Bienvenue sur France Médias
Découvrez le site, ses contenus et son équipe dans Informations (à droite du menu)

20 minutes
20 minutes



Évaluation 20 minutes

“ Le journalisme mass média asceptisé ”

Le quotidien 20 Minutes est créé à Paris le 15 mars 2002 par le groupe norvégien Schibsted qui éditait déjà 20 Minutes dans cinq grandes villes européennes. Présenté comme un nouveau média, complémentaire de la presse classique, il propose une info synthétique et gratuite.

En 2016, 20 Minutes est la deuxième marque de presse la plus puissante en France. Diffusé dans 11 agglomérations (Paris, Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes, Nice, Rennes, Strasbourg et Toulouse) ce journal reste le plus lu de France, avec 3,75 millions de lecteurs chaque jour.

20 Minutes est également épaulé par une version numérique, un site mobile, et une application pour tablette. En décembre 2010, la rédaction de 20 Minutes reçoit le Grand Prix de la Presse Internationale décerné par l’Association de la presse étrangère. Et en 2012, le journal atteint une audience record de 4,3 millions de lecteurs par jour.

2/5

Construction et esthétique

Format l Qualité de la maquette l Structuration l Typographies

20 Minutes, de format « demi-berlinois » (22x28,5), est un quotidien qui aime le métro. C’est d’ailleurs essentiellement à cet endroit que l’on a des chances de le trouver. Un journal tout terrain, que l’on oublie sur son siège, que l’on trouve à côté de soi, que l’on donne, que l’on jette. On a 20 minutes pour le vider de sa substance, comme pour un crabe, avant de se débarrasser de la carcasse avec en plus le sentiment d’être utile à la planète.

Il y a beaucoup de publicité, certes oui, évidemment trop, mais la tenue de route n’est pas trop perturbée, car les articles assez courts sont bien équilibrés. Les typos ne révolutionnent pas les codes de la profession, et les photos encore moins. C’est un petit journal dans la taille qui veut faire aussi bien qu’un grand. Et c’est quand même réussi. On peut à la fois faire son shopping et suivre l’actu, du moins la part visible de l’iceberg, ce qui n’est pas si mal pour une croisière de vingt minutes.

Pour ne pas déranger, pour ne pas surprendre, pour ne pas interroger

C’est donc la pub qui apporte des couleurs, un écrin, une chaleur. Le contenu rédactionnel s’y glisse comme dans un manteau d’hiver. On a l’impression qu’il essaie de se faire plus petit qu’il ne l’est déjà. Pour ne pas déranger, pour ne pas surprendre, pour ne pas interroger. Ici, le journalisme devient une potiche, le faire valoir des annonceurs. Le journal vit grâce à la pub et si l’heure de l’indigestion n’a pas encore sonné, c’est grâce sans doute à cette info allégée 0% qui glisse dans l’estomac comme dans le cerveau.

4/10

Contenus / Apports

Traitement des sujets l Réflexion et analyse l Cohérence globale l Apports en termes de connaissance(s), de réflexion, de citoyenneté

Les articles sont organisés en différentes rubriques : Dans Actualités, 20 Minutes s’arrête sur les thématiques qui touchent le cœur de notre société : téléchargement illégal, remous politiques, parcours insolites, avec des mélanges parfois étonnants dans une même page de brèves : la doyenne de 117 ans toujours fringante, une chevrette sauvée de la mort par des spéléologues, le sacre américain d’Isabelle Huppert, la bière belge bientôt patrimoine de l’humanité…

L’info est tellement passionnante que les gens en oublient de communiquer entre eux.

La rubrique Planète est bien réelle, avec du vert, message subliminal associant l’idée de verdure, parce que l’éducation des gens commence par cette façon de répéter sans cesse les choses pour qu’elles soient un jour entendues. On y parle de Cop21, de nucléaire, puis sans transition, on passe au cinéma sans oublier quelques pépites de sport.

On y parle de Cop21, de nucléaire, puis sans transition, on passe au cinéma

On ne va pas reprocher à 20 Minutes de laisser de la place au divertissement et à ses infrastructures. Le quotidien nous informe régulièrement des dernières consoles de jeu et des aménagements réalisés dans la cité, comme le Vill’Up, nouveau complexe fun/shopping de la Villette à Paris. L’édition parisienne aime sa ville et veut informer ses usagers : sur la vignette anti-pollution, le retard des RER, et autres réjouissances qui font le miel des râleurs et des râleuses.

