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Emmanuel Chain


Portrait de Emmanuel Chain

Difficile, encore aujourd’hui, de ne pas associer naturellement Emmanuel Chain et Capitale. Les mauvaises langues iront jusqu’à dire que l’un n’aurait jamais existé sans l’autre. Ajoutons simplement, et vice versa. Mais à l’image de l’émission qui l’a survécu, son créateur et présentateur emblématique peut regarder l’horizon sans plisser les yeux: le relais entre le journaliste et le producteur est passé sans encombre, et la piste est dégagée. Il peut également se retourner sans vaciller, car pour en arriver là, Emmanuel Chain possède le grand mérite d’avoir eu les bonnes idées, aux bons moments.

La première est née dans un grenier, où l’enfant dévore des numéros de Paris Match: “J'étais transporté par les récits des grands journalistes d'après-guerre, et les numéros de Match, que ce soit le récit de la guerre du Vietnam ou celui du mariage de Grace de Monaco. Ces histoires avec des héros, connus ou inconnus, m'ont nourri. Et donné envie d'être journaliste.”

Emmanuel est le fils d’un neurologue. Sa mère est passée par Paris-Match avant de devenir psychotérapeute. Pour l’anecdote, c’est un jeune photographe stagiaire du nom de Jean-Marie Perrier qui immortalise les premières heures de sa naissance, peu après le 5 août 1962 à Neuilly-sur-Seine.

Studieux, auteur d’une scolarité brillante et sans histoire, il continue à développer son goût pour l’information à l’adolescence. Il ne manque aucun flash d’actualité à la sortie du collège, et découvre la presse au côté de sa grand-mère juive allemande, interprète pour France soir.

Le jeune garçon se verrait bien dans la peau d’un présentateur de journal télévisé, mais il aime aussi l’histoire, les maths, la philo… et l’économie. A bien y réfléchir, il ne souhaite pas non plus être enfermé dans une case, plus tard, et son indépendance n’est pas négociable. HEC s’imposera,  “Pour rester libre, pour la suite, et puis pour tout ce qu’il y a de “vivant” dans l’économie.”

Journaliste: “Il faut être un peu voyou pour faire cela!”

A sa sortie, en 1985, ses premiers pas professionnels sont réservés à  Danone. Le jeune homme de 23 ans est alors responsable du département marketing un an plus tard à Turin, lorsque la voix matinale de Guillaume Durand sur Europe 1, est tout ce qui le rattache à la France.

Invité par cet ami de la famille quelques temps plus tard à assister à une de ses émissions, c’est le déclic, Emmanuel veut être journaliste, il n’y a plus aucun doute cette fois-ci. Chacun interprétera à sa façon la réaction instantanée de sa mère: “Mais toi, tu es trop bien élevé. Il faut être un peu voyou pour faire cela!”...

Deux ans à peine après HEC, le changement d’univers est radical en 1987 quand il décroche son premier stage à France Inter. Mise à part la présentation de quelques flashs de nuit, c’est surtout la couverture de la fin du procès de Klaus Barbie qui lui offre son premier quart d’heure de gloire, un peu par hasard

Profitant d’une indiscrétion, il parvient à interviewer l’avocat Jacques Vergès par une porte dérobée. Rejoint par toutes les équipes de télévisions présentes ce jour-là, il apparaît le soir même à ses côtés, dans tous les JT.

L’histoire s’accélère la même année: “Ce passage à France Inter a été déterminant. J’y ai vécu des expériences très variées à l’antenne. C’est lors de l’été 87, et peu après la création de M6, que son directeur Nicolas de Tavernost m’a contacté. Il m’avait entendu à la radio… Il me proposait de « parler » d’économie, au regard de ma connaissance de l’entreprise acquise grâce à HEC.

Et j’ai commencé par un format d’une minute trente, tous les jours en clôture du journal.”  M6 Finances est né, le même jour qu’Emmanuel Chain, présentateur de télévision. Ce résumé des infos financières de la journée s’ajuste pendant un an, avant la création, le 1er octobre 1988, de Capitale.

Capital: “entre le nanar et le film érotique”

D’abord axé sur les coulisses de la bourse, le rendez-vous s’installe le dimanche soir, “entre le nanar diffusé 25 fois et le film érotique”. Devant le succès qu’il rencontre, notamment auprès des professeurs de sciences économiques et sociales au lycée, le magazine étend sa durée, de 15 à 30 minutes, et s’attache à décliner et à vulgariser des thèmes économiques pour le grand public.

