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La création, symptôme contemporain

Plongée dans l'univers de la création avec Chloé Pangrazzi, jeune scénariste française. Du monde du cinéma à celui de la télévision et jusqu'au web, découvrez les coulisses d'un univers régit par des lois, des règles et des influences souvent méconnues... 

La création, symptôme contemporain


Partie n°4 : A quoi servent les festivals de cinéma ?

L’on connaît peu de choses des festivals, sinon ce que l’on en voit sur les petits écrans, ce que l’on en lit dans les journaux, ce que l’on capte d’indiscrétions et d’exclusivités sur les réseaux sociaux.

Pourtant en son sein, se joue souvent la vie d’un film. Qu’ils s’agissent des rendez vous les plus prestigieux du septième art ou d’événements plus intimes, les festivals sont des moments précieux pour professionnels de l’audiovisuel.

C’est l’instant de tous les possibles. Le moment où le jeune réalisateur, l’auteur novice peut voir sa carrière décoller et celle du maître se confirmer. Si l’on choisit de n’y voir que les strass alors il se peut que l’on ressente face à ces événements l’impression d’une immense supercherie.

Un espace temps déconnecté de la réalité pour stars endimanchées batifolant devant une pluie de flashs. Mais ce serait oublié tout le reste. Les festivals sont avant tout des espaces de rencontre, un temps suspendu, dédié au cinéma et même si la sur médiatisation de certains écorne quelque peu leurs auras, il est important de rappeler leurs missions originelles.

Les festivals internationaux : prestige ou superficialité ?

Cannes, Venise, Berlin ont en commun d’accueillir chaque année les festivals de cinéma internationaux les plus prestigieux. La seule sélection d’un film dans l’un de ces festivals lui garantie une certaine notoriété.

Ces festivals sont devenus garants de la qualité d’un film. Consacrant le cinéma d’auteur qui on le sait, n’attire pas les foules dans les salles obscures, ces festivals ont permis à certains films d’exister, à certains auteurs et réalisateurs de rencontrer leurs publics.

Oncle Boomne de Apichatpong Weerasethakul, palme d’or en 2010, serait il sorti dans 84 salles en France, diffusé dans plus de quarante pays, sans le fameux graal ? Rien n’est moins sur. Un certain Xavier Dolan rappelle également très souvent tout ce qu’il doit à Cannes, passant des sections parallèles à la compétition officielle.

Son premier film, J’ai tué ma mère est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2009 où il remporte trois prix sur quatre nominations. La suite on la connaît. Mais il n’est pas le seul, Jeff Nichols fait parti de ceux qui après avoir créé la surprise est devenu un habitué de la croisette.

Dans le fond, c’est sans doute cela qui agace. La compétition officielle est souvent trustée par des auteurs et réalisateurs confirmés, déjà primés, et délaisse quelque peu les petits nouveaux.

Woody Allen fait souvent parti des élus, ses films ouvrent ou clôturent les quinze jours de festivité quand ils ne font pas partis de la sélection officielle, or la qualité de ses films est assez inégale ces dernières années.

Un certain regard, la semaine de la critique et la quinzaine des réalisateurs, sections parallèles du Festival de Cannes, tente de consacrer les nouvelles générations quand elles ne repêchent pas en deuxième choix, les écartés de la sacro sainte sélection officielle. Il est vrai que ces dernières années, les films présentés dans ces grands-messes du cinéma déçoivent.

Mais y a t’il suffisamment de chef d’œuvre pour contenter tout le monde ? La réponse est non. Néanmoins ce n’est pas tant une question de qualité que de calendrier. Car oui tout le monde veut en être, les aspirants réalisateurs comme les plus confirmés rêvent tous de tapis rouge et de palmarès. 

Certains films se montent alors dans l’urgence pour ne pas louper les dead lines quand ils mériteraient un travail plus approfondi. Pire encore certains se font dans l’unique but de correspondre à la ligne défendue par ces festivals de renom. La notoriété de ces festivals est telle qu’elle dépasse la logique et le processus de création.

