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Dominique Farrugia


Portrait de Dominique Farrugia

On a du mal à croire… celui qui n’a jamais eu de mal à nous faire rire. Et pourtant, Dominique Farrugia n’est pas tombé dans une marmite de blagues Carambar quand il était petit. C’est une enfance difficile qui a accompagné ses premiers pas, loin de l’insouciance des gosses de son âge, des grandes écoles et des beaux appartements confortables.

Car la vie à Vichy en 1962 n’avait rien d’un conte de fée pour cette famille pieds-noirs débarquée d’Algérie quelques mois avant sa naissance, le 2 septembre. “Mes parents m’ont donné trop de responsabilités, trop tôt”, se souvient Farrugia, rapidement chargé de veiller sur son frère cadet, Fred.

De cette époque, il garde en mémoire l’amour de ses parents, et cette ambiance musicale omniprésente. Car Dominique aurait pu, aurait dû, devenir musicien, tant son environnement était propice: “Vous pouvez lire dans toutes mes biographies que j’ai obtenu le premier prix du conservatoire de flûte traversière, mais c’est faux, j’ai un peu forcé le trait!”.

Ce qu’il ne peut pas inventer en revanche, c’est que son papa dirigeait l’orchestre du casino de la ville, et son oncle, celui de Mireille Mathieu. Quant à son vrai nom, Dominique Siridion Léon, c’est  celui de son grand-père, qui dirigeait l’orchestre philharmonique de Tunis.

Alors que son père a rangé sa baguette pour ouvrir un bistrot avec sa femme dans le IXe arrondissement de Paris en 1968, au-dessus duquel la petite famille est installée, Dominique prend ses marques. Auprès d’une nouvelle “bande de potes” dont l’avenir révélera tout le talent (Serge et Michel Hazanavicius, les frères Delorme, Alexandre Pesle… pour ne citer qu’eux), l’adolescent trouve sans doute la respiration qui lui a tant fait défaut jusqu’ici.

Sans regret, il stop net sa scolarité à 17 ans. Ses poches vides de diplôme, et enchaîne les petits boulots pendant un an avant de frapper à la porte d’Europe 1 pour y devenir standardiste: “Au départ, je voulais juste mettre un pied dans le monde de l'entertainment, rencontrer des gens, mais avec une seule idée en tête finalement, être batteur dans un groupe de rock!”.

Il le sera, mais son destin l’aiguille presque par hasard à RTL, où il tape dans l’œil de Dominique Cantien. Nous sommes en 1984, et la célèbre productrice est à la recherche d’un assistant pour une nouvelle chaîne privée, Canal +,  dont l’ouverture est prévue dans quelques mois…

Les années Canal

Le jeune provincial y débute comme monteur de bandes-annonces, puis devient assistant de production pour l’émission Tous en scène présentée par PPDA. A l’occasion d’une partie de flipper anodine dans les couloirs, il rencontre le premier monsieur météo de la chaîne, Alain Chabat. Le  coup de foudre est immédiat, et authentique, tant les points communs ne manquent pas entre les deux hommes. Leurs origines pieds-noirs, le cinéma, les séries américaines et l’humour décalé seront le fondement de leur amitié.

Les frères Bensousan - Qu'est-ce que tu vends pour les vacances?

 Les nuls sont nés. D’abord en duo, avec quelques ovnis comme “Les rescapés du crypté” en 1986. Puis associés à Bruno Carette, Chantal Lauby, Blats, Alexandre Pottier et Arnold Boisseau, sur une idée originale d’Alain de Greef. Farrugia est affecté à l’écriture des sketches et refuse de passer devant la caméra

 C’est encore un concours de circonstances qui l’obligera à le faire, le jour où un comédien manque à l’appel sur le tournage d’Objectif : nul, en 1987.

Objectif Nul - Le vaisseau des Nuls file à vive allure vers le néant...

La formule, d’à peine  7 minutes, propose des parodies de pubs de films et de séries à la sauce caustique. Un humour provocateur et délirant rarement vu à la télévision, qui consacre la petite troupe d’auteurs et de comédiens avec un premier 7 d’Or (meilleure émission d’humour).

Dans la foulée, le groupe devient le quatuor que l’on connaît, avec le JTN, au sein d’une autre émission culte, Nulle part ailleurs. Toujours réticent à l’idée d’apparaître à l’écran, Farrugia y présente tous les soirs sa “météo très particulière”, et fait exploser son rire caractéristique à la face du monde, “un mélange du cri de l’otarie et du tamanoir”.

Bonsoir, alors ce soir une météo très particulière...

Malgré une année sabbatique qui n’en avait que le nom, entre 1988 et 1989, les Nuls créent TVN 595, la chaîne fictive (7 d’Or de la meilleure émission de divertissement) et La nuit la plus Nuls, véritable condensé de leur savoir-faire et de leurs multiples inspirations.