Les bons plans, l’immobilier, les vacances, les grosses fortunes… tout y passe, et le capitalisme devient à la portée de tous. Capital, c’est un peu “l’économie pour les nuls”, avec un ton décontracté et novateur pour l’époque. Le traitement ultra pédagogique des sujets, et l’omniprésence inédite de chiffres font mouche, et serviront de référence.

En octobre 1994, Capital passe à la vitesse supérieure. Consciente de ne pas pouvoir concurrencer sur leur terrain TF1 et France 2 le dimanche soir, M6 tente le pari audacieux et visionnaire de propulser le programme face à elles, en prime time. Poussée à 90 minutes, tous les quinze jours, la contre-programmation opère bien au-delà des espérances, et sur la durée.La campagne publicitaire choque de l’époque parle d’elle-même: “Ce journaliste n’ennuie que les entreprises qui ont quelque chose à cacher."

Emmanuel Chain est l’incarnation de ce triomphe. Entre 1997 et 1999, il remporte trois sept d’Or consécutifs (deux autres pour l’émission en 1998 et 1999), se voit nommé directeur de l’info et des magazines d’info de la chaîne, et fait partie des quatre journalistes chargés d’interviewer le président Jacques Chirac à L’Elysée en décembre 1996. Mais l’homme, qui a toujours été animé par la création et la nouveauté, ressent le besoin de changer d’air après quinze années passées sur M6.

Trois échecs consécutifs sur Canal+, M6 et TF1

La suite ne sera pourtant pas aussi idyllique pour le présentateur. En 2003, il annonce son départ surprise de la chaîne, et une arrivée fracassante sur Canal+, avec l’un des défis du PAF les plus impressionnants à relever: faire oublier Nulle part ailleurs! Une seule petite saison aura raison de la nouvelle formule intitulée Merci pour l’info, renvoyée dans les cartons, faute d’audience. Un échec pour Emmanuel Chain, suivi d’un retour à la case départ, sur M6, tout aussi chaotique avec Soyons Direct, balayé de la grille deux mois après son lancement.

L’épisode Haute définition sur TF1 ne sera guère plus glorieux en 2010. Trois numéros solderont la collaboration avec la première chaîne, accompagnés de vives polémiques au sujet de plusieurs reportages. On se souviendra notamment de “Mon voisin est un dealer”, accusé d’avoir provoqué une vaste opération de police dans un quartier juste avant sa diffusion, ou de l’invraisemblable histoire des indiens Yawalapiti, présentés à tort comme membres d’une tribu brésilienne totalement isolée du monde…

Le présentateur s’efface derrière le producteur

Autant de controverses qui tranchent avec le sérieux et l'honnêteté dont Emmanuel Chain a toujours fait preuve. Mais si le grand public associe le présentateur à ces mésaventures, il est loin de se douter que l’homme des médias mène une double vie depuis 1999, derrière laquelle il va se retrancher pour mieux rebondir.

On ne retrouvera plus le journaliste à la présentation d’un magazine en effet, mais dans la peau du co gérant de la société de production audiovisuelle Eléphant et compagnie fondée dix ans plus tôt avec François Bizot (ancien directeur de la musique et des magazines sur M6).

Leur société (dont le nom est un hommage au film culte d’Yves Robert Un éléphant ça trompe énormément), est présente sur tous les fronts via ses sept filiales: le magazine (Sept à huit; Droit d’inventaire...), la fiction (Fais pas ci, fais pas ça; Workingirls…), les documentaires pour toutes les chaînes, ou encore le divertissement (Actuality; Petites confidences entre amis; Wold poker tour...).

Elle se distingue entre autres en 2012 avec la diffusion mondiale en exclusivité d’un documentaire sur Usain Bolt juste avant l’ouverture des Jo de Londres. A ce jour, Eléphant & compagnie emploie 12 personnes et compte comme l’un des plus gros fournisseurs indépendants de contenus sur la place parisienne.

Le journalisme et l’économie réunis

Emmanuel Chain a connu la douleur de perdre subitement son épouse Valéry Guignabodet. La réalisatrice de Mariages (2002), Monique (2001), ou encore Divorces (2009), a été emportée par une crise cardiaque à l’âge de 50 ans. En retrait dans les médias depuis ce drame survenu en février 2016, il continue son chemin.

Malgré cet accident de la vie et quelques sorties de route professionnelles, Emmanuel Chain, toujours en quête de nouveauté, a finalement réuni au sein de sa société ses passions pour le journalisme, les programmes de qualité… et l’économie:”Je peux vous assurer que la gestion d’Elephant et compagnie est sans faille, j’ai été à bonne école chez M6!”. Pour ça effectivement, on peut lui faire confiance.

 

Par Bruno Scappaticci
Sport, divertissement et musique