Bienvenue sur France Médias
Découvrez le site, ses contenus et son équipe dans Informations (à droite du menu)

Le système Hanouna

Cyril Hanouna a construit, au fil des années, un véritable empire de la production audiovisuelle. Sa société de production H20, filiale du groupe Banijay, produit environ 850 heures de programmes annuels, en hausse de 25% depuis 2 ans... 

Le système Hanouna


Partie n°2 : Hanouna l'hyper riche, les miettes pour les autres

L’homme qui a obtenu un contrat de 250 millions d'euros, avec Vivendi, bâtit son empire en signant des chèques plutôt modestes à ses collaborateurs, devant ou derrière la caméra. État des lieux.

Cyril Hanouna est-il un lecteur assidu d’Edwy Plenel ?

Quand le fondateur de Mediapart écrit que « le secret est par essence contre-révolutionnaire » et que « par conséquent, le régime nouveau se donne pour première ambition de permettre et de mériter la transparence des affaires publiques », il ne vise pas prioritairement le petit monde du PAF.

Pourtant, à l’automne 2016, le chouchou de Vincent Bolloré qui lui a octroyé un contrat de 50 millions annuels sur cinq ans pour ses talk-shows (à commencer par la quotidienne « Touche pas à mon poste » sur C8), se lance dans une grande opération « mains propres ».

Le 20 octobre, dans son émission quotidienne, « Baba » fait mine de dévoiler les cachets de ses propres chroniqueurs (de « Touche pas à mon poste »). Il n’esquisse cependant qu’une sorte de hiérarchie. « C’est en fonction de l’ancienneté » avance Hanouna. Les mieux payés sont ainsi Cauet et Benjamin Castaldi  « parce qu’ils ont une carrière » .

Viennent ensuite « les plus anciens », et ils sont légion : Thierry Moreau, Jean-Michel Maire, Valérie Benaïm, Enora Malagré, Jean-Luc Lemoine et Gilles Verdez. Et les autres ? On en déduit qu’ils sont en deçà.

Quelques mois plus tôt, Thierry Moreau sur RMC avait indiqué percevoir 380 euros par émission. De l’argent de poche, en quelque sorte, pour celui qui est par ailleurs aux commandes de la rédaction de Télé 7 Jours.

Hanouna gagne environ 150 fois plus que ses chroniqueurs

Thierry Moreau est apparu 45 fois de la rentrée de septembre 2016 à la trêve des confiseurs (sur un total de 70 émission). Le calcul est simple : cela fait 17 100 euros au total pour cette première partie de saison, soit plus de 4 000 euros par mois.

Pour autant, quitte à rassurer certains téléspectateurs parfois navrés par l’indigence de certaines prestations des chroniqueurs en question, d’une manière générale, les appointements des « fidèles » de TPMP sont plutôt modestes, de l’ordre de 200 à 500 euros par émission. 

A titre de comparaison, les deux acolytes de Laurent Ruquier le samedi soir dans « On n’est pas couché » perçoivent 1 500 euros par émission (à chacun de juger si leur travail de préparation en amont et la qualité de leurs interviews les justifient…), et sur la 5, Patrick Cohen, Matthieu Noël, Anne-Elisabeth Lemoine et Pierre Lescure touchent 500 euros (on notera qu’ils sont présents à chaque rendez-vous).

« Ma chérie, je ne savais pas... »

Mais il y a un « plus » quand on travaille avec Cyril Hanouna. Il peut en effet vous proposer de le rejoindre lors d’un prime : le cachet passe alors à 1 000 euros.

Toujours est-il que ces « cachets » représentent bien peu par rapport aux 50 millions annuels que verse le groupe de M. Bolloré !

Et ce ne sont pas les appointements des techniciens qui viennent charger la barque.

Employés sous le régime des intermittents du spectacle, une grille conventionnelle fixe leurs minimas de rémunération.

Dans le cas des émissions de Cyril Hanouna, certains sont employés par la chaîne qui met à disposition plateau et personnel de tournage.

Hanouna gagne environ 250 fois plus que ses techniciens

Un cadreur (cameraman), par exemple, peut prétendre selon la grille à 257 euros pour une journée de 8 heures ou 1014 euros pour une semaine de 35 heures.

D’autres sont salariés de la société de production (H2O). C’est le cas des administratifs, par exemple, ou des assistants qui suivent Hanouna et ses adjoints d’une émission l’autre.

Un cadreur (cameraman), par exemple, peut prétendre selon la grille à 257 euros pour une journée de 8 heures

Des petites mains dont le boss feint volontiers d’ignorer les réelles conditions de travail et de rémunération. Par définition précaire (et l’on ne parle même pas des « stagiaires » qui pullulent dans l’audiovisuel privé, pas ou peu indemnisés), le statut d’intermittent n’est pas cependant « hors sol » en terme de droit du travail.

L’affaire Sophie Tissier est à ce sujet exemplaire. Du caractère très inconfortable de ce statut comme de la duplicité de Cyril Hanouna. En mai 2013, cette intermittente militante fait irruption sur le plateau de TPMP dont l’invité n’est autre que Jean-Luc Mélenchon qui assiste, un brin goguenard, à la scène. Elle se plaint de la baisse unilatérale des appointements décidée par D8 (groupe Canal). Cyril Hanouna dit apprendre en direct la situation, exprime sa compassion, abuse de son paternalisme habituel (« ma chérie, je ne savais pas, tu aurais dû m’en parler... »).

La suite ? Sophie Tissier est peu à peu « blacklistée » et Cyril Hanouna ne répond plus au téléphone… En 2016, elle gagne en appel contre la chaîne après avoir été déboutée aux prud’hommes en première instance.

Pas grave. Entre-temps, « Baba » a été gagné par « l’ambition de la transparence... », comme dit Edwy Plenel.

Par Philippe Mellet
Enquêtes, investigation