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La création, symptôme contemporain

Plongée dans l'univers de la création avec Chloé Pangrazzi, jeune scénariste française. Du monde du cinéma à celui de la télévision et jusqu'au web, découvrez les coulisses d'un univers régit par des lois, des règles et des influences souvent méconnues... 

La création, symptôme contemporain


Partie n°6 : Fictions TV françaises, le nouveau souffle (2/2)

C’est une mécanique bien rodée qui laisse peu de place à l’innovation. Prenons un exemple : la série Dix pour cent, adoubée par la presse et le public, a bien failli ne jamais voir le jour.

Si certains sont passés à côté, Dix pour cent c’était la série événement de la rentrée 2015, inspirée de la vie de Dominique Besnehard, elle raconte le quotidien d’une agence artistique fictive ASK au travers des déboires de quatre agents et de leurs clients-stars.

Diffusée sur France 2, elle était à l’origine développée par Canal+ et a mis plus de huit longues années à se monter. Dominique Besneshard qui est à l’origine du projet se rappelle combien le chemin a été semé d’embûches. Les chaînes ne croyaient pas au potentiel du projet, arguant que cela risqué de ne pas plaire à la fameuse ménagère de plus de cinquante ans.

Lorsque l’on sait le succès qu’a rencontré cette série, il aurait été dommage de s’en priver. Alors que la première saison était voulue plus tendre et universelle que si elle avait été diffusée sur Canal plus, il semblerait que la deuxième soit plus libre, moins gaguesque et donc plus profonde.

Le succès rassure, espérons seulement que ne suivrons pas vingt séries du genre. Alors même si le temps de développement fut particulièrement long, cet exemple prouve que l’audace paye. Le problème c’est que beaucoup de programmes n’auront pas cette chance. La chance de faire leurs preuves.

La fiction indépendante garante d’originalité ?

Il est intéressant de constater que c’est justement par la production indépendante, aux Etats Unis dans un premier temps, que la série en tant qu’objet de fiction est devenue mondialement appréciée et reconnue.

En France, quelques producteurs et diffuseurs réussissent à insuffler un vent nouveau sur la fiction française. Ce fut le cas de Canal + avec ses créations originales telles que Kaboul Kitchen, Platane ou encore les Revenants, le Bureau des Légendes et Engrenages, pour ne citer qu’elles.

Mais aussi d’Arte qui ouvre ses grilles à des fictions de niches. On se souvient d’Ainsi soient il  qui a réussit à développer un récit autour de la foi. Ce programme dont la première saison date de  2012 fut un véritable détonateur dans l’univers de la fiction française.

Le p’tit Quinquin également diffusée sur la chaîne franco-allemande apporte un peu de fraicheur au genre policier en en déjouant totalement les codes. Il y a également OCS, qui en plus de faire confiance à la jeune génération démocratise le format 26minutes, cher à nos amis américains, en proposant des séries dans l’air du temps tels que Les Grands ou encore Irresponsable, le tout avec un budget moyen de 80000 euro par épisode.

N’oublions pas le service public, France 2 en tête qui commence à tendre la main à des programmes moins consensuels, dans le souci de rajeunir son audience. Derrière ces séries, des auteurs et des producteurs qui croient en un espace de fiction plus libre et ne demandent qu’à ouvrir un espace encore trop cloisonné.

La fiction française a eu du mal à s’imposer et c’est à tâtons qu’elle a trouvé la voie du succès. Beaucoup d’exemples le prouvent, la France est capable de produire de la fiction de qualité. Il faudra réussir imposer un cadre institutionnel et créatif cohérent avec les moyens et les envies qui sont les nôtres.

La démocratisation du showrunner, sorte de directeur d’écriture,  garant de la bonne conduite d’une série, peut laisser espérer la mise en place d’un rythme de production plus constant, éviter les délais trop longs entre deux saisons, voire l’arrêt brutale au bout d’une seule.

Pour le public, rien de plus frustrant que cette deuxième hypothèse qu’il faut donc parvenir à éviter en impulsant plus de dynamisme et maintenant l’énergie créative des auteurs. La série française peut tout si l’on lui donne les moyens d’exister.

Par Chloé Pangrazzi
Culture, images et nouveaux médias