Bienvenue sur France Médias
Découvrez le site, ses contenus et son équipe dans Informations (à droite du menu)

Elle
Elle



Évaluation Elle

“ Fashionista avant tout, le réel attendra... ”

ELLE est un hebdomadaire féminin créé en 1945 par Hélène Lazareff et Marcelle Auclair, et aujourd’hui la propriété du Groupe Lagardère. Dès la création du magazine, le ton est donné : « Le sérieux dans la frivolité, de l’ironie dans le grave ».

ELLE s’éloigne peu à peu des catalogues de Haute Couture avec patrons en vigueur pour entrer dans la philosophie libératoire du prêt-à-porter jusqu’à atteindre les 600.000 exemplaires grâce à Brigitte Bardot, alors égérie nationale. Les années 1960 marquent le début d’une collaboration étroite et durable avec Ungaro, Cardin, ou Saint-Laurent.

ELLE possède aujourd’hui 46 éditions internationales et environ 20 millions de lectrices. Cela n’empêche qu’à l’instar de la presse en général, l’hebdomadaire voit ses ventes diminuer. Un site internet curieusement moins dynamique que la version papier vient naturellement s’inclure comme complément de diffusion.

2/5

Construction et esthétique

Format l Qualité de la maquette l Structuration l Typographies

Cela commence avec des pubs mannequins pour Dior, Louis Vuitton, Bulgari, Saint-Laurent, Chloé, Cartier, Prada, Gucci, et puis c’est l’édito. C’est ce qui s’appelle une ouverture en luxe majeur, tonalité non dédaignée des femmes qui se reconnaissent ou aimeraient se reconnaitre dans ELLE.Les Unes anglo-saxonnes reprennent les mêmes codes que la version française

D’un format 22x28,5 décomplexé, cet hebdo offre un papier fin mais bien opaque et une variété folle de visuels, de couleurs, de compositions, et d’inventions graphiques… Il y a tellement d’annonceurs que le magazine ressemble à une sorte d’auberge espagnole où règne l’électricité de la vie.

La mode est là, omniprésente, fraiche comme une série de polaroïds, se conjuguant de multiples façons à travers parfois des photos magnifiquement retravaillées et qui donne à l’hebdo cette classe désinvolte, cette beauté riante, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

2 Unes de la version française de Elle

200 pages toutes les semaines à ce rythme, pour 2, 20€, chapeau. On a l’impression d’entendre une basse scander une pulsation tellement les pages imposent un turn over dans un rythme alternant entre l’adrénaline rock et la méditation esthétique.

Les photos pleine page assoient ce sentiment de feuilleter parfois un book de casting, et c’est ainsi que se construit le film subliminal reliant la lectrice au modèle.

5/10

Contenus / Apports

Traitement des sujets l Réflexion et analyse l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

Elle Info, c’est du people politique, quelques mots sur le sexisme, les déboires d’un mannequin, une love-story particulièrement classe, parfois un sujet sérieux se cache derrière une petite culotte, mais jamais sans raison. Quand la tête du pape apparait, c’est juste pour préciser qu’il confirme le droit des prêtres d’absoudre les femmes ayant avorté. C’est vrai, c’est bien de se tenir au courant des progrès de l’église.

Mais la vitesse de croisière de ELLE Infos, ça reste quand même la mode et les derniers modèles sortis avec la tendance de l’année à venir. Et puis on finit avec un peu de cuisine, où l’on apprend que les pâtes sont en train de redevenir un produit ultra branché, emballé dans du papier recyclé.

ELLE CULTURE n’en délaisse pas moins la mode et les mannequins. Après tout, la haute couture est un art. On parle aussi beaucoup d’expositions, de ciné, de One Women, de jazz, de soul.  Pas mal de pages sur la littérature. ELLE aime lire, on le sait depuis longtemps, et son Prix des Lectrices fait depuis longtemps autorité dans la jungle des distinctions littéraires.

Et puis on revient à la mode, avec de nouvelles tendances que l’on n’avait pas vues au début…

Nous retournons sans transition dans le ELLE MODE : beauté, forme, avec une interview de star, style actrice américaine qui, en plus de sa carrière à Hollywood, trouve le temps de s’occuper de ses enfants et de leur préparer des cookies. Et puis on revient à la mode, avec de nouvelles tendances que l’on n’avait pas vues au début… un véritable tourbillon de froissés autour de pubs de make-up ou de bijoux.

