de Unes issues du Point qui témoignent du choix stratégique et délibéré, de la part du magazine, d’utiliser la manière forte pour rabaisser et décrédibiliser le président Hollande (et tenter ainsi de contrecarrer la baisse structurelle de ses ventes).

=> les incursions, en polices blanches sur fond noir, traduisent l'intention et ou l'écho véhiculés par la Une du magazine

 

12 mai 2012 : Fini de rire

Une semaine après le second tour de la présidentiel, le magazine Le Point titre un « Fini de rire » qui résonne telle une injonction. Le président est sommé d’arrêter de s’amuser, de batifoler et de ricaner, il doit se mettre au travail.

Le sous-entendu de la rédaction (du Point) semble donc que le candidat Hollande n’était pas réellement en campagne, que son programme n’était pas vraiment sérieux et qu’il n’a pas pris la mesure de l’importance de la fonction.

Comme pour accentuer le côté « pas sérieux » voire burlesque (amuseur de service), la photo choisie met en avant François Hollande regardant sa montre tandis que le cadran de celle-ci est retourné.

 

30 août 2012 : On se réveille ?

Le Point débute réellement sa campagne de Hollande Bashing quelques mois après son investiture. A la fin de l’été 2012 soit 3 mois après les élections présidentielles, le magazine titre « On se réveille ? » comme pour laisser entendre que le président est endormi, inactif voire léthargique. Cette question résonne telle une injonction forte, brutale, péremptoire.

Le cadrage de la photo donne l’impression d’un homme dépassé ; le visage apparaissant en bas de la couverture avec un large vide sur le dessus.

Notons que la photo choisie met en exergue une forme de strabisme qui n’est pas à l’avantage du président. De la même manière, le rictus entouré de son pouce et de son index renforce l’impression de perplexité, d’interrogation voire d’étroitesse.

Pour accentuer la dramaturgie, des sous titres angoissants viennent compléter le dispositif : « le splendide isolement français » (on imagine qu’il s’agit d’une observation géo-politique) et « Les chiffres qui font peur » (doit renvoyer à l’état catastrophique de l’économie).

 

26 février 2013 : LE LOUVOYEUR

Cette Une renvoie à un autre angle éditorial régulièrement utilisé par la rédaction du Point à l’endroit du président Hollande, celui du stratège malveillant. Le louvoyeur est celui qui change de cap, qui modifie sa direction pour atteindre son but. Le lettrage est jaune,  immense et en majuscule.

Présenté en juxtaposition d’un visage peu reluisant (lèvres serrées, regard plutôt froid) et avec une prise de vue de côté (la lumière expose une partie du visage et pas l’autre), l’impression qui ressort est celle d’un personnage peu bienveillant voire cynique.

Le fond noir accentue encore cette sensation (inquiétante). Tout comme le sous-titre « Ce qu’il mijote », persuadant le lectorat qu’il s’agit de recettes plus qu’amères qui sont en préparation. Viennent alors des mots clefs et thématiques multiples allant des retraites aux islamistes en passant par les « nouveaux impôts ».

Un joyeux fourre-tout qui joue avec les peurs et les amalgames : peur des islamistes, peur que les retraites baissent, peur de la faillite (« le spectre italien ») et peur des nouvelles impositions. 

 

Août 2013 : INSPECTEUR GADGET

Quelques mois après « Le louvoyeur », voici L’inspecteur Gadget qui débarque en Une du Point. Référence au dessin animé des années 80 (d’un inspecteur un peu fou, désorganisé, bordélique), cette couverture abonde dans la critique de l’amateurisme anti-Hollande.

La typo jaune est immense et représente près de 40% de l’espace visuel de la page.

Le mot « Inspecteur », intrinsèquement, n’est pas des plus reluisants. Il renvoit les français à tout ce qu’ils détestent : être inspectés, contrôlés, surveillés. Ce mot peut s’associer, seul, au visage de la photo.

Le mot « Gadget », quant à lui, barre littéralement le front du président comme un tampon pourrait marquer la personne visée au fer… jaune.

Le tout renvoie à la prétendue incompétence du président, à son amateurisme et utilise ses régulières maladresses (d’attitude) pour présenter une réalité caricaturale sur son action. Notons que l’expression « La rentrée qu’il nous prépare » (en sous-titre) renvoie, une nouvelle fois, au fait de préparer quelque chose de négatif, de « préparer un mauvais coup » en quelque sorte.

Commentaire d’Atlantico (pourtant peu réputé pour ses connivences avec la gauche) : « Le Point nous sert en ce jeudi de rentrée un de ses fameux titres pouêt auxquels il a recours une semaine sur trois depuis l’investiture de François Hollande et qui, une fois sur trois, s’avère payant - en termes de ventes, s’entend. »

 

1er octobre 2015 : Ruses et manipulation du nouveau Machiavel

 

Cette fois, nul besoin de décodage ou de traduction, l’accusation est directe, brutale et sans nuance : le président Hollande est le nouveau machiavel. La sempiternelle typo jaune, au lettrage tellement grand qu’il traverse la couverture de part en part, ; empiète sur le front de l’accusé.

La vue de côté, très appréciée par la rédaction du Point, est de nouveau utilisée pour renforcer l’impression de l’être stratège, cynique, quasi-diabolique. Celui qui tire les ficelles, capable de toutes les machinations, regarde le lecteur d’un air amusé, presque détaché.

Le message de la couverture pourrait être le suivant : derrière ses airs bonhommes et sympathiques se cache, de toute évidence, un être d’une profonde malveillance. Rarement un magazine de presse français n’était allé aussi loin dans le procès d’intention, l’accusation définitive et arbitraire.

En guise de touche finale, le magazine sous-titre « Et si à la fin c’était encore lui ? » comme-ci, malgré l’horreur du personnage, celui-ci réussissait à rafler la mise, une nouvelle fois. De quoi générer une colère des plus violentes à l’endroit du président Hollande…

Comme quoi, en termes de machiavélisme, la rédaction du Point n’a certainement rien à envier à celle de ses ennemis politiques…

Par Denis Morineau
Médias et numérique