Même si l’on peut constater une légère baisse de régime dans les dernières éditions, la légende de ces événements internationaux les précède. D’autant qu’ils restent indéniablement vecteurs de légitimité dans la vie d’un film. Ce qui semble le plus intéressant pour les professionnels se trame finalement loin des stars et des caméras.

L’intérêt majeur de ce type d’événement réside dans la possibilité d’échanges entre les différents acteurs du métier. A Cannes, se tient par exemple le premier Marché du film international. Une sorte d’immense meeting dédié à la rencontre entre distributeurs et producteurs. Ouvert à tous professionnels accrédités, le marché du film permet de mettre en contact des personnes qui n’auraient sans doute jamais eu l’occasion de se rencontrer.  

Les festivals: un tremplin pour jeunes auteurs et réalisateurs

Nous avons parlés des festivals les plus légendaires du septième art, mais il existe une multitude d’événements, certes plus intimes, mais tout aussi importants pour le jeune réalisateur en quête de visibilité.

Certains ne sont dédiés qu’au court métrage comme celui de Clermont Ferrand ou aux premiers films à l’instar du festival premiers plans d’Angers ou encore aux seuls scénaristes pour le festival international de Valence.

Dans tous les cas, ces événements représentent l’occasion unique pour les jeunes auteurs et réalisateurs de présenter leur travail et de se confronter au public.  Le festival Premiers Plans à Angers a ainsi permis à Arnaud Desplechin ou même à Paolo Sorrentino de sortir de l’ombre.

Certains films ont un besoin vital d’exposition pour imposer leur légitimité et pour le moment les festivals sont les seuls rendez vous qui permettent cela. Le cinéma indépendant qu’il soit  porté par des jeunes réalisateurs ou par des professionnels aguerris peine à imposer leur voix et trouvent une possibilité d’exposition dans les festivals.

Cependant, cela peut être à double tranchant. Si le film est mal accueilli ou carrément non sélectionné alors que les rumeurs laissaient entendre le contraire, les conséquences peuvent être désastreuses pour la vie d’un projet.

Quand l’expérience festivalière se dématérialise 

Les festivals n’échappent pas à l’importance qu’a prise le web dans le secteur audiovisuel. Ainsi, nous voyons apparaître de nouveaux espaces d’exposition, des nouveaux palmarès, des nouveaux moyens de notations.

En tête, le Nikon Film Festival et My French Film Festival. Le premier propose à toute personne à l’âme challengeuse de créer un film ne dépassant pas 1min en respectant un thème donné. Les réalisateurs en herbe (ou pas) doivent alors soumettre leur création sur les réseaux sociaux et obtenir un maximum de vote afin d’atteindre les phases finales.

Même si la démarche semble quelque peu pernicieuse, en déguisant un coup de pub incroyable en concours, certains films ont connus des suites de ce festival des destinées plutôt heureuses. Dans une version plus longue que celle proposée pour le Nikon Film Festival, le film Evasion de Pierre Le Gal a par exemple été sélectionné dans de nombreux festivals avant d’être acheté par France 3 suite au concours libre court.

Le My French Film Festival propose quant à lui aux internautes de visionner en ligne et de noter des films, classés en deux catégories : long et courts métrages. Replacer le public au cœur du processus  en lui donnant une voix semble plutôt intéressante.

Néanmoins, que fait on de l’expérience festivalière ? De l’humain ? Le festival est par essence un lieu de rencontre et d’échange où cohabite public, médias et professionnels de l’audiovisuel. Il n’est pas impossible d’imaginer que les festivals comme beaucoup d’autres choses finiront par subir des modifications conjoncturelles, et utiliser de plus en plus la sphère internet.

Les festivals quel qu’ils soient, du plus prestigieux au plus confidentiel représentent la meilleure assurance d’être vu et reconnu. Si certains fustigent que les festivals sont trop nombreux, il faudrait plutôt se demander si ceux qui existent sont suffisamment exigeants et s’ils se mettent réellement au service du cinéma.

Enfin, pour le grand public, il faudra essayer de décoder ce que les milliers d’images nous disent de ces grands-messes. En gardant à l’esprit que derrière le vernis demeure et demeurera toujours la magie du cinéma.

Par Chloé Pangrazzi
Culture, images et nouveaux médias