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Bernard Tapie, roi des médias

Du jeune chanteur en quête de reconnaissance au businessman à qui tout réussi, découvrez la vie romanesque de Bernard Tapie.  Réussites, insuccès, ruine puis renaissance ; autant de moments de notre histoire collective et de celle de nos médias...

Bernard Tapie, roi des médias


Episode n°6 : En politique, Tapie est-il un saint?

Avec Bernard, tout est toujours passé par la relation humaine, les antennes masculines, à défaut de diplôme ou d’arbre généalogique. Il est probable que la réussite, lorsqu’elle est atypique, prend une valeur toute particulière dans les arcanes de l’establishment.

D’où un accueil circonspect de ses pairs en politique. Tapie échappe à l’analyse rapide et binaire. Il est finalement aussi imprévisible qu’un ballon de rugby. Mais on ne peut pas lui reprocher de n’avoir jamais essayé de se faire passer pour quelqu’un d’autre que lui. C’est la cash attitude, du moins dans sa communication.

Evidemment, son statut d’homme d’affaires de haut niveau lui donne l’occasion de fréquenter le gotha. On pourrait même penser que Bernard, ayant toujours été désireux de faire une carrière politique, s’est d’abord attelé à devenir expert en son domaine pour être pris au sérieux.

Il est, dans ces années 1990, un personnage public, nettement plus populaire que les lieutenants du PS et sa force de frappe dépasse de loin l’armement politicien ronronnant et prévisible. Aussi, quand Jacques Séguéla le présente à François Mitterand, le chef d’état tombe sous le charme de ce garçon brillant et décomplexé à qui il va réserver la sixième circonspection des Bouches-du-Rhône pour la ramener à gauche.

Cadeau empoisonné. Soutenu par le professeur Claude Cherman, co-découvreur du virus du sida, sous le label Majorité Présidentielle, Tapie parvient contre toute attente à être élu député avec 50,9 des voix. Encore une fois, Bernard montre à quel point il est capable de ne jamais se dégonfler. Au fond, la politique semble lui aller comme un gant.

Il ose, voilà sans doute son secret. Rien ne lui fait peur, contrairement à d’autres, les politiciens de salon ou d’hémicycle. En 1989, TF1 invite les ténors du PS, PC, RPR UDF à affronter Jean-Marie Le Pen lors d’un débat télévisé. Tout le monde se désiste, sauf un, Nanard. TF1 réalise un record audience.

Jean-Marie Le Pen ne pèsera pas lourd face à lui. On a même l’impression que Tapie peut le broyer d’un instant à l’autre. C’est peu de dire que ce débat montrant l’étendue son courage lui offrira une popularité à faire pâlir de jalousie les cadors de toutes les obédiences, à commencer par celle de la gauche.

Et Bernard de pousser plus tard le bouchon encore plus loin en insultant directement les électeurs du FN, ce qui lui vaudra un nouveau petit scandale et procès tout à fait bienvenus dans son dossier.

Nous le savons, sous Bérégovoy, Bernard devient ministre de la Ville et il est vrai que la nomination de d’homme d’affaires dans un gouvernement de gauche fait couler beaucoup d’encre. En même temps, suite à sa mise en examen dans l’affaire Toshiba, son passage au gouvernement sera éclair. Obtenant un non-lieu, il tentera de revenir en politique, mais trop tard. La gauche balayée, le gouvernement de Balladur succèdera à celui de Bérégovoy.

Tout en assurant la turbulente présidence de l’OM, Bernard continue la politique dans les Bouches-du-Rhône, non sans un certain succès. Mais l’affaire OM/Valenciennes ne lui permet pas de poursuivre malgré la création du Mouvement des Radicaux de Gauche (MRG). Et, longtemps pressenti pour la mairie de Marseille aux élections municipales de 1995, il devra cependant y renoncer en raison de nombreuses poursuites judiciaires. En septembre 1996 enfin, il est déchu de son mandat de député. 

