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Frédéric Taddéï


Portrait de Frédéric Taddéï

Insaisissable Frédéric Taddeï. Intello parisianiste pour les uns, érudit anticonformiste pour les autres, le journaliste et animateur de télé et de radio semble bien se moquer du faux mystère qui l’entoure. Grand amateur d’art et de littérature, ardent défenseur de la liberté de conscience et de parole, il a construit son identité comme on chemine au bord d’un lac, l’esprit libre.

De son enfance, Taddeï garde le souvenir d’un cocon familial protecteur, recroquevillé sur lui-même. Une bulle étanche et douillette, dont il mettra plusieurs années à sortir.

A sa naissance, le 5 janvier 1961, son père est un banquier d’origine italienne qui maintient la famille dans une certaine aisance financière. Frédéric et ses deux soeurs cadettes ne manquent de rien, dans les jupons d’une mère qui gère le foyer à temps plein.

La vie est douce chez les Taddeï, voire ennuyeuse, tous les week-ends dans leur maison de campagne en banlieue parisienne…

“ A 3 ans, je faisais semblant de lire devant les invités”

Le petit garçon s’accommode guère de cette ambiance trop confortable, et trouve rapidement dans les livres, qu’il dévore en cachette, un passage secret vers des mondes fantastiques truffés de personnages qui inspirent et révèlent sa personnalité.

“Mes parents m’ont souvent raconté qu’à 3 ans, quand nous avions des invités, je me plantais devant eux sur le tapis du salon, en faisant semblant de lire un livre” se souvient celui qui maîtrisait la lecture dès la maternelle.

De Tintin à Scott Fitzgerald, Frédéric Taddeï traverse l’adolescence la tête plongée dans tous les ouvrages qui lui tombent sous la main. Une frénésie déconcertante un temps pour ses parents, qui finissent par se résoudre à l’encourager dans cette démarche.

Après tout, chez les Taddeï, le fils aîné est bien libre de faire ce qui lui plaît. Libre justement, il le sera, peut-être un peu trop: après son bac, le jeune homme a délaissé les bandes dessinées pour la littérature, et s’offre une dizaine d’années d’errance.

“Touriste de ma propre vie”

Voyages, rencontres, enrichissement culturel, réflexions sur le sens de la vie et son avenir… Frédéric Taddeï avoue aujourd’hui avoir été le touriste de sa propre vie durant cette période.

Après avoir testé six filières universitaires différentes, sans succès, il termine ainsi son éducation scolaire sans la moindre formation en poche. A 29 ans pourtant, il ne conçoit pas d’aborder la trentaine sans n’avoir rien fait de sa vie :”Je voulais inventer mon propre métier, que personne ne me dise ce que je devais faire, et surtout, avoir l’impression de ne pas travailler”.

Frédéric ne sera pas écrivain, “car il avait trop peur de ne pas être aussi bon que ceux qu’il  vénérait” raconte une de ses sœurs. Qu’importe, il crée en 1990 le magazine trimestriel Maintenant, dont il signe la quasi-totalité du contenu.

L’aventure ne fera pas long feu, mais son style et sa vision avant-gardiste ne sont pas pour déplaire à Jean-François Bizot, le directeur d’Actuel et de Radio Nova. Sous son aile, le jeune journaliste étanche sa soif d’écriture et de littérature, avec une philosophie qui le suivra toute sa carrière: “comment raconter des choses à des gens qui ne liront jamais le livre dont vous parlez?”.

Parallèlement à sa rubrique “J’ai lu pour vous” sur Radio Nova, quelques-uns de ses textes sont publiés dans le sulfureux Idiot International de Jean-Edern Hallier. Une collaboration qui lui vaudra bien des reproches plus tard.

Travailler sans en avoir l’air

Changement radical de décor en 1994. Frédéric Taddeï franchit le mur du petit écran et intègre l’équipe de Nulle Part Ailleurs sur Canal+. Mais là encore, il s’agit pour lui de communiquer sa passion pour les livres au sein d’une chronique qu’il parvient à rendre accessible à tous.

La télévision n’est pas un obstacle en soi, mais le journaliste ne souhaite pas “faire subir” sa présence au téléspectateur. Trop tôt peut-être. La bonne formule se présente à lui en 1998 lorsque Jean-Pierre Elkabbach et Thierry Ardisson lui proposent la présentation de Paris dernière.

Il coiffe sur le poteau Yvan le Bolloc’h et Frédéric Beigbeder, saisit sa caméra au poing, et s’immerge au fin fond des nuits parisiennes pendant six ans sur Paris première. L’art, sous toutes ses formes, y côtoie les soirées mondaines et les rencontres insolites.

