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Joël Bassaget

Joël Bassaget

Scénariste pour la télévision

Sur le web, on évite la censure  que les chaines ont tendance à pratiquer en fonction des désirs supposés de leur public

Interview du 11/01/2017


Joël Bassaget est scénariste pour la télévision et animateur de blogs autour des séries télévisées. Il nous répond et nous ouvre les portes de son univers atypique...

Pouvez vous nous parler de votre parcours en quelques mots ?

J’ai 51 ans. J’écris des scénarios pour la télévision depuis 1990. Avant tout, je suis un passionné de narration sérielle. Après avoir animé pendant deux ans sur LeMonde.fr le blog « 720Lignes » consacré à l’Histoire des séries télé, j’ai créé en 2012 le blog « Des Séries et des Hommes » pour Liberation.fr, celui-ci dédié à l’analyse du « phénomène séries » en général.

Durant cette période, j’ai participé à la rédaction de deux ouvrages spécialisés : « Sériescopie » (avec Pierre Serisier et Marjolaine Boutet) et « Créatures, les monstres des séries télé » (avec Amandine Prié. En 2014, j’ai laissé ce blog aux mains de Benjamin Campion pour créer « Web Séries Mag ». Dernièrement, j’ai publié « Le Guide des Webséries – La nouvelle vague » aux éditions Over the Pop.

Comment est né votre blog web séries mag ? Quelle est sa vocation ?

Le blog est né de mon intérêt grandissant pour le nouveau format sériel des webséries. J’ai vu ce phénomène grandir et j’ai voulu en témoigner parce que personne d’autre ne le faisait, en tout cas dans l’espace francophone. Le but du blog est multiple. D’abord bien sur il s’agit de chroniquer les webséries, d’informer le public sur les nouveaux titres disponibles, ce qu’il faut voir. Mais le blog est aussi tourné en direction de la communauté des créateurs et a pour vocation de leur donner des informations pratiques sur l’évolution du marché, les opportunités, les festivals etc…

Quand et pourquoi vous êtes vous passionné pour les web séries ?

En fait je dirais que je suis tombé dans la marmite quand elle était encore presque vide ! J’étais connecté à Internet dès 1995 et à cette époque où il n’y avait ni moteur de recherche, ni Youtube, ni streaming, je « surfais » à la recherche de créations originales. Oui, je suis un Geek du web ! Je me suis naturellement intéressé avant tout aux fictions qui étaient d’abord extrêmement rares, mais qui ont commencé à bourgeonner sur le net à partir de 1999, puis à fleurir dans les années suivantes.

J’ai assisté « en direct » à l’essor des webséries et j’ai été le témoin de l’explosion du phénomène. Au final, plutôt qu’inonder les mails de mes amis avec mes découvertes, j’ai décidé d’en parler « publiquement », puis de m’y consacrer pleinement parce que je suis persuadé qu’il ne s’agit pas d’une mode, mais bien de l’émergence d’une nouvelle forme d’écriture audiovisuelle qui mérite d’être promue et étudiée.

Grâce à votre blog vous rendez visible le travail de nombreux réalisateurs, à ce titre vous sentez vous prescripteur dans ce domaine ?

C’est comme ça que me définissent les attachés de presse et certains journalistes ! Si c’est vraiment le cas j’en suis ravi car mon but est de donner un maximum de visibilité à un maximum de programmes. Je remarque effectivement que mon travail est devenu une référence. C’est sur mon blog que des journalistes vont chercher des informations sur des webséries à chroniquer ou proposer à leurs lecteurs et je peux voir avec plaisir que mes chroniques sont souvent suivies d’autres publications dans d’autres médias.

J’en suis vraiment très heureux. D’autre part, je suis toujours disponible pour répondre à toutes les questions et je suis devenu une source pour pas mal d’émissions ou de journalistes qui m’interviewent à propos des webséries. Là encore, cela me ravit car j’ai une passion « militante » et je veux aider autant que je le peux à faire découvrir ce nouveau domaine de la création audiovisuelle où s’investissent tant de jeunes talents.

Comment choisissez vous les web séries dont vous allez parler ?

Je me laisse d’abord guider par mes coups de foudre. Je visionne des webséries tous les jours. Il y a des jours sans, où je m’ennuie un peu à visionner des programmes dont la qualité ou l’originalité me paraissent « en dessous de la moyenne », mais régulièrement et même assez souvent, je suis séduit, épaté, conquis par une websérie que je découvre. Alors je me lance aussitôt dans la rédaction d’une chronique.

Mais ma liste de choses à voir s’allonge toujours plus et il y a parfois un délai entre mon coup de cœur et ma chronique. Car de plus en plus, les auteurs connaissant mon blog me soumettent leurs projets, leurs pilotes, leurs saisons. Il y a des nuits presque blanches au moins une fois par semaine. Aussi, j’essaye de ne pas être « blasé » et de garder mon enthousiasme. Mais franchement, je suis plutôt bon public.

De plus en plus de jeunes réalisateurs et auteurs se tournent vers le web, comment expliquez vous ce phénomène ? Qu’en pensez vous ?

Faire du cinéma ou de la télévision, c’est le rêve de tous ces jeunes. Mais le cinéma et la télévision leur offrent peu d’opportunités et les portes de ces deux mondes sont très difficiles à ouvrir pour des débutants, même passionnés et bourrés d’idées et de talents. Le web leur offre la possibilité de montrer ce qu’ils veulent faire, ce qu’ils savent faire et de le faire sans attendre l’accord d’un comité de lecture parisien.

Également, sur le web ils évitent la censure et la « réécriture » que les chaines ont tendance à pratiquer en fonction des désirs supposés de leur public ou des contraintes de leur ligne éditoriale. Ils y font ce qu’ils veulent et comme ils le veulent. Et finalement, c’est aujourd’hui sur le web que toutes les chaines tournent leurs regards, pour y trouver les sujets, les traitements et les talents à produire. Le web est devenu le laboratoire et l’incubateur de la télévision de demain.

Que peut on trouver dans votre ouvrage le Guide des Web Séries ?

C’est avant tout un guide et on y trouve donc des dizaines de webséries à voir, classés par genre et par thèmes, pour tous les gouts et accessibles gratuitement. J’en ai sélectionné 300. J’aurais pu en mettre plus, mais je manquais de pages et avec mon éditeur, nous voulions aussi faire un beau livre avec beaucoup d’illustrations et une jolie maquette. Il y a aussi une introduction au « phénomène » des webséries et une Histoire de ce phénomène afin de bien comprendre les spécificités de ce nouveau format sériel.

Pouvez vous nous dire quelques mots sur le festival Connect e Cut ?

Le Connect-E-Cut est un festival que j’ai vraiment apprécié au point de m’engager dans son équipe comme conseiller et ambassadeur. C’est un événement unique qui rassemble toutes les cultures du web : les webséries, les jeux vidéos, les youtubeurs… Le festival va évoluer pour se transformer en une véritable biennale des Arts Connectés. C’est une magnifique idée portée par une équipe d’un dynamisme et d’une créativité sans bornes et je suis fier de la soutenir.

Recueilli par Chloé Pangrazzi
Culture, images et nouveaux médias