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Gregory Lassus Debat

Gregory Lassus Debat

Fondateur de Causette

Chez Causette, nous sommes journalistes avant d'être militants

Interview du 02/11/2016


Grégory Lassus-Debat nous confie, avec liberté et détermination, les origines du projet Causette, ses évolutions, ses difficultés mais aussi les immenses joies et espoirs que le magazine suscite chez ceux qui y collaborent tout comme pour ses 120.000 lectrices…

C’était quoi votre vie avant Causette ?

J’ai été et je suis journaliste de presse écrite avant tout ; j’ai réalisé mon premier papier à 18 ans (j’en ai 35 aujourd’hui). Diplômé d’études en sciences sociales, j’ai longtemps été journaliste-pigiste à Charlie Hebdo… J’ai ensuite réalisé une parenthèse « télévision » en ayant participé à une série documentaire sur France 5 qui s’intitulait Verdict. Cette série décrivait des déroulés de procès, non médiatisés, pour mettre en relief ce que les protagnosites disaient de la société et de ses douleurs.

Comment est né(e) Causette et pourquoi ?

Je ne comprenais pas pourquoi la quasi-totalité des magazines féminins proposaient des contenus similaires, réduisant la femme à une position de potiche-consommatrice. Cette presse magazine ne ressemblait pas - du tout - aux femmes de mon entourage (mon épouse, mes amies, mes tantes…).

Je me suis dit qu’il serait bien de créer un magazine féminin qui leur ressemble.

Un homme à la tête d’une cause féminine, est-ce paradoxal ?

Cela ne surprend jamais personne qu’un blanc ou une femme blanche soit engagée dans les causes anti racistes. De la même façon, je pense m’engager aux côtés de « la minorité féminine » (qui représente tout de même la moitié de l’humanité) et là cela surprend beaucoup plus…

… Mais peut-être que chez vous il existe une sensibilité plus grande?

Oui, clairement on ne se retrouve pas journaliste à l’humanité ou à Charlie Hebdo si on est pas sensible à tous types d’injustices.

Quand on évalue l’injustice faite à la moitié de l’humanité... (silence)... Mon féminisme est inclus dans un progressisme, un humanisme plus large et une lutte contre toutes les injustices ; celle-ci demeure néanmoins, pour moi, l'une des plus grandes au monde. C’est quand même l’oppression d’une moitié de l’humanité.

Le nom « Causette », il vient d’où ?

Déjà il y a beaucoup d’auto-dérision dans le choix de ce titre. « Faire la causette », ce n’est pas tenir une conversation hyper élaborée avec son interlocuteur. Cela donne alors au titre du magazine une légèreté qui est tout sauf ce que l’on y trouve à l’intérieur (des sujets durs, fouillés, des enquêtes, des reportages).

C’est une sorte d’auto-dérision qui elle-même prend le contre-pied des positionnements de la presse féminine qui, en général, se prend très très au sérieux.

Et quid de « Cosette », homonyme et héroïne des misérables de Victor Hugo ?

L’idée est d’incarner ce magazine féminin dans une personne (on a été les premiers et les seuls à prendre ce risque). En l’occurrence, dans la peau d’une Cosette dont l’enfance aurait été difficile, qui a grandi, fait des études pour devenir journaliste…

Mais Cosette, c’est un peu le symbole de la femme victime, opprimée ?

Et non! Notre Causette est tout sauf une victime. C’est quelqu’un qui se bat, qui veut remuer les choses et qui affronte le réel ; Causette fait rire, fait réfléchir… Ce magazine est ancré dans la vraie vie ; ce n’est pas un journal qui vend du rêve.

Causette a été pensé pour toucher le public féminin parisien ?

Dans l’idée de l’anti star-système, je ne voulais pas d’un parisianisme ou d’un élitisme tel qu’on peut le ressentir dans beaucoup de titres de la presse féminine. Je voulais que les femmes, où qu’elles vivent, puissent trouver Causette et le lire. Aujourd’hui, 80% de nos ventes se font hors Paris…

Aujourd’hui, nous imprimons en moyenne 120.000 exemplaires tous les mois. Il faut savoir que l’étude de marché initiale, c’était juste mes proches ; c’est avant tout l’intuition qui a guidé la création de Causette.