Caché derrière son objectif Philippe Taddeï déambule, interpelle, explore, et atteint finalement ce qu’il cherchait: travailler sans en avoir l’air. C’est l’impression qu’il donne également au grand public qui le découvre enfin dès 2000 avec D’art d’art, ce format court diffusé tous les soirs après le journal télévisé de 20h sur France 2.

Une pépite qui résonne comme un accomplissement pour lui: vulgariser l’expression artistique en racontant l’histoire d’une œuvre en moins d’une minute trente! Le succès d’audience est sans appel.

 

“La tolérance, c’est chercher à comprendre pourquoi les gens font ce qu’ils font”

A partir de 2005, le journaliste travaille son sens de l’interview et du portrait dans “Regarde les hommes changer” sur Europe 1, qui deviendra “Regarde le monde changer” en 2009. Lui aussi a changé.

Si réticent à l’idée d’imposer son image au public quelques années plus tôt, il se place en première ligne en 2006 avec Ce soir (ou jamais!), une émission de débats autour des grands thèmes de société.

Le pari est risqué, la mission presque suicidaire médiatiquement, mais France Télévision lui maintiendra sa confiance contre vents et marées, alors que les scores peinent à décoller. L’histoire démontrera qu’elle n’avait pas tort : le journaliste obtiendra le Prix Philippe Cantoni et celui de la meilleure émission en 2007.

Taddeï porte sur ses épaules ce bouillon de culture, et affirme haut et fort qu’à l’image de l’art, nous devons être capable d’entendre tous les discours, toutes les idées, qui façonnent ce monde.

Pour le prouver, il ouvre grand la porte de son plateau à des personnalités contestées comme Marc-Edouard Nabe, Tariq Ramadan, Dieudonné M’Bala M’Bala, Alain Soral ou Alain de Benoist.

Accusé de faire entrer le loup dans la bergerie, Taddeï rappelle que la tolérance c’est aussi chercher à comprendre pourquoi les gens font ce qu’ils font, “Si vous voulez juger quelqu'un, il faut accepter le fait qu'il fait partie du cercle. C'est pour ça qu'on ne juge pas les fous. Mais même les assassins sont des nôtres."

Une personnalité construite et pas malléable

La polémique enflera encore en septembre 2009, après les déclarations de Mathieu Kassovitz sur les attentats du 11 septembre. Elle visera plus précisément le journaliste, accusé de cacher son jeu, sous ses airs de dandy nonchalant.

L’essayiste Caroline Fourest lui reprochera même d’être un “rouge-brun”, en référence à sa collaboration passée avec la bande d’Edern Hallier. Droit dans ses bottes, Frédéric Taddeï lui adressera une réponse cinglante en rappelant à tous ses détracteurs qu’il est arrivé dans le métier à l’âge de 30 ans, avec une personnalité construite et pas malléable :

Je défie qui que ce soit de dire ce que je pense des sujets, des débats que j’anime. Je suis illisible, et je ne vote plus depuis 1995! J’invite des artistes et des intellectuels représentatifs. Je prends garde à ce qu’il y ait des antagonismes, des centristes et des excentriques, des contestataires, des hommes et des femmes, des vieux et des jeunes. Bref, la configuration idéale. Je veux qu’ils aient le temps de parler et qu’ils aient le temps de finir leur phrase. Je rends la parole à celui qui a été coupé. Quand on anime une émission comme celle-ci on doit bien connaître la loi… ». 

Passée du quotidien à l’hebdomadaire, de France 3 à France 2, l’émission survivra aux polémiques jusqu’à sa disparition en mai 2016.

“Rendre intelligible ce qui est intelligent”

Entre-temps, Taddeï a retrouvé les colonnes de la presse écrite avec une chronique mensuelle dans le Figaro (Carnets de voyageurs modernes). Il a effectué également quelques allers-retours à la radio: sur Europe 1 en 2010 (Le débat des grandes voix) et en 2013 (Europe 1 Social club), ou sur France Inter (Tête-à-tête en 2011). Il est également à l’origine du site web de débats Newsring créé en 2011.

Revenu à la télévision pour animer la grande soirée du cinéma tous les jeudis soir sur France 3 depuis 2011, il a fini par reprendre ses habitudes en toute fin de soirée sur le service public avec Hier, Aujourd’hui, demain, depuis la rentrée 2016.

Un magazine mensuel de débats autour de la culture et de la littérature, qui offre une nouvelle possibilité à Frédéric Taddeï de faire ce qu’il a toujours aimé: “rendre intelligible ce qui est intelligent”.

Les premières audiences catastrophiques de ce rendez-vous (très) tardif pourraient être de nature à l’inquiéter, mais le journaliste a prévenu: “Attention, je ne suis pas un homme fini!”


Ses publications

D’Art d’Art !, vol. 1, Paris, Éditions du Chêne, 2008

D’Art d’Art !, vol. 2, Paris, Éditions du Chêne, 2009

Par Bruno Scappaticci
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