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Bernard Tapie, roi des médias

Du jeune chanteur en quête de reconnaissance au businessman à qui tout réussi, découvrez la vie romanesque de Bernard Tapie.  Réussites, insuccès, ruine puis renaissance ; autant de moments de notre histoire collective et de celle de nos médias...

Bernard Tapie, roi des médias


Episode n°3 : Allez l'OM!

Reprenons un peu le cahier de conduite de Bernard avant la déculottée. Il faut quand même se dire que le garçon n’a peut-être pas été puni par hasard.  Forcément, il a dû en lâcher des boules puantes sous le bureau de ses adversaires. En même temps, dans la vie, c’est bien de s’amuser un peu.

En 1986 donc, Bernard pousse le bouchon assez loin en acceptant la proposition de Gaston Deferre de reprendre l’Olympique de Marseille. Sur le terrain, les 11 gugusses n’ont pas gagné de titre depuis 1976, c’est dire qu’il y a de la rouille dans les crampons et pas seulement dans la bouillabaisse. Nanard, flambeur minimaliste, débourse son fameux franc symbolique pour racheter la maison qui brûle.

Il éteint le feu, ouvre le champagne, et déclare dans les colonnes de France Football : « Il y a à Marseille, une telle pénétration du football dans toutes les structures, aussi bien politique, économique, industrielle, sociale que culturelle, que chaque Marseillais se sent propriétaire de l'OM. C'est ce qui me surprendra toujours. Quand il y a 30 000 spectateurs au stade, on compte autant de sélectionneurs. »

D’aucuns diront qu’il s’agit d’un caprice de gosse, d’autres d’une machination pour servir l’incommensurable appétit de l’ex-crooner. L’amitié virile, l’ambiance des douches et des vestiaires, les problèmes de luxe des joueurs, tout ça il connait. " J'ai lu qu'on était un orchestre de bal musette, et qu'on allait rencontrer un orchestre symphonique de la Scala de Milan. Ben finalement, à l'accordéon, on se démerde pas mal », dira-t-il, après la victoire contre le Milan AC.  

Petit, déjà, Bernard n’aimait pas trop prêter ses jouets. Alors quand un journaliste de presse sportive s’amuse à déglinguer son travail à l’OM, Nanard mord aussitôt, et ça fait mal. En fait, beaucoup lui reprochent son comportement de bateleur, comme Gérard Edelstein, chroniqueur en chef de l’équipe qui, lors de la défaite de l’Olympique de Marseille au deuxième tour de la Coupe des Champions, n’hésitera pas à écrire que Tapie mérite une leçon d’humilité et des manières enfin meilleures que celles qui l’ont conduit parfois à prendre, au physique comme au moral, les journalistes comme des punching-balls. 

On se demande pourquoi Bernard n’est pas allé lui casser la gueule à la récré. Aurait-il peur des heures de colle ? En tous cas, désireux d’être « bien entouré », sur le plan sportif et footballistique, le nouveau boss de l’OM fait venir Michel Hidalgo, ex sélectionneur de l’équipe de France qui vit en son temps s’épanouir, entre autres, un certain Michel Platini.

Et Tapie de s’en justifier : "Quand un type arrive à traverser sans dommage, comme il l'a fait, les périodes pré et post-Coupe du monde, c'est forcément un grand mec. Quand vous faites jouer ensemble, sous le même maillot, des gens qui n'avaient plus aucune espèce de raison de jouer dans la même équipe, et que ça ne se ressent pas sur le terrain, je dis qu'il faut être balaise !".

D’entrée, sous la pression de leur nouveau président, le club engage quelques jeunes joueurs qui marqueront l’histoire du football français. On peut juste citer les vedettes qui tiennent encore debout aujourd’hui : Jean-Pierre Papin, Éric Cantona, Basile Boli, Didier Deschamps, Marcel Desailly, Fabien Barthez… Considérant le football comme une fête avant tout, Bernard Tapie fait équiper le stade vélodrome d’une sono ultra puissante et d’un incroyable écran géant.

