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Antoine de Caunes


Portrait de Antoine de Caunes

Réduire  Antoine de Caunes au simple rôle de présentateur de télévision serait faire preuve d’une grande faiblesse d’esprit, envers celui qui n’en a jamais manqué. Voire d’une profonde injustice,  tant le parcours médiatique de ce trublion est aussi riche que son débit de paroles.

Sans jamais renier ses convictions, tout en mêlant habilement ses passions pour la musique, les mots, l’humour, et les formes de culture les plus inattendues, Antoine de Caunes fait partie intégrante du paysage cathodique depuis la fin des années 70.

“J’ai grandi dans l’amour de l’autodérision”

Tout est là. De Caunes n’a jamais caché les origines familiales qui ont placé sa carrière sur orbite, poussé vers les étoiles par ses parents, George, l’aventurier du bout du monde (l’un des premiers présentateurs du 20h), et l’expérimentée Jacqueline Joubert, comédienne, speakerine, réalisatrice, présentatrice et productrice d’émissions.

Autant de costumes qu’Antoine enfilera tour à tour avec la même aisance, la même approche,et le respect de son héritage, comme il le confiait dans les colonnes de l’Express en 2012: “J’ai grandi dans l’amour de l'autodérision, dans l’idée surtout qu’il ne faut rien prendre au tragique (...) mais je serais le fils de Slobodan Milosevic, ce serait moins facile!”.

Un début de carrière plutôt… Rapido

Sa passion immodérée et communicative pour les guitares hurlantes et autres mélodies électriques, conduira naturellement le jeune Antoine (25 ans) aux commandes d’émissions musicales à la télévision dès la fin des années 70.

Celui qui a largement contribué à l’essor de Bruce Springsteen en France à l’époque, étanche ainsi sa soif de rock avec Chorus, Houba-Houba (pour Les Enfants du rock) ou encore le cultissime Rapido. Et déjà, le ton enflammé de ce gringalet facétieux fait mouche: l’analyse est pointue, les interviews sortent souvent du cadre, tout comme son flot de paroles, unique et jubilatoire.

Image vintage des enfants du rock, émission présentée par Antoine de Caunes

De caunes a créé un style inimitable qui sera désormais sa marque de fabrique, empreint d’une dérision et d’une provocation plus bienveillantes que cruelles.

Alors que l’on s’arrache déjà  le fils prodigue dans les coulisses du petit écran, Antoine de Caunes ne cédera pas aux sirènes de l’audimat en clamant haut et fort son indépendance; une liberté de ton et d’esprit qui lui feront signer entre autres les génériques de quelques dessins animés de notre enfance entre 1983 et 1986, de X-Or à Lady Oscar, en passant par Cobra  ou Le pays des quat’z’amis. Ca vous parle?

Après avoir adapté Rapido à la sauce anglaise, Antoine s’est également essayé avec succès à la radio durant cette période, avec Marlboro Music et ses reportages en direct des USA, ou avec Karl Zéro au sein d’une émission délirante sur RFM.

Un ton, un esprit

La créativité sans limites et la joyeuse insolence d’Antoine de Caunes ne manqueront pas de taper dans l’oeil des dirigeants d’une petite chaîne privée en 1985, date à laquelle Canal+ est à la recherche d’une identité forte et originale...

Gilles Verlant et Antoine de Caunes avec Prince sur Canal Plus en 1985

De Caunes est l’incarnation même de cet esprit, et disposera d’une carte blanche pour devenir la clé de voûte de Nulle part Ailleurs aux côtés de Philippe Gildas. Chacun connaît la suite: jusqu’en 1995, les portraits puis les personnages d’Antoine de Caunes et de José Garcia marqueront au fer rouge la mémoire collective.

Didier l’embrouille, Gérard Languepute, Raoul Bitembois, Ouin-Ouin dit pine d’huitre (rapport à son totem!), le Toub et Refoul, ou encore Richard Jouire et Sandrine Troforte… De Caunes n’a épargné aucun cliché, et vous garantissait tous les soirs une franche rigolade au coin du petit écran; un temps révolu où tout paraissait possible à la télévision, quand le talent était au service du divertissement...

Richard Jouir et Cindy Tropforte, invités VIP de Philippe Gildas

En parallèle, à partir de 1993, De Caunes ira titiller la bienséance anglo-saxonne avec Eurotrash, une émission burlesque qu’il animera dans un premier temps avec Jean-paul Gaultier avant de voler de ses propres ailes. Mais de notre côté de la manche, il faudra patienter jusqu’en 2012 pour revoir le “frenchy voyageur” s’installer à nouveau dans  le fauteuil d’un animateur, sur le plateau de feu “Nulle part ailleurs” devenu “le Grand Journal”.