Bernard Tapie a-t-il scénarisé sa vie ? Est-il la marionnette dont on voudrait qu’elle continue sans cesse de nous étonner, voire de nous amuser ? Personne ne pourra sans doute jamais répondre, pas même l’intéressé, tant l’action préside à la construction de son image.

Retrouvant son éligibilité en 2003, il appelle à voter « contre Jean-Marie Le Pen » pour le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002. Pour l’élection présidentielle de 2007, il affirme, avant les primaires socialistes, sa nette préférence pour Dominique Strauss-Kahn. Du coup, il apportera son soutien à Nicolas Sarkozy au détriment de Ségolène Royal. Aussitôt exclu du MRG, il le réintègre néanmoins en 2010 sans briguer cependant des responsabilités.

Nanard pense certainement à une nouvelle chanson, « come-back », revenir tranquille mais surement sur les bancs de la république, il le confirmera d’ailleurs en exclusivité dans le JDD.

Pour beaucoup d’observateurs, le « retour » de Tapie serait un moyen de pression sur les politiques. Certains l’ont même plus ou moins comparé à Berlusconi, revenant toujours en politique pour tenter de régler ses propres affaires avec la justice.  

Surtout, rien ne va plus dans l’affaire qui l’oppose au crédit Lyonnais. En effet, en 2005, nouveau coup de théâtre : la Cour d'appel de Paris condamne les époux Tapie, leurs sociétés et leurs liquidateurs judiciaires à rembourser les 285 millions d'euros, soit 404 millions avec les intérêts, versés en vertu de l'arbitrage qui a soldé en 2008 leur litige avec le Crédit Lyonnais sur la revente d'Adidas. Précisément 404.623.082 euros et 54 cents !

La réaction de Bernard Tapie ne se fait pas attendre. Par l'intermédiaire de son avocat, il dénonce la décision "invraisemblable" et la qualifie de "déni de justice pur et simple".

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Nanard dit aujourd’hui vouloir barrer la route au FN, mais c’est comme s’il n’avait pas pris la mesure du changement ni de l’importance acquise par le parti d’extrême droite depuis les belles années 80 où tout le monde clopait sur les plateaux télé. En effet, la sphère FN a beaucoup évolué et Bernard ne peut pas espérer la combattre avec les armes d’hier.

Pour l’heure, à part un éventuel retour simili vintage, il ne propose aucun chemin crédible ou créatif. Devenu patron de presse, il n’a pas encore usé de son pouvoir pour barrer la route à Marion Maréchal Le Pen dans sa région.

 Il y a vingt-huit ans qu’il a affronté le patriarche lors d’une soirée télé. Les buteurs d’autrefois sont-ils capables encore de tirer dans un ballon et de surprendre une défense adverse ? Raisonnablement non.

Avec Nanard, on ne sait jamais où le ballon est capable de rebondir. Mitterand n’est plus là pour glisser sa main dans la surface de réparation. Au fond, on se demande maintenant où sont ses appuis politiques. En possède-t-il encore un seul ? Existent-t-elles encore ces personnes qui, subjuguée par le charisme de l’ancien crooner, disaient amen à tout ?

Son image est aujourd’hui très brouillée et tout le monde semble avoir un peu oublié Bernard. Tout le monde, sauf peut-être la justice. Ses mésaventures judiciaires ne jouent plus en sa faveur. Le côté bad boy à la rhétorique de cow-boy ne séduit plus les foules. Les gens ont trop vu, trop goûté les affres des uns et des autres.

Le peuple s’est senti véritablement dindon de la farce en découvrant des dirigeants ripoux. Aujourd’hui, les gens attendent, peut-être à tort, un label certifié, incorruptible, bref, une sorte de saint pour remettre les pendules à l’heure.

Des lors, la question s’impose : Tapie est-il un saint  ?

Par Hervé Mestron
Médias & réflexions