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Beauté et Journal Télévisé


Et PAF, l'insolence !

Beauté et Journal Télévisé

C’est un métier qui fait rêver les mamies en quête de job idéal pour leur petit fils. « Moi, mon petit Laurent, il est présentateur du JT » Ce que les ménagères de 95 ans ne savent pas forcément, c’est que ce n’est pas un boulot pour les jeunes qui aiment passer leurs soirées en boite de nuit.

C’est même plutôt très prenant, voire stressant comme tout poste à responsabilité. En gros, en tant que journaliste, le présentateur participe aux conférences de rédaction et s’imprègne de l’actu avant de passer à l’antenne.

Une fois sur le plateau, il représente à la fois le visage du journal et le travail des autres journalistes qui ont travaillé dans l’ombre. Quant à lui, on lui demande de ne pas bégayer et d’éviter de buter sur les mots difficiles.

Cruelle beauté

C’est véritablement un gros problème pour certains présentateurs du JT ou animateurs. Ils ont l’impression d’exister et d’être là où ils sont parce qu’ils sont beaux gosses. Certains n’en dorment pas la nuit.

Et puis il y a de la compétition entre eux, souvent orchestrée par des femmes qui ne voient chez l’homme que la plastique façon Clooney. Récemment, Laurent Delahousse est allé pleurer dans les jupes de la maitresse parce que tout le monde se moquait de sa belle gueule à la récré.

Et la maitresse a tenu à rappeler que le petit Laurent ne pouvait pas être tenu responsable de ce que la nature lui avait donné et que se moquer, de toute façon, ce n’est pas bien.  Elle a aussi rappelé que le jeune Delahousse, par ailleurs bon élève, était avant tout journaliste, présentateur, rédacteur en chef du journal et réalisateur de documentaires.

Jamais à court d’idée, Laurent Delahousse a créé une association pour accueillir les victimes de cette nouvelle forme de discrimination frappant le PAF. Parmi les nouveaux adhérents, citons Yann Barthès, Olivier Minne, Harry Roselmack, et Stéphane Plaza.  Tous essaient de se dire qu’ils auront bientôt la chance de vieillir et peut-être de prendre du bide et des bajoues, mais ce n’est pas gagné d’avance. On ne devient pas moche du jour au lendemain, sinon ce serait trop facile.

Présentateur, mode d’emploi

Le présentateur représente la rédaction, le journal, la chaine, les actionnaires, etc. Il occupe une position tout à fait paradoxale. D’où cette neutralité apparente, à la fois intemporelle mais suffisamment incarnée pour imposer une présence qui ne soit pas non plus totalement aseptisée. Quelque chose qui soit à la fois une image projetée et une image dans laquelle on se projette, l’espace d’un JT, c’est-à-dire pas longtemps.

On n’est jamais trop beau pour présenter le JT. Pour commencer, il y a le dress code, du classique au très classique, un brin branché tout de même, barbe de trois jours autorisée, conseillée, à condition de savoir nouer un nœud de cravate. Un côté catalogue des Trois Suisses ou la Redoute, quadra, jeune papa, avec encore un peu de malice dans les pommettes botoxée à la confiture de mamie.

Un regard franc qui vous regarde vraiment en face, sans loucher sur le prompteur, un débit un peu pressé parfois, pour bien montrer qu’on a d’autre chat à fouetter que de faire la potiche avec des infos qui appellent au désespoir. Le reste, c’est le charme, cette chose étrange qui sème des inégalités partout.

Comme pour s’excuser d’être beaux, les présentateurs du JT choisissent de parler avec le charme mélodieux d’un robot. Ils informent des catastrophes, des tsunamis, des attentats, des défaites de l’équipe de France, avec cet air navré qui ne parvient cependant pas à les enlaidir.

On a de temps à autre l’impression qu’ils ne comprennent pas ce qu’ils nous racontent tellement ils restent impassibles. Parfois on les appelle les Ken ou les Barbie de l’info, capables d’annoncer un génocide en souriant malicieusement à la caméra.

Ils sont au-dessus des choses de ce monde, pareils à des envoyés de dieu ou du diable, à priori sans émotion, sanglés dans leur fonction, un peu comme des contrôleurs de train.

Délit de facies

Mais qu’est-ce qui fait que tel présentateur ou telle présentatrice va accrocher le téléspectateur ? (en dehors du décolleté, bien entendu). Les traits néoténiques d’un visage (petit nez/grands yeux) seront plus séduisants que les visages âgés aux traits complexes. On craquera davantage pour les traits enfantins et on préfèrera les visages sans bajoues et aux pommettes saillantes. Et puis un visage légèrement ovale passera plutôt bien, style rugbyman, curieusement.

Plusieurs centaines de futurs présentateurs de JT naissent chaque année en France, sans qu’on ait pu encore trouver à ce jour une région plus touchée qu’une autre. De plus, cela ne se détecte pas à la naissance.

Il faut parfois attendre la fin de l’adolescence pour voir surgir ce qui deviendra les stigmates d’une future carrière de présentateur de JT. Certains disent que plus les bébés sont moches plus ils risquent de devenir de magnifiques présentateurs de JT.

C’est la panique dans de nombreuses familles démunies. Ainsi, pour cette raison, continuons de soutenir la recherche scientifique. Donnons pour chasser la maladie !

Le voile pour ne plus les voir

Si vous êtes producteur ou investisseur, et que vous souhaitez combattre les discriminations, vous pouvez toujours essayer de créer une chaine de télé et embaucher un type avec les dents mal plantées, des boutons sur les ailes du nez, des cernes sous les oreilles, des chaussettes trouées, pour votre JT ouvert à tous, et  vous en viendrez sans doute à préférer les marionnettes des guignols de l’Info qui, malgré leur magnifique laideur, sont capables de nous séduire. L’humain doit, quant à lui, accepter le rôle que l’on attend de lui, celui de la perfection.

Il faut accepter les inégalités, et pas seulement celles du visage.  Accepter les inégalités qu’engendre la beauté, et même sa cruauté. Les enquêtes en psychologie nous le rappellent : la beauté est tout de suite associée à l’intelligence, la gentillesse, la santé, la sympathie… bref, ce qui est beau est bien, et vice versa.

Autorisons les présentateurs télé à porter le voile et la question sera réglée.

Un jour le futur

Imaginons un instant Laurent Delahousse, Yann Barthès, Olivier Minne, ou Harry Roselmack, le visage soudain ravagé par le petit blanc du matin et les hamburgers transgéniques. Il n’y aura plus personne pour donner l’exemple d’un esprit sain dans un corps sain. Et pourtant, nous le savons, ce seront les mêmes personnes, dont la chair flétrie aura dissimulé malheureusement la beauté de leur âme.

C’est clair, la discrimination qui existait déjà à l’école entre les beaux et les laids se poursuit maintenant sur le plateau du Journal Télévisé. Nous attendons le jour où un moche remportera le succès qu’il ne mérite pas.

Nous pouvons attendre que la tendance un jour s’inverse. Les présentateurs auront de sales gueules tandis que les bandits séduiront le monde avec leurs ailes d’ange. Le temps est venu d’espérer. Le temps est venu d’éteindre sa télé.

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Par Hervé Mestron
Médias & réflexions