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Alain Duhamel


Portrait de Alain Duhamel

Il a connu les sept présidents de la Ve République, la télévision en noir et blanc, et le téléphone... relié par un fil. A ce titre, Alain Duhamel est une mémoire vivante de la société française, mais surtout, l’un des observateurs les plus assidus de notre histoire politique. De Charles de Gaulle à François Hollande, il n’a jamais cessé d’arpenter les coulisses du pouvoir, pour mieux comprendre, analyser, et expliquer. Là où ses détracteurs dénoncent une compromission nauséabonde, lui ne voit que les us et coutumes d’une profession sur laquelle il porte un regard sans concessions.

Bourgeois, intellectuel, et modéré

Mais qu’il le veuille ou non, Alain Duhamel est avant tout un journaliste. Pour parvenir à décrocher son premier poste de chroniqueur au Monde en 1963, il avoue lui-même avoir dû surmonter trois obstacles de taille:”j’étais un bourgeois, et les journalistes détestent ça; j’étais un intellectuel, les journalistes les aiment, à condition qu’il ne soit pas l’un d’entre eux; j’étais un modéré, et les journalistes ont horreur de ça!”.

Son statut social, Alain Duhamel ne l’a pas choisi. Il a vu le jour le 31 mai 1940 à Caen, au sein d’une famille de “petite noblesse de robe”. Sa culture générale serait née quant à elle d’une passion addictive pour la lecture. Cloué au lit deux longues années à l’âge de 17 ans suite à un accident, il dévore plus de 500 livres durant cette période, et s’accorde près de 6 heures quotidiennes de lecture encore aujourd’hui.

Et que dire de son sens de la modération, qu’il revendique comme “un droit à la nuance”, lui dont le père est un fervent catholique et la mère une protestante anticléricale, le grand-père paternel un magistrat conservateur nostalgique du maréchal Pétain, et son grand-père maternel, un résistant.

“La seule chose qui m’ait vraiment intéressé…”

Alain Duhamel s’est finalement inspiré de ces contradictions pour se construire une identité rationnelle. Une réflexion qui a suivi le même cheminement pour aborder sa passion précoce pour la politique.  En écoutant les débats durant la campagne du Front populaire en 1956, il décide de devenir commentateur, “la seule chose qui m’ait vraiment intéressé”.

Chroniqueur pour le Monde, l’Express ou encore Témoignage chrétien dans les années 60, le jeune journaliste se frottera réellement pour la première fois avec la puissance politique lors de l’élection présidentielle de 1965. Il participe alors aux “premières estimations”, l’ancêtre des sondages, et se confronte au scepticisme de De Gaulle sur la question.

S’en suivra l’année 1968, “une période surréaliste”, durant laquelle Alain Duhamel est au cœur des événements. De tous bords, la classe politique réclame déjà les analyses de cet observateur privilégié qui n’a pas choisi de camp: “J’ai commencé avec Mendès France, et j’ai fini avec Raymond Aron!”. Dès lors, les portes sont ouvertes, et le journaliste se distingue par sa neutralité, son obstination, et sa fidélité à lui-même: il fait partie du cercle fermé de ceux à qui l’on peut tout dire, sans crainte d’être trahi.

“Vous y pensez en vous rasant le matin?”

Comme une évidence, Alain Duhamel participe à la vulgarisation de la politique via la télévision dès le début des années 70’. Il fait ses classes sur l’ORTF avec A armes égales de 1970 à 1973, et Les trois vérités de 1973 à 1974, puis Cartes sur table sur Antenne 2 au côté de Jean-Pierre Elkabach de 1977 à 1981.

Il est ensuite à l’origine de L’heure de vérité, qui marquera l’histoire du magazine politique de 1982 à 1995, puis enchaîne sur France 2 Mots croisés (1997-2001),100 minutes pour convaincre (2002-2005), et Question ouverte (2001-2006). Sans oublier les débats entre les deux tours des élections présidentielles qu’il co-anime en 1974 et 1995.

Autant de rendez-vous qui permettront l’éclosion de toute une génération d’hommes et de femmes politiques, de Nicolas Sarkozy à François Hollande, en passant par Jean-Marie Le Pen. Alain Duhamel s’y distingue à plusieurs reprises, en abordant notamment la question de la peine de mort en fin d’émission avec François Mitterrand quelques mois avant son élection en 1981 ou en questionnant Nicolas Sarkozy sur ses ambitions présidentielles en 2004: “Vous y pensez en vous rasant le matin?”. On connaît la suite.

