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Anne Sinclair


Portrait de Anne Sinclair

Ils sont peu à être passés du statut d’icône de la télévision, à celui d’acteur majeur du monde intello-politico-médiatique qui nous agite. Ils sont peu… et elles sont encore moins nombreuses. Anne Sinclair, la bagarreuse, a suivi ce parcours, autant qu’elle l’a subi. Surfant souvent sur le succès, et se laissant parfois malmener çà et là par les vents contraires de la vie. Mais sa lucidité et sa force de conviction ont toujours fini par l’éloigner du cœur de la tempête pour revenir à bon port, à Paris ou à New-York.

Anne Sinclair est née sous le nom d’Anne-Elise Schwartz, le 15 juillet 1948, à New-York. Fille unique, elle est bercée dans un cocon familial d’une certaine aisance financière et culturelle: sa mère, Micheline Nanette Rosenberg, grande amatrice de peinture, a posé pour Picasso; son grand-père Paul Rosenberg et l’un des plus célèbres marchands d’art de la première moitié du XXe siècle; et son père, Joseph-Robert Schwartz (devenu Sinclair en 1949) est un homme d’affaires d’envergure.

Anne Sinclair et son grand-père Paul Rosenberg - Crédit : The Guardian

La voie royale est presque toute tracée pour cette petite fille qui débarque à Paris avec sa famille en 1951. Et pourtant, devenue adolescente, Anne ne rêve ni d’une carrière artistique, ni d’un destin dans le milieu des affaires, mais de journalisme. D’une certaine façon, elle est parvenue aux trois.

Une attachante journaliste...

Ses études brillantes la mènent des bancs du prestigieux Cours Hattemer-Prignet à sa licence de droit, et c’est à peine diplômée de Science-Po qu’elle décroche son premier poste de journaliste à Europe 1 en 1973. Cinq ans plus tard, elle franchit une étape supplémentaire en signant son entrée à la télévision par la porte de FR3. Devenue animatrice (et productrice) Anne Sinclair s’attache déjà à cerner la personnalité de ses invités dans L’homme en question, puis dans  l’Invité du jeudi sur Antenne 2  en 1978.

Il ne reste alors  plus qu’une marche pour toucher du doigt TF1, le navire amiral des années 80’, point d’orgue de l’irrésistible ascension de cette attachante journaliste. Car depuis dix ans Anne Sinclair s’est progressivement installée dans le salon des téléspectateurs. Derrière le ton doux et monocorde, ils ont découvert une travailleuse acharnée, méticuleuse ; une femme vive d'esprit dotée d'une intelligence rare.

TF1 : 13 années au sommet

Ses débuts en 1982 sont pourtant chaotiques. Anne Sinclair est attendue, certes, mais sans doute dans un autre registre: chargée de faire oublier Midi-première, et surtout Danièle Gilbert dont elle prend le créneau avec Les visiteurs du jour, la journaliste ne parviendra pas à trouver son public dans la peau d’une animatrice d’émission de variétés française à l’heure du déjeuner. L’aventure tournera court, mais quelques mois plus tard, le décollage a bel et bien lieu.

En novembre 1983, Anne Sinclair se retrouve en effet plus à son aise avec la présentation d’Edition spéciale et ses interviews en tête-à-tête. L’émission est une véritable rampe de lancement, et la propulse en septembre 1984 sur le plateau de 7 sur 7 dont elle tiendra magistralement les rênes pendant 13 ans.

Ici, le ton se veut résolument moderne : tous les dimanches en première partie de soirée, on va parler de politique autrement, avec des  invités qui s’expriment sur l’actualité de la semaine... et se font bousculer par les questions précises et acérées de la journaliste.

Le succès est sans précédent, les pics d’audience atteignent des records (jusqu’à  13 millions de téléspectateurs) et marqueront l’histoire de la télévision, tout comme les yeux bleus et les pulls angora de la présentatrice.

Bande annonce de 7 sur 7 en 1990

Dans l’intimité des stars et des politiques

Parmi les événements marquants de 7 sur 7, on se souvient entre autres de Daniel Balavoine qui, sous le coup de l'émotion et de la colère, avait lancé un "J'emmerde les anciens combattants" ou encore de Serge Gainsbourg brûlant un billet de 500 francs sur le plateau de l'émission. Les artistes, mais surtout  les hommes politiques de tous bords, se pressent au portillon.

Anne Sinclair les connaît tous, en côtoie même beaucoup: les Badinter sont ses amis, comme Simone et Antoine Veil, Jean-François Kahn et sa femme, Rachel, Alain Duhamel, Pierre Arditi, Guy Bedos, Bernard Kouchner, ou encore Bernard-Henri Lévy.

Sans oublier Yves Montand et Simone Signoret, qui lui téléphonaient souvent, pour commenter l'émission de celle qu'ils appelaient "ma p'tite", ou François Mitterrand, qu’elle n’hésitera pourtant pas à exaspérer au cours d’une interview qui reste encore aujourd’hui un modèle du genre.

Le président Mitterand sur le plateau de TF1

Femme de gauche, immergée dans la sphère politique française, elle offrira un regard plus intime sur l’exercice du pouvoir, les puissants et leurs petites médiocrités, dans des ouvrages comme Une année particulière (1982), Deux ou trois choses que je sais d'eux (1997) et Caméra subjective (2002).

