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Frédéric Beigbeder


Portrait de Frédéric Beigbeder

Le 9 septembre 2016 sur le plateau du 7/9 de France Inter. Fréderic Beigbeder, tee shirt et lunettes noires commence sa chronique en levant les bras et en poussant des petits cris. On peut aisément et sans trop d’imagination, humer les vapeurs d’alcool émanant de cette grande silhouette dégingandée.

C’est la première chronique de Beigbeder sur France Inter. Il est 8h55. Ce dernier avoue sans complexe ne pas avoir dormi de la nuit et débarquer tout droit de boîte de nuit. Beigbeder ne fait pas dans la demie mesure. Loin d’être hésitant il se lance dans une impro sans bafouiller. Le mot juste.

La cohérence n’est pas au rendez vous, mais qu’importe, ici nous sommes venus écouter Beigbeder. L’enfant terrible, le dandy des temps modernes, l’indomptable Frédéric Beigbeder. Il donne dans l’autodérision, le cynisme et l’irrévérence comme à son habitude. Faute avouée, tout est pardonné.

Lui même le dit : que peut on attendre en invitant Beigbeder à faire une chronique à une heure si matinale, sinon qu’il fasse exactement ce pourquoi on l’a convié. Faire l’enfant au fond de la classe, à l’aube d’une belle gueule de bois. Ricaner d’avoir fait LA bêtise, arriver ivre à la rentrée devant un prof qui voudrait garder son sérieux mais qui ne peut s’empêcher de trouver ce gamin attachant.

Alors oui peut être sommes nous à l’image d’un Patrick Cohen, à la fois gêné et admiratif devant une telle insolence. Chez Beigbeder il y a cette ambivalence, cette aura dont sont coiffés les grands et les pas nets. Ceux pour qui le succès est arrivé par hasard un soir de débauche ou à la fin d’un été studieux.

Ceux qui ne font rien d’autre que ce pourquoi ils sont nés. Si certains s’offusquent de sa nonchalance, allant jusqu’à invoquer la faute grave, beaucoup ne voit chez lui que ce qu’il y a voir : un enfant en costard cravate jouissant de son talent (incontestable ?) et de son goût prononcé pour le plaisir des grands soirs.

Frédéric Beigbeder est né en 1965 à Neuilly sur Seine dans une famille plutôt bourgeoise. Sa mère, Christine de Chasteigner traduit des romans à l’eau de rose et son père, Jean Michel Beigbeder est recruteur.

Le jeune Frédéric passe ses étés à Biarritz et ses hivers chez Castel. Il fréquente des établissements prestigieux passant du Lycée Montaigne à Louis le Grand avant d’intégrer Sciences Po et le Celsa. C’est d’ailleurs sur les bancs de sciences po qu’il crée en 1984, le CACA’S CLUB (acronyme de Club des analphabètes cons mais attachants) et organise des soirées avec ses congénères noceurs, parmi lesquels on retrouve Edouard Baer, Jean François Copé mais aussi Bruno de Stabenrath et bien d’autres.

Il est repéré par Thierry Ardisson qui l’invitera à chroniquer son goût pour la littérature dans ses émissions branchées de l’époque : Bains de minuit ou encore Lunettes noires pour nuits blanches. Il fait alors ses premiers pas dans le monde très fermé du petit écran, la caste de la contre culture où tout semble permis tant qu’on a une belle gueule et deux trois trucs à raconter.

Frédéric Beigbeder en a des choses à dire et c’est en 1990 alors qu’il n’a que 25 ans qu’il publie son premier roman : Mémoire d’un jeune homme dérangé. Si l’on peut tiquer sur le terme « mémoire » il ne faut rien oublier de la culture littéraire du jeune Beigbeder qui fait référence dans ce titre à Mémoire d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir.

Edité en un temps record par la prestigieuse maison d’édition La Table Ronde, Frédéric Beigbeder fait une entrée fracassante dans le monde des auteurs parisiens.

Il dira que ce sésame si facilement obtenu lui vaudra pour toujours son statut de « tête à claques des lettres parisiennes ». Ce premier roman donne naissance à Marc Marronnier, sorte d’alter égo de l’auteur. Il y conte les déboires d’un jeune homme et de sa bande d’amis noctambules.

Il bifurque vers la publicité en 1991 à l’image de son mentor Thierry Ardisson. Il fait ses armes chez CLM/BBDO en tant que concepteur rédacteur, puis chez TWA et Young & Rubicam. Parallèlement, il poursuit la rédaction des aventures de Marc Marronnier avec  Vacances dans le coma  et L’amour dure trois ans.

Pour la petite histoire, le deuxième volet des tribulations de son héros ne sera pas publié par La Table ronde qui recule devant des pages teintées d’alcool et de drogue. Il sera rattrapé en vol par un certain Bernard Henry Lévy qui le publiera sous les prestigieuses couleurs de la maison Grasset.

En 1994, il crée son propre prix littéraire, le fameux Prix de Flore qui tire son nom du célèbre bar du XIème arrondissement de Paris. Chaque année en plus du prix, le lauréat se voit remettre un chèque d’une valeur de 6100 euros et un verre de Pouilly, gravé à son nom. 

