Bienvenue sur France Médias
Découvrez le site, ses contenus et son équipe dans Informations (à droite du menu)

La création, symptôme contemporain

Plongée dans l'univers de la création avec Chloé Pangrazzi, jeune scénariste française. Du monde du cinéma à celui de la télévision et jusqu'au web, découvrez les coulisses d'un univers régit par des lois, des règles et des influences souvent méconnues... 

La création, symptôme contemporain


Partie n°5 : Fictions TV françaises, le nouveau souffle (1/2)

Engrenages, Dix pour cent, Fais pas ci, fais pas ça, Le bureau des légendes, Les revenants, Un village Français cette liste non exhaustive témoigne du succès grandissant de la fiction française. Qu’elles séduisent en France ou à l’étranger, le destin de ces séries serait il synonyme d’un regain d’intérêt pour les créations télévisuelles made in France ?

Ripostant tardivement mais avec talent à la forte concurrence des séries étrangères, américaines en tête, la fiction française séduirait de plus en plus. Le public français délaisserait même ses séries anglo saxones favorites pour se tourner vers l’offre hexagonale.

Le top 100 des meilleures audiences de 2016 va dans le sens de ce constat, puisque les séries françaises occupent 38 places du classement, soit 5 places supplémentaires par rapport à l’année précédente. Pourtant face à ce plébiscite inédit, certaines voix s’élèvent et déplorent le manque d’originalité des créations françaises.

Parmi les critiques récurrentes l’on trouve aussi le problème de la sous représentation des minorités et la difficulté de rendre visible les spécificités de la société française. Enfin, sont aussi pointées du doigt les périodes de développement excessivement longues qui laissent parfois passer plusieurs années entre deux saisons.

Remakes, polars et séries familiales

La fiction française connaîtrait un nouveau souffle et on s’arracherait même certains programmes au quatre coins du monde. Engrenages s’est vendue dans 170 pays et les Témoins diffusé sur France 2 dans 50, la série Les Revenants  a été adaptée aux Etats Unis sous le nom Returned et Netflix a acquis les droits de diffusion de Dix pour cent pour 54 pays.

Alors oui, la fiction française serait devenue plus qualitative et l’on ne peut que s’en réjouir. Néanmoins, au vu de l’offre, le constat est tout de suite moins réjouissant. Mis à part quelques cas isolés, que nous n’avons d’ailleurs pas manqué de citer, on peut déplorer le peu de place laissé aux véritables créations originales.

En effet, le polar, les séries familiales et les remakes de formats étrangers ont tendance à monopoliser les grilles de programmes des chaînes françaises. Le secret d’Elise, carton d’audience pour TF1 est une adaptation de la série britannique Marchland, de même que Rita, diffusée sur la même chaîne est un remake de la série danoise Sam.

France 2 ira plus loin en développant une version française de l’excellente Broadchurch, intitulée Malaterra, avant d’acquérir les droits de diffusion de la série originale. Même si la chaîne affirme que Malaterra n’est pas un copié-collé de sa cousine britannique, on peut douter de l’intérêt d’une telle démarche.

L’autre constat que nous pouvons faire en étudiant l’offre télévisuelle française c’est la présence accrue de polars. Les français seraient ils à ce point sensible à l’univers juridico-policier ? Si l’on en croit les audiences de certaines séries comme Profilage (TF1) ou encore Chérif (France 2) il semblerait que oui.

Ces deux séries, comme certaines de leurs ainés enregistrent des scores incroyables, supplantant parfois leurs consoeurs américaines diffusées sur les mêmes canaux. Si l’on ne peut que féliciter ce succès, il est aussi malheureusement, vecteur d’un certain immobilisme car il légitime la politique de production française.

Fort d’un succès sans précédent les diffuseurs brandissent cet argument à tout ceux qui tenterait de bifurquer vers d’autres voies, de briser le consensus. Les grandes chaînes ont du mal à se tourner vers des sujets jugés trop clivants préférant miser sur des formats et genres qui font recette.

Fédérer autour de sujets qui ne choqueront pas les enfants et n’ennuieront pas leurs parents au risque de livrer un contenu lisse. L’autre problème franco-français c’est bien cette incapacité à représenter les spécificités de notre société. Au contraire des pays scandinaves qui réussissent à ancrer leurs récits dans un contexte reflétant leurs problématiques sociétales propres.

A trop vouloir copier le modèle américain, nous en avons oublié de parler de notre société, de ses codes, de ses contradictions et finalement d’en faire un portrait réaliste. Car trop souvent et à tord d’ailleurs, réalité rime avec morosité dans l’esprit des diffuseurs.

Il ne s’agit de rentrer dans étude sociologique permanente et chirurgicale mais simplement de ne pas s’interdire de parler vrai ou au minimum de soigner quelques détails évidents. Car souvent il ne reste que le souvenir de personnages pantins remplissant une fonction (le juge, le flic, la grand-mère etc.) permettant l’avancée d’un récit implanté dans un décor auquel on ne croit pas.

En somme, une offre fictionnelle répondant aux attentes d’un public vieillissant plutôt qu’à l’envie de tendre la main à toute une génération qui a déserté le petit écran.

L’homogénéisation de l’offre : A qui la faute ?

Cette question revient à demander «  qui de la poule ou de l’œuf est arrivé en premier ? ».  Les auteurs accusent les distributeurs et les producteurs qui eux rejettent la faute sur les réglementations budgétaires et puisque le secteur souffre justement de l’absence de cadre, notamment en ce qui concerne les auteurs, on analyse les faits, on constate et on agit en conséquence.

Ainsi si tel format marche à l’étranger fort est à parier qu’il marchera en France et si une série policière réalise une belle audience, pourquoi pas les vingt qui suivront. C’est un peu la logique que les producteurs indépendants combattent depuis quelques années.

Le secteur de la production télévisée est trusté par quelques grands groupes, parmi lesquels Newen, Europarcorp, Endemol, Lagardère, Elephant&Cie, à qui les grandes chaînes comme TF1, M6 et France Télévisions commandent des programmes de flux et de fiction.

Les producteurs indépendants peinent donc à imposer leurs idées et à trouver grâce aux yeux des diffuseurs pour qui il est plus sécurisant de se tourner vers ces holdings capables de créer de la fiction sur commande...      

                                                  Suite de cette partie dans "Fictions TV françaises, le nouveau souffle (2/2)"

Par Chloé Pangrazzi
Culture, images et nouveaux médias