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Zidane se joue des médias

Zidane cultive le goût de la victoire comme aucun français avant lui. Il a mené son pays sur le toit du monde footbalistique, offrant à la France les plus grands trophées. Mais Zinedine, c'est aussi la France, les origines  algériennes et les tumultes d'une histoire complexe. Partons à la découverte des visages multiples de ce phénomène médiatique...

Zidane se joue des médias


Episode n°3 : Gloire et sponsoring planétaire

L’égérie d’un pays

Zidane est l’une des personnalités préférées des français et même des sponsors. Même sans ballon, il fait toujours rêver. Le footballeur n’a pas peur des sollicitations. On pourrait croire qu’il s’est effacé derrière l’icône afin de conserver l’esprit libre.  Il est l’égérie d’un florilège d’enseignes couvrant une belle variété de produits, du supermarché pour pauvres aux sacs pour dames, pour lesquels il offre la profondeur de son doux regard charismatique.

Citons Adidas, LeaderPrice, Dior, CanalSat, Ford, Volvic, Audi, Orange, Danone, Groupe Zannier, Generali, Grand Optical...

Mais Zidane ne se contente pas de poser. Il incarne aussi de petits rôles dans des spots. Parmi le plus emblématique du mystérieux personnage, celui de Volvic, en 2000, où il est mis en scène dans un vestiaire pour évoquer sa préparation d'avant-match, avec cette réplique devenue culte « D'abord, la jambe gauche, toujours ». Y-aurait-il un message que seuls les initiés pourraient saisir ?

Les anti-Zidane, car il y en a qui se cachent sur les forums, le surnomment « homme sandwich » ou encore « star du show-biz ». Certains trouvent qu’il gagne quand même trop d’argent, que ça en devient gênant. C’est un sujet récurrent constitutif du football de haut niveau, vis-à-vis duquel, visiblement, on ne peut pas grand-chose. On peut même avancer que cela fait partie du package Zidane et que cela nous permet d’échapper à un monde trop parfait, donc inintéressant.

Joueur le mieux payé au monde

2001 est l’année banco : 15,12 millions, d’après France Football. Zidane devance Tony Parker en 2005 sur le plan français, mais sur un plan international, il n’occupe que la 40ème place, loin derrière Tiger Woods. Mais le footballeur ne compte pas uniquement sur ses salaires. Selon Le Monde, 44% de ses gains proviendraient de contrats publicitaires.

En 2006, au Real Madrid, 6,4 millions sont issus du club espagnol contre 8,4 millions d’euros de droits commerciaux, auxquels s’ajoutent les royalties sur les jeux vidéo et DVD. Enfin, d’après Le Figaro, Zidane toucherait finalement plus de 300 000 euros par match, de quoi changer de chaussettes tous les matins.

La nouvelle aurait pu venir de France, mais mystérieusement, elle arrive de l’étranger, via le quotidien australien Herald Tribune, révélant que Zidane aurait touché 15 millions de dollars pour promouvoir la candidature du Qatar en vue du Mondial 2022. Ne possédant aucun outil de pression sur le quotidien australien, c’est vrai que c’est loin, l’Australie, le footballeur est obligé d’intervenir en expliquant qu’il aurait touché moins du quart de cette somme, ce qui ne fait qu’un peu moins de 4 millions de dollars.

La fortune du footballeur reste cependant difficile à évaluer, d’autant que les espèces sonnantes et trébuchantes ont été réinvesties dans des sociétés qui ont pour mission de faire fructifier l’investissement. 1999 : création de la marque de vêtements « ZZ », gérée par une société suisse.

2000 : Marseille, création de la SARL familiale nommée Zidane Diffusion, au capital de 38000 euros, dont le travail consiste à gérer les droits à l’image du sportif. D’un capital supérieur à 500 000 euros euros, elle innove dans la location d’appartements. Ces sociétés sont gérées par une entreprise « ELT » (initiales des garçons du footballeur) et dirigée par le frère de Zinédine, à Lyon.

Ancien coéquipier du Mondial 1998, Emmanuel Petit, dans son livre A fleur de peau, prend clairement position contre le système Zidane : « On ne peut pas prétendre aider ceux qui en ont besoin tout en servant la cause des grands patrons qui réalisent des bénéfices record sans les redistribuer. »

Actions caritatives

Mais Zinédine Zidane ne fait pas qu’empocher. Il sait aussi oublier le business pour investir dans ce qui est censé ne rien rapporter du tout, du moins en apparence : le caritatif, placement stable et excessivement bon pour le teint de l’image. La communication du joueur nous apprend que le sportif consacre une partie de son temps à Ela, fondation pour les enfants victimes de maladies leucodystrophiques.

On pourrait faire remarquer que les dons sont souvent très intéressants sur un plan fiscal, mais ce serait du mauvais esprit. Rien ne nous dit que Zinédine Zidane n’est pas totalement sincère et qu’il n’a pas été véritablement touché par ces gosses atteints d’une maladie dont on ne sait encore stopper véritablement l’évolution. Sous contrat avec Danone, il est aussi le parrain de la Danone Nations Cup, compétition internationale de football pour les enfants dont les recettes sont reversées à ELA.

Mais on sait également que les grands donneurs sont parfois ceux qui n’apparaissent jamais. On peut être tenté de dire que cela devient sinon une forme de communication, certes louable mais précieuse pour une constitution stable de l’image publique.

En 2005, Zidane consent à devenir le héros d'une bande-dessinée « Champion de vie » (Casterman), dont le fruit des ventes ira à l'association ASMAE - Association Sœur Emmanuelle. Enfin, en 2010, sans doute pour répondre à une vraie attente du peuple Algérien, Zidane fonde sa fondation « Fondation Zinedine Zidane » qui a pour but d’aider les pauvres d'Algérie.

Consécration au bled

Beaucoup d’enfants issus de l’immigration peinent parfois à trouver la juste place entre la France, pays où ils sont nés et où ils ont grandi, et l’évocation fantasmée d’une terre d’origine avec laquelle ils n’ont bien souvent plus le moindre contact et dont ils ne parlent même plus la langue.

Beaucoup se sentent en Algérie totalement étrangers et beaucoup n’osent pas s’y rendre de peur d’éprouver cette intense déception de ne pas être considéré comme algérien, et de n’être, finalement, que de simples français. Cette image rêvée d’une terre d’accueil prend alors l’allure d’une véritable scission identitaire. Seuls ceux qui ont « réussi » en France, peuvent revenir la tête haute, car la réussite sociale permet d’oublier, l’espace d’une visite officielle, une situation toujours complexe entre les deux pays.

En même temps, le site « kabilinews » considère que le protocole de chef d’état imposé à Zidane lors de ses visites en Algérie laisse peu de temps aux visites populaires et que les habitants de la basse et haute Kabylie n’attendent de ce moment que la fierté de recevoir le frère Zidane, un fils du bled, venu soutenir financièrement la clinique de Thénia ou l’école de Dellys.

Zinédine Zidane est reçu avec les honneurs d’un chef d’état et porte sur ses épaules toute la puissance émotionnelle d’un pays qui voudrait se reconnaitre dans son ascension exceptionnelle.

Le silence éloquent de Zidane, que certains jugent suspect, souligne au contraire la toujours sulfureuse relation entre deux nations qui ont appris à grandir ensemble depuis le début du XIXème siècle. Cette guerre libératoire, longtemps baptisée « évènements d’Algérie » s’est noyée dans ses traumas. Et sur les braises de ce conflit aux allures de fratricide, Zinedine Zidane apparait comme un ange venu souffler la parole silencieuse.

Par Hervé Mestron
Médias & réflexions