Les Marseillais sont du spectacle et les matches se jouent désormais à guichets fermés. Les résultats du club grimpent comme un thermomètre en période de fièvre tropicale. Et il n’est pas un jour en France sans qu’on ne parle de Bernard Tapie ou de l’Olympique de Marseille.

Soit pour en dire du bien, soit au contraire pour s’indigner contre cet homme à poigne dont le verbe tue au premier round. Parce que depuis que Bernard est entré en politique, ça défouraille à tout va dans les rédactions. Au fond, Bernard est devenu un rubix-cube, offrant autant de facettes de lui qu’il y a de couleurs dans ce jeu compulsif.

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Devenu ministre, Bernard Tapie annonce qu’il va élever son club jusqu’à la coupe d’Europe, et qu’il y mettra les moyens. Là, les avis divergent sur la signification de ce mot passe-partout. Mais une chose est sûre, Bernard est hyper investi, et ceux qui travaillent à ses côtés bouffent des couleuvres midi et soir. Pour lui, toutes les conditions doivent être réunies pour réussir, et encore, on est sûr de rien...

"Les structures de base n'existent pas en France, nulle part, explique Bernard. Ou alors, oui, elles existent, car ce n'est jamais tout blanc ou tout noir. A Nantes, il y a toute une partie de ce qu'il faut faire, mais il manque quelque chose. Au Paris-Saint-Germain, il n'y a pas tout. Il n'y a pas la chaleur du public, il n'y a pas la structure d'entraînement réelle, il manque un truc. Il n'y a pas tout le package. Or, pour gagner une Coupe d'Europe, il faut tout et, quand vous avez tout, vous n'êtes pas sûr d'être champion d'Europe. "

Bernard a beaucoup donné au foot, il a même hypothéqué sa vie. En même temps, les victoires, les joies et les reconnaisssances que lui offriront cet univers s'avéreront exceptionnelles...

Néanmoins, le foot va lui rendre la monnaie de son franc symbolique, avec toute la violence d’une vague imprévisible. Regardons de plus près : en juin 1993, alors que Bernard est sur le point de remporter la prestigieuse Ligue des Champions avec l’OM, débute ce qui va devenir la retentissante affaire OM/Valenciennes, qui va faire les jours heureux des médias de toutes obédiences

 Car Nanard, avec sa manie de tout mélanger, est pris dans une toile d’araignée dont les fils embrouillés ne lui seront cette fois d’aucun secours. Notons quand même qu’une fois encore, le petit Bernard ne fera pas dans la demi-mesure puisqu’il obtiendra la punition suprême réservée aux cas sociaux : la prison.

Quelle est cette affaire à ce point tordue entre l’Olympique de Marseille et l’US Valencienne-Anzin ? Les deux équipes se rencontrent un mois plus tôt. Marseille sort vainqueur 1/0.

Même si des rumeurs commencent à circuler dans les vestiaires, quelques jours plus tard, une plainte officielle est déposée par le club du nord contre l’OM. Motif : tentative de corruption sur trois joueurs de l’US Valenciennes-Anzin.

« Quelqu’un » aurait tenter de les acheter pour « lever le pied » afin que les Marseillais puissent arriver indemnes à Munich, dix jours plus tard, à la finale de la Ligue des Champions.

Bernard encaisse le coup, forcément. Mais on ne va pas dire non plus que cela l’empêche de trouver le sommeil. D’autant qu’il vient de gagner la Ligue des Champion contre le Milan AC. N’empêche, une information judiciaire est ouverte à son encontre. Bernard se bat comme un beau diable, comme d’hab. Lors du procès, il aura même cette phrase devenue culte : « J’ai menti, mais c’était de bonne foi ». Sacré Nanard !

Pour autant, les ennuis ne sont pas terminés, bien au contraire…

Par Hervé Mestron
Médias & réflexions