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C. Vanhoenacker : lapidation humoristique


En décodé [ Le banc des accusé(e)s ]

C. Vanhoenacker : lapidation humoristique

La mode est à l’humour anti représentants politiques. Cette tendance est même devenue un véritable fond de commerce pour toute une série d’émission de télévision et de radio. Parmi celles-ci, « Si tu écoutes, j’annule tout » (sur France Inter) propose une tonalité qui fleure bon le populisme du rejet.

Les hommes et femmes politiques y sont vilipendés, gaussés et raillés, du lundi au vendredi, avec un sens de la nuance pas toujours perceptible par les auditeurs.

En parallèle, son animatrice Charline Vanhoenacker présente un billet humoristique intitulé « Carte blanche » à la fin de L’émission politique de France 2. Lors de l’émission consacrée à Manuel Valls, le jeudi 05 janvier, il était difficile de discerner le langage humoristique et la volonté de nuire, d’humilier l’invité…

L’invité ridiculisé

Charline Vanhoenacker s’installe en face de Manuel Valls, sourire crispé et rosé fanée en main. Le ton est vindicatif, presque martial tandis que l’invité va subir, pendant plusieurs minutes, une séquence assez proche d’un réquisitoire de procureur lors d’un procès d'assises…

Le rouge c’est pratique, on ne voit pas quand Monsieur Valls est énervé


Commentaire : d’un ton amusé, l’humoriste compare le rougissement du visage de Manuel Valls à celui du plateau (de couleur rouge). Ce qui met mal à l’aise l’assistance et le public, c’est le peu de bienveillance qui accompagne la blague ; la volonté semble de lâcher les coups.

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Après avoir demandé au public de lever la main gauche, Charline Vanhoenacker déclare

Vous voyez Monsieur Valls, les Français ne confondent pas la droite et la gauche, il n'y a vraiment que vous


Commentaire : hormis le silence embarrassé qui a suivi cette réplique, l’intention semble là de ridiculiser l’invité. La dénonciation de la politique droitière de l’ex premier ministre vire aux sarcasmes sur les déficiences psycho-motrices de l’invité.

L’invité discrédité

Vous avez dit « on apprend de ses erreurs » et vous avez beaucoup appris pendant que vous étiez premier ministre et ça c’est positif


Commentaire : le sous-entend est relativement clair. L’ex-premier ministre a essentiellement commis des erreurs durant son mandat. Au-delà du fond de la remarque qui discrédite son action politique, on pourra se montrer surpris par la provocation du ton, proche du sarcasme.

La politique ringardisée

Reprenant une phrase de Léa Salamé (co-animatrice de l’émission), Charline Vanhoenacker affirme :

La politique ce n’est pas un quizz, c’est un poker menteur


Commentaire : rompue à l’exercice des remarques et saillies lapidaires à l’endroit des dirigeants, l’humoriste aime à renvoyer l’image d’une classe politique médiocre, incompétente et corrompue.

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Après avoir interpellé François Lenglet (service économie de France 2) sur le fait d’avoir amené un paquet de nouilles sur le plateau, l’humoriste enchaine :

C’est sérieux la politique, on est pas chez Hanouna ici, Monsieur Valls il a eu peur pour son slip


Commentaire  : on ne comprend pas bien si l’humoriste raille l’humour de Cyril Hanouna ou si elle se sert de celui-ci pour proposer une blague, assez graveleuse, au public et aux téléspectateurs présents. Là encore, la familiarité du ton et la lourdeur de la remarque frisent la malveillance à l’endroit de l’invité politique.

Conclusion

On peut s’interroger sur l’intention de l’humoriste. En se parant des habits de justicière d’une (partie de la) gauche qui se sentirait trahie, Charline Vanhoenacker parait confondre le registre humoristique et celui du règlement de compte.

La parenthèse de 5 minutes, plutôt que d’opérer une mise à distance et de réflexion grâce à l'humour, se transforme plutôt en séquence d'humiliation publique.

La violence du ton, de la posture et des sous-entendus, très en décalage avec l’émission qui essaie de préserver une tonalité respectueuse et réflexive, ne parait servir ni la cause de la politique ni celle des téléspectateurs citoyens.

Par Denis Morineau
Médias et numérique