Le grand journal : grandeur et décadence

Antoine de Caunes n’a rien perdu de sa superbe et l’histoire semble à nouveau en marche, quand, au terme de la deuxième saison, Vincent Bolloré, nouveau propriétaire de Canal+, fait descendre de son piédestal celui en qui son prédécesseur avait placé tous ses espoirs.

Poussé vers la sortie, l’animateur ne cachera pas sa profonde blessure. Lui qui a toujours été porté par une certaine rigueur de l’excellence, devenu au fil des années un érudit à qui personne ne pouvait apprendre à faire la grimace, goûte à l’inconfort du banc des accusés. 

Enfermé dans un mutisme aux antipodes de sa pesronnalité joviale, il encaisse le coup en puisant dans ses réserves, pour rebondir, retrouver cette pétillante insolence, et se rapprocher à nouveau d’un public toujours en demande. Les trop grandes contraintes et l’absence de liberté resteront à ses yeux les deux points noirs de son passage au Grand journal.

La dernière saison du Grand Journal version Antoine de Caunes

Antoine a toujours eu besoin d’espace et de confiance pour laisser libre court à sa créativité, n’envisagez pas une seconde de lui dicter son texte: “ Au final, j’ai toujours fait ce que je voulais. J’ai exploré des pistes plus sombres, avec des succès divers, mais je ne regrette rien”.

Vous avez dit bizarre?

Le rebond d'Antoine de Caunes prend finalement la forme d'une émission hebdomadaire, toujours sur les antennes de Canal Plus. Plus en adéquation avec le personnage, L'émission d'Antoine offre un espace créatif à la mesure des élans imprévisibles de son initiateur. Reprogrammée cette année le samedi en début de soirée , elle fait la part belle à tous les excentriques de la planète, aux découvertes les plus farfelues et à des séquences décalées fleurant bon l'humour Canal des débuts...

Dans la lignée de sept documentaires produits pour Canal+ entre 2007 et 2013 avec son compère de toujours Peter Stuart (de Allons donc à Londres à Maboul de Séoul, en passant par Baba de Barcelone), De Caunes a définitivement trouvé son créneau: explorer les cultures les plus déjantées.

Du petit au grand écran

Et durant toutes ces années, que faisait donc Antoine de Caunes lorsqu’il quittait son costume d’animateur? Difficile de faire la liste exhaustive des pépites laissées par  ce besogneux boulimique, à la télévision d’abord (dans des séries comme Kaamelot, Du hard ou du cochon, Bref, etc.) ou sur le papier (avec des publications comme Magma en 1978, C’est bon mais c’est chaud en 1990, Le petit Gildas illustré en 1993), mais surtout, au cinéma.

A ce jour en effet, De Caunes est présent au générique d’une trentaine de films. En tant qu’acteur. Il faut reconnaître que la transition a été des plus simples pour celui qui a si bien incarné tant de personnages jusqu’alors: on le découvrira dans Pentimento en 1989, puis suivront Les deux papas et la maman en 1996 (avec Smaïn), L’homme est une femme comme les autres en 1998 (dans un rôle de clarinettiste juif pour lequel il sera nommé aux Césars), Blanche de Bernie Bonvoisin, et les Clefs de bagnole en 2002 (de Laurent Baffie),Les vacances de Mr.Bean en 2007, et plus récemment Mumu en 2010, etc...

Scène du film L homme est une femme comme les autres avec Gad Elmaleh

Il ne manquera plus qu’à De Caunes de franchir la dernière étape de son parcours cinématographique, en douceur dès 1997, avec la réalisation de son  premier court-métrage lié à l’univers de la drogue,”T’en as?”.

Il enchaînera avec  deux longs-métrages cette fois, les Morsures de l’aube en 2001, et Monsieur N en 2002. Mais le succès très relatif de ses deux premières oeuvres freinera ses ardeurs de réalisateur durant les quatre années qui suivirent.

Comme toujours, De Caunes est attendu au rebond en 2006, lorsqu’il dirige d’une main de maître Charlotte Rampling et Jean Rochefort dans Désaccord parfait. Puis il ressuscitera Coluche en 2008 sous les traits de François-Xavier Demaison, avant de s’attaquer trois ans plus tard à l’affaire  Yann Piat pour la télévision.

Coluche est incarné par François Xavier Demaison

Autant d’oeuvres et de rôles dont la qualité a souvent été soulignée par la critique comme par le public, mais qui ne lui ont jamais permis de décrocher la moindre récompense, si ce n’est un succès d’estime. Et dire qu’il détient le record de présentation de la cérémonie des Césars (9 fois entre 1997 et 2011)...

“Je ne sais pas si je suis drôle, mais l’existence m’amuse” déclarait-il en 2012. Nous, nous ne savons pas si l’existence est drôle, mais De Caunes nous amusera toujours, à sa façon, c’est une évidence!

 

Par Bruno Scappaticci
Sport, divertissement et musique