Chaque édition régionale possède ses propres focales destinées à mettre en valeur la ville et la région, de façon soft, sans relief ni débat. 20 Minutes est devenu la star du quotidien régional. Ce constat n’est pas sans injecter une dose d’infinie tristesse chez ceux qui aimeraient que l’humanité puisse s’élever plutôt que de subir un véritablement terrassement par le bas.

Tristesse chez ceux qui aimeraient que l’humanité puisse s’élever

En faisant croire aux gens qu’ils lisent un vrai journal, 20 Minutes s’inscrit dans une sorte de stratégie populiste visant à fédérer le plus grand nombre par la simple magie de la neutralité cachant le spectre de la vacuité, et le charme d’une gratuité décomplexée.

2/5

Ligne éditoriale

Neutralité l Positionnement politique l Valeurs véhiculées l Engagements

20 Minutes n’a pas pour mission de nous faire adhérer ou non à une vision singulière des choses. Elle informe, et cela avec parfois des titres susceptibles d’accrocher les voyageurs. « Fillon a tout bon, Sarko est K.O », « La parole est à Abdeslam », « Les retours du Djihad ». Mais en règle générale, les Unes de 20 Minutes sont davantage axées sur le visuel que sur les

phrases chocs. Des Unes qui sonnent en réalité comme de lointaines resucées de la presse payante.

Les « plus » pour ceux qui sont pressés : un côté cheese-burger de la presse. Rapide à manger, on connait le goût d’avance, cela remplit le ventre pendant 20 minutes avec des calories appauvries, puis on jette l’emballage en ayant l’impression d’avoir été nourri. C’est facile, express, et le porte-monnaie n’est pas en surchauffe.

Avec 20 Minutes, on a quand même l’impression de payer très cher la gratuité. Mais il y aura toujours quelqu’un pour nous glisser qu’à ce prix-là on se doit d’avoir la décence d’oublier de se plaindre. On peut se demander si les encarts publicitaires, dont on pourrait penser qu’ils autorisent une certaine liberté au journal, n’ont pas conduit le quotidien à la neutralité la plus rigoriste.

Avec 20 Minutes, on a quand même l’impression de payer très cher la gratuité

4 millions de lecteurs chaque jour en France mangent cette presse gratuite, de Paris à Marseille, de Bordeaux à Lyon. Vite lu, vite oublié. La nourriture sans goût, aseptisée, niveau plateau repas, nous redonne l’envie de nous tourner vers des publications à la personnalité trempée, là où les voix s’élèvent pour célébrer cette possibilité toujours en vigueur de pertinence d’expression.

En des temps plus nuageux, 20 Minutes pourrait préfigurer le journal type d’un régime totalitaire où tout serait fait pour détourner les gens de leur capacité de pensée et d’analyse. Cette gratuité vicieuse, ce don au peuple d’une info synthétique, assoit l’appauvrissement de la personnalité par la dictature des masses.

Car au fond, 20 Minutes ne propose rien que nous ne sachions déjà. Le journal mouline, broie, déshydrate, reconditionne, pour nous faire croire au final en cette neutralité désintéressée visant à instruire ceux qui ne liraient pas la presse payante. C’est la punition suprême, qui conduira, sur le long terme, à un même nivellement généralisé.

Avec douceur, ce journal nous conduit vers une sorte d’obscurantisme de bon aloi. Sa gratuité sonne comme une sorte de revenu minimum de lecture auquel chacun aurait droit dès la naissance. Le principe est mafieux.

Et cette idée de le distribuer justement dans le métro où les lieux de forte affluence est simplement diabolique. C’est gratuit, merci.

Par Denis Morineau
Médias et numérique

Evaluation finale

Les Plus

Une synthèse de l'info

Les Moins

Peu d'identité

Beaucoup de publicité

Produit jetable peu écologique

La note finale
8/20
Note finale de la rédaction
Les internautes
15/20
Moyenne des 3 note(s) d'internautes
Votre note
/ 20