3/5

Ligne éditoriale

Neutralité l Positionnement politique l Valeurs véhiculées l Engagements

Il est en réalité difficile de savoir comment ELLE considère les femmes. On a l’impression d’en voir qu’une seule, capable de se démultiplier à l’infini : en short, en pantalon, en jupe, au pouvoir, au théâtre, à la cuisine, au lit, au cinéma, dans l’écriture ou la création d’entreprise.

En tous cas, il a plusieurs mots d’ordre. Le premier, c’est un esprit sain dans un corps sain pour atteindre le graal de la confiance en soi, c’est-à-dire la vraie beauté, qui rayonne même à l’extérieur.

Le second est un certain état d’esprit, une façon de parler de ce qui est grave avec légèreté et de ce qui est grave avec légèreté. Et cela dure depuis plus de soixante-dix ans. La rédaction a dû peut-être s’apercevoir que le lectorat avait sensiblement vieilli car il n’y en a plus que pour les femmes de quarante ans. C’est parait-il l’âge idéal. Bientôt, même les hommes de vingt ans auront envie de devenir des femmes de quarante ans, l’espace d’un court instant sur du papier glacé.

Les Unes de couverture hurlent comme une alerte incendie « Avoir l’air moins fatiguée », « Julie Gayet, une passion française », « Spécial rajeunir en beauté », « Jean Dujardin se confie », « Croire en soi, ça s’apprend », « Carole Bouquet : je refuse de cacher mon âge », « Un été pour se réinventer »

Tout est un peu psy dans les gros titres, mais pas trop quand même

Tout est un peu psy dans les gros titres, mais pas trop quand même ; une façon de dire que chez ELLE, on ne pense pas seulement aux fringues. La vacuité décontractée des titres nous enferme dans un théâtre des émotions qui n’en sont pas. Pas de sujet de société, ou alors traité en 300 mots, pas de politique, ou bien rapide et glamour, ou bien alors avec Christiane Taubira, élu femme de l’année par ses électrices.

Exemples de sujets de société traités dans les colonnes du magazine

On ne peut pas accuser ELLE de dramatiser le réel puisque le réel ne l’intéresse pas beaucoup. Avec ELLE, nous sommes comme dans un grand magasin, un peu déconnecté du monde, avec beaucoup d’allées et de boutiques et parfois une rencontre littéraire au deuxième étage, à côté des cabines d’essayage.

ELLE essaie encore de vendre du rêve en évitant les sujets sensibles qui font le miel de ses consœurs et confrères de la presse magazine.

ELLE se veut universelle. Rien ne différencie vraiment une édition française d’une édition allemande ou américaine. Les modèles sont tous beaux, Noël est toujours l’époque des cadeaux, certains hommes sont craquants mais pas tous… « Etes-vous prêtes pour une autre vie ? »

ELLE dira oui, parce que c’est une wineuse, même si elle pleure en cachette

ELLE dira oui, parce que c’est une wineuse, même si elle pleure en cachette. La lecture de l’hebdo nous amène cependant à nous poser une autre question. Comment fait-elle pour ne pas vieillir tout en gardant les mêmes recettes ? Au fond, via un message invisible distillé en continu, ELLE ne souhaite qu’une chose, l’épanouissement de toutes, au prix de toutes les folies, mais surtout, au prix d’un vrai regard porté sur soi et sur la vie, au-delà des apparences qui nous enchantent le temps de la lecture.

Au bord de la piscine, ou même chez le dentiste, ELLE se lit comme un coucher de soleil, sans soif. Et on est sûr de ne pas faire de cauchemar.

Par Hervé Mestron
Médias & réflexions

Evaluation finale

Les Plus

Les modèles sublimes

La mode dans tous ses états

 

Les Moins

Sujets superficiels

La réalité semble fuie

Il faut aimer la publicité

La note finale
10/20
Note finale de la rédaction
Les internautes
12/20
Moyenne des 1 note(s) d'internautes
Votre note
/ 20

Autres évaluations sur ce média