Au rayon des anecdotes, le journaliste a confié récemment qu’un prétendant à Matignon s’était même enfermé dans les toilettes au début d’une émission: “Il était mort de trouille, et avait un gros problème gastrique… Je ne vous dirais pas qui c’était, ce n’est pas la peine d’être méchant gratuitement, mais ce que je peux vous dire, c’est qu’il n’est pas devenu Premier ministre!”

50 ans de confidences

Des anecdotes justement, ou des confidences, souvent en off, Alain Duhamel en a accumulé quelques-unes au cours de ses cinquante ans de carrière. Et si, en marge de la radio, la télévision était un passage obligé, le stylo et la feuille de papier restent pour lui un mode d’expression “quasi charnel”.

Essayiste prolifique, il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages depuis le début des années 80, dont le dernier date, Les pathologies politiques françaises, est  paru en septembre 2016.

On lui doit quelques instantanés de la vie politique, comme La république giscardienne (1980), La république de monsieur Mitterrand (1982), le Ve président (1987), Les prétendants (1983 et 2007), Une histoire personnelle de la Ve république (2014), des réflexions sur la société française (Le complexe d’Astérix en 1985, Les peurs françaises en 1993), ou encore plus historique (De Gaulle-Mitterrand, la marque et la trace en 1991, La politique imaginaire en 1995, Portraits souvenirs en 2012).

Côté radio, après France culture et Europe 1 jusqu’en 1999, Alain Duhamel est l’incontournable voix de la matinale de RTL, et ses éditos politiques font partie de ceux qui donnent le tempo de la journée.

Un exercice qu’il maîtrise à la perfection, avec la particularité presque atemporelle de le réaliser sans aucune note. Une habitude comme une autre pour cet adepte du rituel kantien  (levé à 5h15 et couché à 22h30), qui a été contraint d’abandonner à regret son solex, pour un deux-roues plus en phase avec son époque.

Une belle mécanique qui a connu des ratés

La belle mécanique a tout de même connu quelques ratés ces dernières années. Outre les critiques récurrentes concernant son omniprésence dans les médias, notamment sur France Télévision (dont son frère Patrice Duhamel était le directeur général), on reproche au journaliste d’entretenir des liens trop étroits avec la classe politique pour exercer son métier en toute indépendance.

Ses amitiés avec François Mitterrand ou Alain Juppé sont ainsi montrées du doigt. Lui rappelle pour sa part qu’il n’a jamais été tendre avec les personnes qu’il apprécie, bien au contraire: “Après avoir ouvertement critiqué sa politique, Mitterrand m’a dit un jour, heureusement que nous nous connaissons, qu’est-ce que se serait sinon!”

Il s’est attiré les foudres du PS, pour avoir écarté Ségolène Royale de la course à la présidentielle dans son livre “Les prétendants” en 2007. Puis celles de France Télévision, après avoir été filmé à son insu par les étudiants de Science-po, alors qu’il défendait la candidature de François Bayrou.

Ecœuré par les affaires Strauss-Kahn et Cahuzac

On ne saura sans doute jamais en revanche qui, de lui ou de RTL, a souhaité mettre fin à sa matinale en 2013. Pour justifier ce changement d’horaire radical, Alain Duhamel avait à l’époque clairement expliqué son sentiment au micro d’Yves Calvi, alors que les affaires Strauss-Kahn et Cahuzac venaient de secouer la classe politique (deux personnalités dont il était proche): “Ca m'atteint, ça m'a littéralement écœuré. Ca fait cinquante ans que je m'occupe de politique, que j'essaie de comprendre la politique, que j'essaie d'expliquer la politique, que j'essaie de justifier la politique.

Pas de justifier les mauvaises décisions mais d'essayer de lui conserver un  certain statut dans l'esprit des gens. Et quand je vois ce qu'il s'est passé en deux ans, je ne veux pas dire que je suis effondré, ni détruit mais je suis touché et je suis écœuré”.

Au fond, comment ne pas entendre la frustration de celui qui a consacré sa vie à la cause politique, et pose sur l’évolution des médias un regard aussi lucide que tranchant: “Le Monde était un modèle, qui dictait les titres de l’ensemble de la presse jusqu’aux années 80. Puis france 2 a pris le relais. Aujourd’hui s’est BFM, de l’info en continu, instantanée, sans aucun recul, ni réflexion, ni  contrôle. C’est satisfaisant au moins de me dire que je ne verrais pas une quatrième phase…”

                                                              

Par Bruno Scappaticci
Sport, divertissement et musique