Qui sont ces lectrices ?

Des femmes confrontées à la réalité de la société. Le cœur des lectrices a entre 25 et 50 ans ; est plutôt « CSP+ » en terme de diplômes plutôt qu’au niveau des revenus. Des personnes bien ancrées dans la vie réelle telles que des enseignants, des infirmières, assistantes sociales, des femmes entrepreneur… Des femmes qui sont dans l’action et confrontées à la réalité de la société en permanence et qui se retrouvent dans la ligne éditoriale de Causette.

J’ai conscience que notre engagement et les thèmes que l’on aborde font que l’on ne pourra jamais prétendre être un journal « très grand public ».

Causette a t’elle une identité et une vocation intimement féministe ?

Vous savez, il y a autant de féminismes que de féministes. On est journalistes avant toute chose ; on est pas des militants. Ce que l’on peut connaître ou savoir du militantisme féministe ne peut pas s’appliquer à Causette parce-que nous sommes des journalistes. Et que notre seule doctrine à nous c’est la véracité des informations. Notre seul phare : la qualité de l’information.

Quid de la fibre féministe du magazine...?

Le féminisme n'est pas une doctrine ni un paradigme comme le communisme peut l'être au travers des rapports de domination. Dans les valeurs de Causette, on défend les causes de femmes sans pour autant en perdre notre lucidité ; on peut aussi réfuter une idée même si celle-ci vient d'une féministe engagée. Dans cet esprit, l'une des plus belles reconnaissance de notre travail a été l'attribution du statut de journal IPG (ndlr : Information Politique et Général).

Statut décerné par le ministère de la Culture...

Oui, c'est le ministère de la Culture qui décide si un journal ou une revue est susceptible de répondre aux critères de qualité journalistique et de lecture citoyenne. Nous sommes très fiers, à Causette, d'être le seul magazine de la presse féminine à disposer de ce statut ; marque de notre engagment pour une information utile et qualitative. On a ouvert une nouvelle voie, comme l'a décrit Télérama, entre la presse féminine et les News (ndlr : hebdomadaires ou mensuels qui traitent de l'actualité).

Causette a traversé des périodes difficiles ces dernières années : fronde d'une partie de la rédaction en 2013 ; mise en protection judiciaire en 2014. Comment avez-vous vécu ces périodes tourmentées?

Gérer une boite, on savait pas comment faire... Causette a grandi ces dernières années, parfois dans la difficulté. Après l'euphorie de la croissance, entre 2009 et 2013, la fracture ouverte vécue en juin 2013 a laissé des traces profondes. Ni mon associé ni moi-même avions conscience de la manière de gérer une boite ; on a appris en même temps que certains déboires nous ont obligé à apprendre et évoluer.

Un capitaine qui n'affronte jamais de tempête, on ne sait jamais si c'est un bon capitaine... On a tenté et réussi de sauver l'entreprise de la liquidation ; le tout en ayant épargné l'emploi et sans diminuer les salaires. 

On a été obligés de passer du mode "relations d'amis" à celles de "relations pros" avant tout. On y a perdu un peu de la passion des débuts mais en même temps c'était une étape nécessaire pour entrer dans une nouvelle phase, une seconde phase plus adulte.

L'avenir de Causette, il se présente comment?

Il y a une population qui a besoin de Causette, qui a envie qu'on soit là. Et nous, on a envie de poursuivre l'aventure. On sait qu'il y a un énorme chantier, que ce soit dans le développement du numérique, dans l'élargissement éditorial de Causette (y compris en termes de sciences humaines, de psychologie/psychanalyse) mais aussi dans l'événementiel et la production que nous développons progressivement...

Merci à vous pour vos réponses précises...

Merci à vous pour l'intérêt que vous portez à Causette.

Recueilli par Denis Morineau
Médias et numérique