L’aura d’Anne Sinclair auprès du public est alors incontestable, et la profession lui rend bien avec quatre Sept d’or (dont celui du meilleur magazine d’actualité ou de débat en 1985, et celui de la meilleure journaliste et reporter en 1986), et le prix du meilleur journaliste ou chroniqueur politique pour l’audiovisuel en 1990.

Anne Sinclair et Lionel Jospin sur le plateau de 7 sur 7

En 1986, elle est également nommée directrice adjointe de l'information,  puis directrice générale de TF1 Entreprise suite à la privatisation de la chaîne. En parallèle elle co-présentera Questions à domicile entre 1985 et 1989 en se déplaçant cette fois-ci au domicile des invités. L'émission réalisée en 1986 dans la maison de Jean-Marie le Pen, à Saint-Cloud, marquera les esprits.

Retour à New-York dans les pas de DSK

C’est finalement la nomination de Dominique Strauss-Kahn au ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en 1997 (avec qui elle est mariée depuis 1991) qui contraindra Anne Sinclair à mettre entre parenthèses la présentation de ses émissions politiques. Une question d’éthique avant tout pour cette femme de devoir, qui devient directrice générale puis vice-présidente (2000-2001) de e-TF1, la filiale internet du groupe.

Le couple DSK - Sinclair... Entre réussite et décontraction

Elle quittera finalement TF1 en 2001 après des désaccords avec son PDG, Patrick Le Lay. Montrée du doigt pour “ses trop nombreuses amitiés à gauche”, la journaliste se trouve acculée à la démission par un Patrick Le lay très à droite ; elle refuse et remporte son procès aux prud’hommes (pour absence de cause réelle et sérieuse au licenciement).

Totalement investie au côté de son mari, Anne Sinclair poursuit pourtant sa carrière de journaliste. Conseillère chargée de la promotion de la télévision interactive au groupe Netgem de 2001 à 2002, on la retrouve ensuite sur RTL, puis collaboratrice du magazine Paris Match, et animatrice de l’émission Libre court sur France Inter en 2003.

Trois ans plus tard, elle quitte la France pour retourner à New-York, là encore dans le sillage de Dominique Strauss-Kahn qui prend les commandes du Fonds monétaire international (FMI). Au plus près de ses racines, Anne Sinclair est un lien privilégié entre la France et les Etats-Unis. Elle sera la correspondante du Grand journal de Canal+ durant la présidentielle de 2008, et alimente un blog intitulé “Deux ou trois choses vues d’Amérique”.

DSK et Anne Sinclair dans un fast food new-yorkais

“Je ne suis ni une sainte, ni une victime”

Personne n’ignore la suite de cette histoire qui, du scandale du Sofitel en 2011, à son divorce prononcé avec DSK en 2013, en passant par l’affaire du Carlton, plongera Anne Sinclair dans une véritable tourmente médiatique des deux côtés de l’Atlantique.

Prompte à faire face aux attaques de ses confrères et de quelques féministes qui lui reprochent d’avoir (trop) soutenu son mari, elle redoute en revanche les répercussions sur sa famille, et notamment ses enfants. «Je ne suis ni une sainte, ni une victime, je suis une femme libre !» déclare-t-elle en janvier 2012 au Parisien, mettant ainsi un terme à des mois de silence.

Dans la foulée, la voici revenue en pleine lumière, comme directrice éditoriale de la version web française du Huffington Post, qui entend profiter de l’expérience de la journaliste, mais aussi de sa célébrité et de ses relations. Le site est un condensé d’informations, de divertissement, d’opinions et de blogs écrits par toutes sortes d'intervenants, dont des célébrités.

Anne Sinclair, directrice du Huffington Post France

Il traite notamment  l'actualité et la politique, mais aussi la culture et les médias. Peu habituée à faire part de ses sentiments personnels dans les colonnes du Huffington, Anne Sinclair se lâchera pourtant en mai 2014 en confiant son dégoût pour le film sur l’affaire DSK,“Bienvenue à New-York”, et pour son réalisateur Abel Ferrara.

Le journalisme et l’indépendance

Depuis, la polémique a coulé sous les ponts. Anne Sinclair est de retour en France, et elle a refait sa vie avec l’historien Pierre Nora.  On la retrouve  même à la télévision lors des  soirées spéciales élections présidentielles en 2012 sur BFM, et elle officie tous les samedis matin sur Europe1 depuis 2014.

Car derrière un héritage familial, qui aura autant inspiré, qu’handicapé sa carrière, et sur lequel elle s’est livrée pour la première fois dans son livre “21 Rue de la Boétie” en 2012, Anne Sinclair tombe son costume de femme mondaine, emblème d’une gauche caviar d’un autre temps, et rappelle à tous ses détracteurs qu’elle a toujours été et sera toujours, avant tout, une journaliste et une femme indépendante.

Finalement, tous ceux qui ont tenté de la dévier de sa route en ont eu pour leurs frais : Laurent Fabius n’en fera pas la responsable de la communication de Matignon dans les années 80, pas plus que François Hollande ne fera d’elle la ministre de la Culture en 2016. C’est dire si personne ne dirige Anne Sinclair, et si Anne Sinclair, seule, dirige sa vie.

Par Bruno Scappaticci
Sport, divertissement et musique