Il sort abimé de son expérience dans la publicité et en tirera un de ses plus gros succès. La sortie du brûlot anti pub  99 Francs  marque un tournant dans la carrière littéraire de Beigbeder.

Véritable best seller, son roman met en scène le quotidien d’Octave Parango, publicitaire cynique et révolté contre une société consumériste. Si son roman lui permet de s’ériger au rang des auteurs à succès, il sera aussi la cause de son licenciement pour faute grave par la société Young & Rubicam.

Mais Frédéric Beigbeder assume pleinement son rôle de dénonciateur et ira jusqu’à dire qu’il a écrit ce livre dans le seul but de se faire virer. Est ce une manière de partir la tête haute après avoir été pris la main dans le pot de confiture ?

L’année 2003 est une année importante. L’année de la première consécration avec l’obtention du prix interallié pour son roman Windows on the world. Windows on the World c’est le nom du restaurant qui se situait au 107ème étage des Twins Towers.

Sur la quatrième de couverture on peut trouver ces quelques mots « Vous connaissez la fin : tout le monde meurt (…) Le seul moyen de savoir ce qui s'est passé dans le restaurant situé au 107e étage de la tour nord du World Trade Center, le 11 septembre 2001, entre 8 h 30 et 10 h 29, c'est de l'inventer. ». Tout est dit. Beigbeder cultive son sens de la formule et son cynisme à toutes épreuves. Il s’amuse à brouiller les pistes, à ne jamais dévoiler ses intentions. 

Cette même année et sous la houlette de Michel Houellebecq il accepte de diriger une collection chez Flammarion. Il démissionnera en 2006 après avoir publié vingt cinq livres.

Il ne manque qu’une corde à l’arc du dandy noctambule pour parfaire sa carrière médiatique : la télévision. Après s’être illustré aux côtés de Thierry Ardisson dans les sulfureuses émissions de Paris Première, il prend la tête de sa propre émission : l’Hypershow sur Canal Plus. L’audace et l’impatience de cet enfant pressé ne seront pas payantes.

L’émission est un fiasco et sera déprogrammée au bout de deux mois. Néanmoins il parviendra à réintégrer les bancs de la chaîne cryptée en tant que chroniqueur littéraire auprès de Michel Denisot dans le Grand Journal, puis animera sa propre émission Le Cercle durant plusieurs années.

C’est à cette date l’expérience télévisuelle la plus conséquente (et la plus réussie) de Frédéric Beigbeder. Entouré d’une escouade de chroniqueurs invités à critiquer les sorties ciné de la semaine, il était parfait dans son rôle de maître de cérémonie un peu lunaire.

En 2005, Beigbeder redonne vie à Octave Parango, le héros mutin de 99 francs. Dans  Au secours Pardon, Octave est devenu dénicheur de mannequins dans une Russie pervertie par la richesse mal acquise et l’hédonisme vulgaire.

Son héros oscille entre la volonté impérieuse de jouir de ces plaisirs faciles et le dégoût de sa propre personne, allégorie ou figure emblématique de la société dans laquelle il évolue. Une fois de plus, le cynisme offre à Beigbeder une place de choix : le confort du silence. Sous couvert d’ironie l’on peut dire et taire en même temps.

« J’ai honte d’être tant obsédé par la beauté » lâchera le romancier. Comme son Octave, grand prêtre de l’esthétique haut de couture, Beigbeder est ambivalent, insaisissable, complexe. Il prend la direction de la publication du magazine Lui en 2013.

Ce magazine «  des hommes qui pensent à elle » participe à créer tout ce qu’il dénonce par ailleurs mais la contradiction n’est pas un vilain défaut pour Frédéric Beigbeder qui assume pleinement son rôle et s’amuse des critiques féministes.

Trois des romans de Beigbeder ont été portés à l’écran. Il a assuré la réalisation de deux d’entres eux L’amour dure trois ans et l’Idéal adapté de Au secours pardon.

Les critiques sont loin d’être catastrophiques et n’en déplaise à certains, qui n’y verraient là qu’un caprice, une gourmandise de plus, les films de Beigbeder ont été dans l’ensemble plutôt bien accueillis.

Mais le plus important reste sa carrière de romancier et son couronnement en 2009 avec le prix Renaudot pour « Un roman français ». S’il est considéré comme son meilleur ouvrage, l’écrivain ne s’est pas arrêté la. Prolixe et innarêtable il sort essais et romans jusqu’aux derniers en date « Oona et Salinger » et « Conversation d’un enfant du siècle ».

Il restera quelque chose du passage de Frédéric Beigbeder en ce bas monde. Des images et des mots, une attitude aussi. Un style, de l’audace, de l’insolence et du talent. Beaucoup de talent. Entre son goût pour le cynisme et sa pratique de l’auto fiction, l’on sait finalement peu de choses de Frédéric Beigbeder.

Mais la vérité semble bien fade lorsque l’on peut s’octroyer le luxe de tout inventer. Il ne nous reste qu’à le croire et tenter d’adopter le regard bienveillant du professeur, devant le génie du fond de la classe.

Par Chloé Pangrazzi
Culture, images et nouveaux médias