Suivra l’A.B.C.D Nuls en 1989 (avec un D comme Dominique) et ses fausses définitions du dictionnaire. L’émission s’arrête brutalement au 61e épisode, suite à la disparition de Bruno Carette.

Bonsoir, je suis D comme Dominique

Une maladie cachée

A cette période trouble est délicate que traversent Les nuls, s’ajoute le diagnostic d’une sclérose en plaques pour Dominique Farrugia. Il cachera sa maladie pendant plus de dix ans: “à l’époque, c’était un truc un peu bizarre, dont je n’ai pas vraiment pris conscience. J’ai menti à tout le monde, de peur qu’on m’empêche de travailler. Puis ça m’a forcé à en faire plus, à aller au bout de tout ce que j’avais envie d’entreprendre.”  Avoue-t-il sur le divan de Marc-Olivier Faugiel en 2016.

Aujourd’hui secrétaire général de l’UNISEP (Union pour la lutte contre la sclérose en plaques), il multiplie les interventions pour mieux faire connaître ce fléau qui lui paralyse progressivement les jambes, lui provoque des problèmes de digestion, et une prise de poids inévitable.

L’histoire fusionnelle entre Les Nuls et Canal+ se poursuit tout de même jusqu’en 1992.Elle aurait eu tort de s’arrêter là, puisque le trio orphelin est encore à l’origine de deux concepts novateurs: L’histoire de la télévision (de mars à juin 1990), et surtout,  Les Nuls, l’émission, qui récolter le 7 d’Or de la meilleure émission en directe en 1991. Les trois compères se retrouvent une dernière fois en 1994, au cinéma, dans le cultissime Cité de la peur, son improbable scénario et ses répliques d’anthologie, avant de se séparer.

Dominique, il me semble que vous avez un bout de pomme de terre...

“Avant les Nuls, je ne savais rien faire”...

Dominique Farrugia le répète souvent à l’envi: “Avant les Nuls, je ne savais rien faire”. Il a pourtant prouvé tout le contraire... juste après.

Quelques pubs pour la Française des jeux, un court-métrage (“Le futur”), et le voilà lancé dans la réalisation de son premier film en 1996, Delphine 1, Yvan 0. Un succès (d’estime à l’époque) qui en appellera cinq d’autres dans les dix années suivantes: Trafic d’influence en 1999, La stratégie de l’échec en 2001 (adapté de son roman éponyme publié en 2000), L’amour c’est mieux à deux en 2010, Le marquis en 2011, et Bis en 2015.

Dominique Farrugia réalisateur et acteur...

Souvent producteur de ses réalisations par l’intermédiaire de sa propre maison de production RF2K, ou de FEW (Farrudg Entertainment Worldwide) on retrouve Farrugia derrière une quinzaine de films entre 1998 et 2015, de Paparazzi à Dépression et des potes, en passant par Meilleur espoir féminin, Vidocq, Monsieur Batignol,7 ans de mariage ou RTT. Il n’hésite plus désormais à faire l‘acteur également, avec des apparitions dans Les secrets professionnels du Dr Apfelglück, Didier,  RRRrrr!!!, ou La Cité de la peur, bien sûr.

Un découvreur de talents

Comme si Dominique Farrugia se sentait finalement redevable envers  tous ceux qui ont su lui faire confiance (avec une mention spéciale pour André Rousselet, Pierre Lescure et Alain de Greef), son rôle de producteur se transforme souvent en découvreur de talents. En fondant la chaîne Comédie! en 1997, il est à l’origine de l’émergence de toute une nouvelle génération de comiques, que ce soit les Robins des Bois, Franck Dubosc, Titoff, Kad et Olivier, Jonathan Lambert ou Cyril Hanouna.

La plateau de la Grosse émission sur Comédie (avec Clavier et Hanouna)

Très marqué par la disparition de ses deux parents en 2015, notamment de son père alors qu’il terminait la promotion de Bis, Farrugia estime ne pas avoir fait son deuil, et accorde aujourd’hui une large place à sa famille. A sa femme Isabelle, pour qui il s’est converti au judaïsme, à ses deux petites filles, et à son frère, Fred: “je lui ai payé ses études de maquilleur, et aujourd’hui c’est une star, l’un des meilleurs au monde, je suis fier, c’est une évidence, et j’ai fait ce que j’avais à faire.” Il est comme ça Farrugia.

Dominique Farrugia sur le divan de Marc Olivier Fogiel (France 3)

Passé du statut d’amuseur public à celui de personnage incontournable du cinéma français en l’espace de trente ans, et avec une certaine discrétion, il sortira son prochain film en 2017 (Sous le même toit, avec Gilles Lellouche, Louise Bourgoin, Manu Payet et Marilou Berry). On peut toujours spéculer sur son avenir, une seule chose est certaine : quoi qu’il fasse, il le fera bien, et saura en faire profiter tout le monde, avant lui.

Par Bruno Scappaticci
Sport, divertissement et musique